Conflit entre l'Iran et Israël: faut-il craindre d'autres attaques?

La zone du Golan.
La zone du Golan. - © MENAHEM KAHANA - AFP

Faut-il craindre un conflit entre l’Iran et Israël quand les deux États s’attaquent directement, mais sur le terrain syrien ? Les forces iraniennes sont accusées d’avoir tiré des roquettes contre l’armée israélienne, positionnée dans la région du Golan. Israël a répliqué en lançant des missiles contre des positions iraniennes en Syrie. Jonathan Piron, historien et spécialiste du Moyen-Orient, analyse la situation.

Cette attaque de l'Iran semble se confirmer de plus en plus. Si c'est le cas, il s'agirait d'une confrontation directe, ce qui n'est plus arrivée depuis extrêmement longtemps. "On est finalement aussi dans une escalade qui est en cours depuis plusieurs années, puisqu’il ne faut pas oublier que l’ensemble de la région est confronté à toute une série de tensions et à toute une série de conflits", nuance Jonathan Piron. La nouveauté, c’est qu’il y a directement eu une frappe, donc un affrontement entre Israël et l’Iran.

"Quand Israël subit une agression, elle va toujours essayer de riposter avec beaucoup de force pour démontrer justement l’ampleur de ses capacités et démontrer aussi qu’il y a des limites à ne pas dépasser." Au Moyen-Orient, les différentes institutions qui sont normalement chargées de résoudre les conflits sont pour le moment dans une impasse. Ils ne sont pas appliqués, ils sont instrumentalisés, bloqués, et chaque État va essayer de défendre sa sécurité suivant ses propres intérêts.

Qui a décidé de l'attaque?

Il faut le souligner, la réponse d’Israël se déroule dans un contexte particulier, celui de la décision de Donald Trump de sortir son pays de l’accord sur le nucléaire iranien. "Il y a en effet certainement eu une part d’influence suite à la décision du retrait américain. Aussi, un autre élément qu’il faut mentionner est que ces frappes sont intervenues le lendemain de la visite de Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, à Moscou." Aussi, le rôle de la Russie, qui est désormais aussi un acteur incontournable dans la région.

Une question intéressante à se poser est : qui a décidé la frappe des roquettes contre Israël ? Le mécanisme de décision militaire iranien n’est pas complètement homogène et il y a différents acteurs qui s’affrontent en coulisses. Pour le moment, l’acteur qui domine en Syrie du côté iranien, ce sont les Gardiens de la révolution, les Pasdarans. Or, il est arrivé à d’autres reprises que ceux-ci décident de manière unilatérale d’agir contre ce qu’ils identifient comme un ennemi ou comme une menace. Reste donc à savoir si ce sont les Pasdarans eux-mêmes qui ont décidé d’intervenir contre Israël ou si c’est un ordre qui a été donné et validé notamment par l’administration Rohani. Or, on sait justement que celle-ci, après le retrait américain, souhaite instaurer un dialogue avec les Européens, mais également avec la Russie. Le décideur de cette attaque reste donc le point d'interrogation de ce conflit.

La Syrie à nouveau au cœur du conflit

Dans un Moyen-Orient défragmenté, l'urgence est de parvenir à une recomposition avec de nouveaux alliés. "Il va falloir à un moment qu’une structure se mette en place ou soit portée par un autre État, par un autre ensemble d’États. Pourquoi pas l’Europe pour justement un peu forcer au dialogue et trouver un moyen de résoudre les différents conflits qui aujourd’hui sont particulièrement violents et dont les premières victimes sont les populations locales."

Et puis il y'a également le lieu où ces attaques ont eu lieu. Le Golan, un symbole, qui a souvent été mis en avant, notamment par le pouvoir syrien, puisque c’est une zone qui est en théorie sur le territoire syrien, mais qui a été annexée par Israël en 1981.

Au cœur de tout, la Syrie, une fois de plus. "Aujourd’hui, le conflit syrien est une espèce de lasagne de conflits, dans laquelle on retrouve un conflit local, un conflit régional entre l’Arabie saoudite et l’Iran, qui se font aussi une espèce de guerre froide, et aussi un conflit international dans lequel la Russie et les États-Unis sont présents, sans oublier la dimension globale avec les différents mouvements djihadistes", analyse l'historien. On retrouve encore une fois cet échec du multilatéralisme, puisque les différents processus qui ont été mis en place par l’ONU échouent à établir la paix. "Il va donc falloir essayer de trouver l’acteur qui sera capable d’amener ces différents États, ces différents groupes au dialogue, et pour le moment on est un peu dans une impasse de ce côté-là."

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