Conflit Kosovo / Serbie: un tête à tête à Bruxelles pour relancer le dialogue

Les dirigeants du Kosovo et de la République Serbe dans une même pièce pour discuter: cela faisait 20 mois que cela ne s'était plus produit. 

Le président serbe Aleksandar Vucic et le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti, vont se rencontrer ce jeudi à Bruxelles, sous l'égide de l'Union européenne. L’Union essaye de renouer le dialogue entre ces voisins des Balkans.

C’est crucial pour éviter une nouvelle flambée de violence dans cette région. La guerre sanglante qui a opposé Serbes et Albanais du Kosovo est finie depuis 1999 mais elle reste en mémoire, avec ses 13.000 morts (dont 10.000 au Kosovo) et le noeud du conflit persiste.

"Ce n’est jamais facile de trouver des solutions à des problèmes qui durent depuis si longtemps et qui ont été tellement douloureux, mais c’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui : pour essayer encore", disait le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, lors d'une reprise de contact par videoconférence la semaine dernière. 

Un territoire disputé

Le Kosovo, avec sa majorité Albanaise, a déclaré son indépendance il y a 12 ans, le 17 février 2008. La République serbe refuse de la reconnaître à son ancienne province. La Serbie considère le Kosovo comme le berceau de la nation serbe. C'est au Kosovo, peuplé aujourd'hui majoritairement de musulmans, que se trouvent d'importants monastères de l'Église orthodoxe serbe, classés au patrimoine mondial de l'humanité.

Depuis cette déclaration d'indépendance, le Kosovo a été reconnu par 116 Etats, mais pas par certains Etats de taille, la Chine ou la Russie.  

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Une petite fille albanaise du Kosovo pose avec un drapeau kosovar le jour anniversaire de l'indépendance du Kosovo, dans la capitale Pristina. © ARMEND NIMANI - AFP

Le Kosovo en quête de reconnaissance

Outre la République serbe, la Russie ou la Chine, cinq Etats membres de l’Union européenne ne lui ont pas accordé cette reconnaissance : l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Slovaquie et la Roumanie.

Une reconnaissance par la Serbie pourrait ouvrir au Kosovo les portes de l’ONU et alimenter l’espoir d'intégrer l’Union européenne. Sortir du conflit garantirait en outre une stabilité nécessaire à l'arrivée d'investisseurs, à un regain économique et au maintien des jeunes au Kosovo. Aujourd'hui le chômage y est parmi les plus élevés d'Europe et le pays connait une hémorragie de départs. 

Pour la République serbe, une résolution du conflit est un prérequis indispensable aussi à l'entrée qu'elle ambitionne dans l'Union européenne

Les deux parties ont leurs exige,ces de négociations. La Serbie veut par exemple certaines garanties pour la minorité serbe du nord du Kosovo. Le Kosovo veut progresser dans la recherche des 1500 personnes encore disparues depuis la guerre. Il demande aussi que soit levée l'obligation de visa pour voyager dans l'Union: ses ressortissants sont les derniers des Balkans à se le voir imposer.   

Y aurait-t-il une ouverture ?

Cela fait 9 ans que les négociations ont commencé sous l'égide de l'Union européenne, poussivement, avec des hauts et des bas. 

Les Etats-Unis ont aussi tenté d'atteindre un accord ces derniers mois sans plus de succès, une tentative compromise par la comparution du Président kosovar Hashim Thaçi devant la cour pénale internationale de La Haye, accusé de crimes de guerre (cfr vidéo ci-dessous). 

Cette reprise de la main par les Européens pourrait toutefois faire progresser les choses. C'est l'avis, d'un optimisme assez prudent, d'Ernest Bunguri. Il suit ces tensions de près, depuis 21 ans. Il est Albanais, correspondant auprès des institutions européennes pour Euronews. Il suit en parallèle l'actualité de l'Union européenne et celle des Balkans. 

"Il n’y a aucune raison de croire que ça va marcher" dit-il d'emblée, "mais il y a une implication de l'Union de plus en plus grande et une pression qui grandit. Une pression parce que la Serbie est en phase de négociation pour adhérer à l'Union. Le Président serbe a dit s’attendre à ce que ce processus soit ratifié pour 2026. Mais pour cela, elle doit avoir trouvé un accord avec le Kosovo. Donc il y a la pression du temps."

"Les entrailles de l'Union européenne"

Et du côté de l'Union, "il y a un souci croissant des Européens de régler ces questions dans les Balkans, parce que ça reste une région qui pose problème. Or ce n'est pas un voisin! Avec l'élargissement de l'Union, les Balkans se situent à présent géographiquement à l'intérieur de l'Union européenne. Nous, dans les Balkans, on ne dit pas qu’on est la 'cour arrière' de l’Union européenne, mais bien qu'on est 'les entrailles de l’Union'. Donc, sans avoir résolu ces questions et pacifié cette région, l’Union a un peu les mains liées. C’est une pression stratégique, géopolitique."

Sans compter, dit ce journaliste spécialiste des Balkans, que "l'Union européenne cherche maintenant à avoir un rôle plus important en politique étrangère,  mais comment être crédible sans avoir résolu ce conflit en Europe?" 

Ernest Bunguri conclut: la pression monte et pourrait faire bouger les lignes.

Cela suffira-t-il à surmonter ces décennies de conflit? 

Déclaration du président kosovar Hashim Thaçi à la Haye, le 13 juillet 2020

Traduction d'Hashim Thaçi, le président du Kosovo : "Personne ne peut réécrire son histoire. C'est le prix de la liberté. Je crois en la paix, la vérité, la réconciliation et la justice. Je crois au dialogue et à une bonne relation avec tout voisin."

 


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