Conflit en Syrie: le champ de bataille est prêt en Méditerranée

Conflit en Syrie: présence militaire en Méditerranée
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Conflit en Syrie: présence militaire en Méditerranée - © RTBF-Imagique

Alors que les tractations diplomatiques battent leur plein, des manœuvres militaires ont déjà lieu au large des eaux territoriales syriennes. La rive est de la Mer Méditerranée est, depuis plusieurs semaines, la destination des navires de guerre des forces en présence. Un véritable terrain de mines.

Les Etats-Unis annonçaient les premiers le renforcement de leur présence militaire dans les eaux méditerranéennes. Trois navires de guerre, des destroyers, y croisent en temps normal.

Depuis deux semaines, ils sont au nombre de cinq. "Ces bâtiments de guerre sont pour la plupart des navires flexibles, lanceurs de missiles de croisière, les fameux Tomahawk", explique Federico Santopinto, chercheur au GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). Parmi ces cinq navires, se trouve également un bâtiment destiné au débarquement de troupes. "Il ne faut en outre pas sous-estimer le nombre de sous-marins présents", ajoute Federico Santopinto; des appareils capables de lancer des missiles de croisière.

L'option choisie par la défense américaine serait de miser sur les tirs de missiles. "L'objectif est d’investir le moins possible l’espace aérien syrien. S’il devait y avoir des morts, ce serait assez grave, dans une situation où le conflit n’est pas largement soutenu par la population".

L’arsenal américain peut tout de même compter sur une force aérienne importante. Comme sur un exemplaire des quatre Boeing 747 E4B, appelés aussi "avions de fin du monde". L’un de ces appareils, conçus comme de véritables bases de commandement, serait basé en Turquie. "Il pourrait servir à effectuer des tests ou des exercices" commente le chercheur.

L’armée américaine dispose également de plusieurs avions de guerre (U2; C130, destinés au transport; V22, baptisés "hélico-avions"), sur les bases militaires américaines, essentiellement en Turquie. Sans compter les drones, dont l'utilisation serait déjà en cours pour des missions de reconnaissance à la frontière turco-syrienne.

Des hypothèses

A part la présence des cinq navires américains, toutes les options restent cependant au conditionnel. C’est aussi le cas de l'arrivée en Méditerranée orientale d’un navire français, la frégate "Chevalier Paul". D’après les informations de plusieurs quotidiens français, la frégate antiaérienne aurait quitté Toulon et se dirigerait vers le large de la Syrie. Mais les informations officielles ne confirment pas sa destination finale, ni son implication dans un conflit potentiel.

En ce qui concerne la flotte russe, aucune information vérifiée n’est disponible pour évaluer le nombre de navires au large de la Syrie. En temps normal, plusieurs navires russes torpilleurs, croiseurs et anti-missiles patrouillent dans la zone. Un navire d’interception de communications radars, fait partie de la flotte. L’agence Interfax confirmait, vendredi, l’arrivée d’un bateau de débarquement, le Nikolaï Filtchenkov.

Regardez, ci-dessous, à quoi pourrait ressembler, d'après ces informations, les eaux Méditerranéennes:

Sur cette infographie figurent également les bases militaires susceptibles de jouer un rôle dans un éventuel conflit: Incirlik, en Turquie, Akroliri à Chypre et Tartous en Syrie. Le nombre et la position des navires russes ne sont pas connus de façon précise. Par ailleurs, des navires américains, en plus petit sur l'infographie, se trouvent au large de l'Egypte et d'Israël.

 

La Syrie serait-elle en mesure de répliquer, en cas d'attaques? "La Syrie est toujours officiellement en guerre avec Israël, et est donc très bien équipée", rappelle Federico Santopinto. "Les missiles en possession des Syriens sont bien plus efficaces que ceux qui étaient présents en Irak, en 2003, ou en Libye". L'armée peut compter sur des missiles sol-air assez performants, notamment des Pantzyr S-1. "Ils n’en ont que quelques dizaines mais ils pourraient théoriquement toucher des Tomahawk".

Un arsenal auquel on pourrait ajouter les missiles SA17 Grizzli, mais également d'éléments de missiles russes extrêmement puissants, les S-300: "Très efficaces, mais non utilisables pour le moment"; la Russie avait en effet interrompu la livraison des éléments nécessaires à leur utilisation il y a quelques semaines. "Si les livraisons reprennent, dans le cadre de tension qui prévaut aujourd’hui, cela équivaudrait à une véritable provocation de la part de la Russie", commente Federico Santopinto, qui ne croit pas à cette éventualité.

Pour le chercheur, dans le meilleur des cas, la Syrie pourrait stratégiquement choisir de ne pas répliquer, à l'image de son attitude après les attaques israéliennes dont elle avait fait les frais, il y a quelques mois. "Cela pourrait permettre au régime de laisser passer l'orage, et de ne pas entrer dans une forme d'escalade, dans laquelle il aurait plus de risques de se retrouver perdant".

Un champ de mines

Les eaux territoriales syriennes ressembleraient cependant à un véritable champ de mines. La plupart des navires seraient, déjà, à une distance minimale des eaux territoriales syriennes, en position de réserve. Un nombre important, auquel il faut ajouter d'autres unités navales se dirigeant vers les eaux libanaises.

"Il y aurait déjà des bâtiments qui croiseraient au large du Liban, dont un navire italien, un destroyer, qui pourrait servir à évacuer ou à défendre", ajoute Federico Santopinto. Car une extension du conflit vers le voisin direct de la Syrie n'est pas une option impossible. "Il s'agirait de servir de bouclier pour les soldats présents dans le cadre du mandat de la FINUL", la force mandatée par les Nations unies au Liban. Composée essentiellement de troupes françaises et italiennes, la FINUL pourrait représenter une cible potentielle, en cas de représailles aux  frappes militaires.

"Cela montre une grande nervosité dans la zone, mais aussi au Liban, et aux frontières avec Israël aujourd'hui", ajoute-t-il. Pour ce spécialiste en géopolitique, l'hypothèse d'un embrasement régional est tout à fait plausible.  "C'est une poudrière. Beaucoup d'acteurs jouent un double jeu. Et on peut perdre le contrôle à tout moment". La présence d'acteurs non-étatiques, comme le Hezbollah ou nombre de groupes armés pouvant agir de façon "souterraine", est également un facteur de risques important.

"On n'a pas la maîtrise de la situation", résume Federoico Santopinto.

W. Fayoumi (@WaFayoumi)

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