Congo: Kerry demande la fin de l'aide étrangère aux rebelles, le Rwanda visé

Sans nommer aucun pays, mais en visant implicitement le Rwanda voisin, John Kerry a souligné que les Etats-Unis étaient "très inquiets" des informations faisant état d'un renouveau du soutien extérieur apporté aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) qui s'opposent aux forces du gouvernement congolais.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, dont le Rwanda fait actuellement partie, a de son côté adopté une déclaration appelant à la "non-ingérence" dans les affaires congolaises.

"Je veux le dire avec insistance ici aujourd'hui, toutes les parties doivent cesser de soutenir les groupes rebelles armés, tous les gouvernements doivent faire en sorte que ceux qui violent les droits de l'homme (...) en soient tenus responsables", a déclaré le chef de la diplomatie américaine lors d'une réunion spéciale du Conseil de sécurité consacrée au conflit qui mine le pays africain.

Aucun ministre ou ambassadeur présent à la réunion du Conseil n'a nommément mis en cause le Rwanda, mais le département d'Etat américain avait explicitement demandé à Kigali de cesser de soutenir le M23 il y a deux jours à peine.

"Notre message est clair : les pays frontaliers à la RDC doivent cesser le soutien aux groupes armés, comme ils s'y sont engagés", a renchéri le ministre délégué français pour le Développement, Pascal Canfin. "Le M23 et les autres groupes armés cherchent tout simplement à faire dérailler le processus politique en cours".

"Accord-cadre violé"

L'émissaire de l'ONU pour les Grands Lacs, Mary Robinson, a quant à elle regretté "des informations crédibles faisant état d'activités de soutien aux groupes armés par plusieurs parties signataires" de l'accord-cadre d'Addis-Abeba, paraphé le 24 février sous l'égide de l'ONU.

Les pays qui soutiennent des rebelles "violent l'accord-cadre", a poursuivi Mme Robinson, une ancienne présidente irlandaise.

Les onze pays de la CIRGL ont signé le 24 février à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, cet accord-cadre destiné à ramener la paix dans l'est congolais. Ils se sont ainsi engagés à soutenir les efforts de pacification au Nord et au Sud-Kivu, deux provinces de l'est de la RDC en proie à la violence et à une instabilité chroniques depuis deux décennies. Ils s'interdisent aussi toute ingérence dans l'est de la RDC, un territoire convoité pour ses importantes ressources minières.

Selon Mme Robinson, les combats qui ont repris voici près de deux semaines entre l'armée gouvernementale congolaise et les rebelles du M23 au Nord-Kivu ont des "conséquences dévastatrices" pour les civils.

Selon les experts de l'ONU, le Rwanda soutient les rebelles du M23, qui sont massés autour de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. Les combats autour de cette ville, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, ont fait des centaines de morts au cours des deux dernières semaines.

Le Rwanda a toujours nié toute implication dans le conflit.

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a souligné jeudi que son pays, pour assurer sa propre stabilité, avait besoin d'un Congo "démocratique et prospère".

"Tant que les conditions actuelles persistent et permettent à plus de trente groupes armés de parcourir en toute impunité l'est de la RDC (...), une telle évolution restera impossible", a-t-elle ajouté.

Mme Mushikiwabo a aussi estimé que des changements "profonds" étaient nécessaires en RDC, où l'armée a aussi été accusée de violations des droits de l'homme.

Selon le Rwanda, les Forces armées de la RDC (FARDC) coopèrent avec des rebelles rwandais impliqués dans le génocide rwandais de 1994, des accusations pour lesquelles le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé à Kigali des preuves.

Belga

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