Contestation à Hong Kong : un an après, les manifestants pro-démocratie en position de faiblesse

Contestation à Hong Kong : un an après, les manifestants pro-démocratie en position de faiblesse
Contestation à Hong Kong : un an après, les manifestants pro-démocratie en position de faiblesse - © Billy H.C. Kwok - Getty Images

Il y a tout juste un an, mardi, les premières manifestations pro-démocratie débutaient à Hong Kong. Un mouvement d’une telle ampleur semble désormais improbable à la suite d’arrestations massives, de l’interdiction de se rassembler liée au coronavirus et de l’imminence d’une loi sur la sécurité nationale.

Le Parlement chinois a approuvé le projet de loi sur la sécurité nationale (JT du 28/05/2020)

Le coup d’envoi de sept mois consécutifs de manifestations monstres et parfois violentes avait été donné le 9 juin 2019.

Ce jour-là, une immense foule de Hongkongais était descendue dans les rues du territoire semi-autonome pour s’opposer à un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale.

Très vite, les affrontements entre la police et les manifestants étaient devenus fréquents, divisant la population et portant un sérieux coup à la réputation de stabilité de la métropole.

Une mobilisation pour marquer le premier anniversaire

Les forums de messageries utilisées par le mouvement de contestation appellent les habitants à se mobiliser mardi soir pour marquer ce premier anniversaire.

Les lieux de ces manifestations ne seront communiqués qu’une heure avant, afin de déjouer les forces de l’ordre promptes à agir contre ces rassemblements interdits en raison des mesures prises contre le coronavirus.

Des groupes d’étudiants et des syndicats ont fait part de leur intention de sonder leurs adhérents sur un éventuel mouvement de grève dans les jours prochains. Le mouvement syndical demeure cependant faible dans cette métropole de près de 7,5 millions d’habitants.

La cheffe de l’exécutif hongkongais menace

Mardi, la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, nommée par Pékin mais dont la cote de popularité est au plus bas, a été assaillie de questions de journalistes au sujet de ces troubles.

"Hong Kong ne peut pas se permettre un tel chaos", a-t-elle tonné, ajoutant que toutes les parties devaient en "tirer des leçons".

Les habitants ont besoin de "prouver que les Hongkongais sont des citoyens raisonnables et sensés de la République populaire de Chine" s’ils veulent le maintien de leurs libertés et de leur autonomie, a averti Mme Lam.

Un processus mûri pendant une décennie

L’ex-colonie britannique a été rétrocédée à la Chine en 1997 aux termes d’un accord qui garantissait au territoire une autonomie et des libertés inconnues sur le continent jusqu’à 2047, selon le principe "un pays, deux systèmes".

Au cours de la dernière décennie, un mouvement de contestation a vu le jour, nourrit par la crainte d’une érosion des libertés dans cette métropole financière, ce que Pékin a toujours nié.

Selon des spécialistes, la marge de manœuvre de l’opposition hongkongaise s’est réduite depuis l’an dernier.

"Je ne pense pas que la colère se soit beaucoup calmée, mais le problème est que de nombreuses actions ne sont plus autorisées dans les circonstances actuelles", a expliqué à l’AFP Leung Kai-chi, analyste à l’Université chinoise de Hong Kong (CUHK).

"Les gens attendent une opportunité, bien sûr qu’ils veulent à nouveau manifester… mais ils ne le feront pas de manière irréfléchie", selon Francis Lee, responsable de l’école de journalisme de CUHK.

Un bras de fer musclé

La mobilisation pro-démocratie était née l’an dernier du rejet de projet de loi d’extradition. Si ce texte a depuis été retiré, les manifestants ont entre-temps élargi leurs revendications.

Ils demandent notamment l’instauration d’un véritable suffrage universel et une enquête indépendante sur le comportement de la police. Toutes ces demandes ont été rejetées par l’exécutif local et Pékin.

En réaction, la Chine a décidé l’adoption à Hong Kong d’un projet de loi qui prévoit de punir les activités séparatistes, "terroristes", la subversion, ou encore les ingérences étrangères dans le territoire.

Pékin a assuré que cette mesure ne concerne "qu’une petite minorité" et qu’elle permettra de rétablir la confiance des milieux d’affaires.

Les opposants redoutent qu’elle n’entraîne une répression politique sur le territoire hongkongais similaire à celle que connaît la Chine continentale.

"D’abord (Pékin) fait perdre aux Hongongais leur cœur et leur âme et puis il cherche à les obliger à être loyaux", a affirmé Kong Tsung-gan, un militant auteur de trois livres sur le mouvement de contestation.

Selon lui, "un combat de longue haleine" attend les Hongkongais qui "devront être prêts à souffrir et à se sacrifier encore plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent".

L’an dernier, quelque 9000 personnes ont été arrêtées à Hong Kong pour avoir pris part aux manifestations et plus de 1700 d’entre elles ont été inculpées.

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