Ebola au Congo: l'ex-ministre de la Santé, le docteur Oly Ilunga accusé de détournement de fonds

Congo: l'ex-ministre de la Santé, le docteur Oly Ilunga, inculpé
Congo: l'ex-ministre de la Santé, le docteur Oly Ilunga, inculpé - © AFP

L’ex-ministre congolais de la Santé, le docteur Oly "Jim" Ilunga Kalenga, a été inculpé mardi pour "détournement" présumé de fonds alloués à la lutte anti-Ebola, sur fond de deuxième épidémie la plus grave de l’histoire et de rivalités avec le président Félix Tshisekedi. Originaire du Kasaï, Oly Ilunga était le médecin personnel de feu Etienne Tshisekedi. En Belgique, il a été jusqu’en 2016 directeur médical des cliniques de l’Europe Sainte-Elisabeth à Bruxelles avant de regagner son pays.

Le médecin âgé de 59 ans a été placé en "résidence surveillée" à Kinshasa après une journée d’audition au parquet, a précisé à l’AFP son avocat, Guy Kabeya, ajoutant : "L’instruction du fond du dossier continue".

Oly Ilunga avait été interpellé samedi par la police, accusé de vouloir se réfugier à l’étranger. Il était sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire national.

Il nie cette tentative de fuite via le Congo-Brazzaville, de même qu’il conteste toutes les charges que le parquet de la Cour de cassation lui a verbalement notifiées mardi après une journée d’audition. Oly Ilunga a promis "de se défendre avec la plus grande énergie pour son honneur", selon ses avocats.

Désaccord sur la lutte contre Ebola

Ses ennuis judiciaires interviennent moins de deux mois après sa démission fracassante du gouvernement congolais, le 22 juillet, en exprimant son désaccord profond avec le président Tshisekedi. Trois jours auparavant, le chef de l’Etat avait décidé de placer la "riposte" anti-Ebola sous son contrôle direct, écartant de facto le ministre de la Santé.

Dans sa lettre de démission, le docteur Ilunga avait dénoncé un risque de "cacophonie" et de "confusions" à la suite de la décision du chef de l’Etat.

L’actuelle épidémie d’Ebola, la dixième sur le sol congolais, a tué à ce jour près de 2100 personnes dans l’est de la RDC. Il s’agit de la deuxième la plus grave de l’histoire après celle en Afrique de l’Ouest en 2014 (11.000 morts). L’épidémie qui touche surtout la région de Beni-Butembo (Nord-Kivu, est de République démocratique du Congo) a été élevée au rang "d’urgence de santé publique de portée internationale" par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en raison des risques de propagation aux pays voisins (Ouganda, Rwanda).

Lors de son travail de lutte contre l’Ebola, le docteur Ilunga a dû faire face à la méfiance de la population.

Dans sa lettre de démission, le ministre s’était aussi opposé à l’introduction d’un deuxième vaccin anti-Ebola. A ce jour, plus de 200.000 personnes ont reçu une dose du rVSV-ZEBOV fabriqué par le groupe pharmaceutique Merck.

Médecin du père Tshisekedi, mais rallié à Joseph Kabila

Un contentieux plus ancien existe entre Félix Tshisekedi et Oly Ilunga, tous deux issus du parti historique d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

En 2014, Oly Ilunga avait coordonné l’évacuation sanitaire en Belgique du père de l’actuel président, l’opposant et fondateur de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, qui a été soigné aux cliniques de l’Europe.

En décembre 2016, Oly Ilunga avait accepté de rejoindre le gouvernement de l’ex-président Joseph Kabila, à l’époque accusé de se maintenir au pouvoir coûte que coûte par Etienne Tshisekedi, son fils et l’UDPS. Aux yeux de certains membres de l’UDPS, ce ralliement à Kabila était une trahison à l’égard de l’UDPS.

Etienne Tshisekedi est décédé quelques semaines plus tard, le 1er février 2017.

Mardi, lors de son discours à Bruxelles, Félix Tshisekedi a évoqué sa lutte contre la corruption. "Le dossier du Dr Ilunga se trouve entre les mains de la justice. L’Etat de droit est en train de se mettre en place et je ne veux pas me mêler de ce qui n’est pas de mon ressort", a déclaré le président dans un entretien publié lundi par Le Soir.

Sur le fond, l’ex-ministre est accusé d’avoir détourné 4,3 millions de dollars mis à sa disposition pour lutter contre l’épidémie d’Ebola.

Son entourage affirme qu’il n’a reçu du Trésor public que 2,4 millions de dollars en onze mois pour lutter contre Ebola.

"Les pièces comptables dans le dossier attestent que cette somme a exclusivement été utilisée aux fins de la lutte contre la maladie à virus Ebola", ont assuré ses avocats.
 

Le 14 août, nous vous parlions d'un nouveau traitement pour lutter contre le virus ebola en RDC

Extrait "Matin Prem1ère"

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