Contestation de l’élection présidentielle : le Pérou est-il au bord du coup d’Etat militaire ?

Depuis mardi dernier, les résultats de l’élection présidentielle au Pérou sont connus : le socialiste Pedro Castillo était donné en tête de l’élection présidentielle au Pérou avec 50,1% des voix, contre 49,9% pour sa rivale conservatrice Keiko Fujimori, après le dépouillement de l’ensemble des bulletins de vote.

"Si se pudo !", "on a réussi": les partisans de Pedro Castillo soulagés, s’étaient rassemblés ce jour-là devant les locaux de leur parti, Peru Libre, dans la capitale, Lima.

Mais l’issue du scrutin du 6 juin, qui a mis en relief de profondes divisions dans le pays, reste toutefois incertaine.

Accusations de fraude

Keiko Fujimori a en effet dénoncé, sans preuve, une fraude électorale et demandé l’annulation de certains bulletins.

La candidate de droite dit attendre encore les résultats des multiples recours introduits contre les résultats. L’offensive juridique a été mise sur pied dès le 7 juin, le lendemain des élections. Le parti de Keiko Fujimori, Fuerza Popular, affirme que plusieurs irrégularités ont eu lieu lors du scrutin.

Il n’y a pas de preuves qui nous permettent de parler de fraude électorale

Une affirmation peu suivie par les observateurs internationaux indépendants présents durant le vote, qui estiment pour leur part que le scrutin a eu lieu dans les règles. Ainsi, la mission d’observation électorale de l’Organisation des Etats américains (OEA) scrutin a qualifié le scrutin de "positif" et sans "graves irrégularités". La présidente de l’ONG Transparencia, Adriana Urrutia, a été plus loin en affirmant au quotidien El Comercio qu'"il n’y a pas de preuves qui nous permettent de parler de fraude électorale".

Appel à un coup d’Etat militaire ?

Mais la candidate de droite n’en démord pas. Ses nombreux soutiens non plus. Depuis mardi, une série d’anciens généraux de l’armée se sont exprimés pour témoigner leur soutien à la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, qui a été condamné en 2009 à 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et purge sa peine au Pérou.

Plusieurs centaines d’officiers en retraite ont en effet signé une lettre qui, se faisant l’écho des accusations de "fraudes" portées par la candidate de la droite populiste Keiko Fujimori, demande à l’armée, d’empêcher que Pedro Castillo soit proclamé de "manière illégale et illégitime" président du Pérou. La lettre, qui accuse les "hautes autorités gouvernementales" d’avoir pris "fait et cause" pour le candidat de gauche, a été remise jeudi au haut commandement de l’armée à Lima.

Dans une démocratie les forces armées ne choisissent pas

Une lettre qui ressemble furieusement à un appel à un coup d’Etat militaire… Et qui a suscité la colère du président par intérim, Francisco Sagasti. "Il est inacceptable […] que ce groupe d’individus en retraite de l’armée pense pouvoir inciter le haut commandement de l’armée de terre, de l’air et de la marine à rompre avec l’Etat de droit", a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. "Dans une démocratie les forces armées ne choisissent pas, sont absolument neutres et sont scrupuleusement respectueuses de la Constitution", a rappelé le chef de l’Etat par intérim dont le mandat s’achève le 28 juillet. "J’ai demandé à la ministre de la Défense d’envoyer cette lettre au Ministère public […] afin que soient menées les investigations nécessaires pour déterminer de possibles agissements nuisibles à l’ordre constitutionnel et établir les différentes responsabilités", a-t-il ajouté.

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Keiko Fujimori, au quartier général de son parti Fuerza Popular, le 15 juin © AFP or licensors

Une défaite aussi près du but serait pour Keiko Fujimori une nouvelle désillusion, après son premier échec au second tour de la présidentielle de 2011. Elle la priverait surtout de l’immunité présidentielle.

La menace de 30 ans de prison

Comme son père, Keiko Fujimori, 46 ans, est en effet en délicatesse avec la justice de son pays, pour une affaire de corruption.

Début mars, trente années de prison ont été requises contre elle par le parquet et 22 ans contre son mari Mark Vito Villanella, dans le cadre de l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains. Elle a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire pour financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.

Le procureur en charge de l’affaire, José Domingo Pérez, avait réclamé que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate depuis mai 2020 soit "révoquée".

Keiko Fujimori joue donc son avenir.

Mais la crainte d’une profonde déstabilisation du pays est bien réelle, au point que l’écrivain Mario Vargas Llosa, soutien de la candidate de la droite populiste, a même appelé dimanche dernier ses compatriotes à la "prudence" et à ne pas parler de "fraude" tant que les résultats officiels du scrutin n’auront pas été publiés.

La Haute-Commissaire des Nations unies aux droits humains, Michelle Bachelet, avait appelé dès lundi au "calme pour éviter de nouvelles fractures sociales" dans le pays de 33 millions d’habitants.

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Pedro Castillo, candidat de Peru Libre, au balcon des locaux de son parti © AFP or licensors

Si Pedro Castillo, 51 ans, est confirmé comme vainqueur de l’élection, son accession à la présidence symbolisera un changement profond dans le pays. Cet enseignant syndicaliste, novice en politique, a répété qu’avec sa rivale, ce sera "plus de pauvres dans un pays riche" et que perdurera la corruption. Son programme très à gauche donne la part belle aussi aux populations indigènes, et représente un espoir pour des milliers de Péruviens.

"Du plus profond des sociétés, des zones marginalisées des campagnes, il y a une volonté forte, et un tissu social et politique qui est là, avec une voix forte et une volonté politique marquée avec ténacité, aussi avec des racines ethniques", explique Francisco Hidalgo Flor.

"Pour qu’une proposition politique qui émerge des zones rurales, avec des racines dans les secteurs indigènes, paysans, artisans et enseignants, née d’organisations basées sur ces bases, avec des dirigeants qui viennent de ces mêmes couches sociales, dont ils font eux-mêmes partie ce tissu social et avec un projet de changement social, contre l’establishment, et qui parvient à obtenir une telle force qu’il se reproduit au niveau national et devient une tendance dans tout le pays, brisant les tendances habituelles, et est une option de triomphe, énorme, il faut des volontés sociales, beaucoup de cohésion, un courage énergique contre le système dominant", ajoute-t-il.

Après le soulèvement populaire de novembre 2020 pour protester contre les agissements du Parlement et la succession de trois présidents en 10 jours, cette présidentielle était attendue pour mettre fin à une instabilité politique chronique dans le pays qui a aussi connu six ministres des Affaires étrangères en un an.

Mais le futur président n’aura pas les coudées franches pour gouverner. Lors des législatives organisées début avril lors du 1er tour, aucune majorité ne s’est détachée. Le parti Peru Libre de Pedro Castillo était arrivé légèrement en tête devant Fuerza Popular de Keiko Fujimori.
 

Un espoir pour les habitants du Pérou profond

"Du plus profond des sociétés, des zones marginalisées des campagnes, il y a une volonté forte, et un tissu social et politique qui est là, avec une voix forte et une volonté politique marquée avec ténacité, aussi avec des racines ethniques", explique Francisco Hidalgo Flor.

"Pour qu’une proposition politique qui émerge des zones rurales, avec des racines dans les secteurs indigènes, paysans, artisans et enseignants, née d’organisations basées sur ces bases, avec des dirigeants qui viennent de ces mêmes couches sociales, dont ils font eux-mêmes partie ce tissu social et avec un projet de changement social, contre l’establishment, et qui parvient à obtenir une telle force qu’il se reproduit au niveau national et devient une tendance dans tout le pays, brisant les tendances habituelles, et est une option de triomphe, énorme, il faut des volontés sociales, beaucoup de cohésion, un courage énergique contre le système dominant", ajoute-t-il.

Après le soulèvement populaire de novembre 2020 pour protester contre les agissements du Parlement et la succession de trois présidents en 10 jours, cette présidentielle était attendue pour mettre fin à une instabilité politique chronique dans le pays qui a aussi connu six ministres des Affaires étrangères en un an.

Mais le futur président n’aura pas les coudées franches pour gouverner. Lors des législatives organisées début avril lors du 1er tour, aucune majorité ne s’est détachée. Le parti Peru Libre de Pedro Castillo était arrivé légèrement en tête devant Fuerza Popular de Keiko Fujimori.
 

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