Conflit au Yémen: "pas d'issue possible dans l'immédiat"

Conflit au Yémen: "pas d'issue possible dans l'immédiat"
Conflit au Yémen: "pas d'issue possible dans l'immédiat" - © MOHAMMED HUWAIS - AFP

La guerre au Yémen dure depuis cinq ans, et elle ne semble pas près de se terminer. La misère et la famine font plus de morts que les combats et 80% de la population a besoin d’une aide alimentaire urgente. Véronique de Viguerie est photoreporter et a couvert, à ce titre, ce conflit. La réalité qu’elle a vue de ses yeux est à la hauteur des mots employés par les Nations Unies quand ils parlent de pire crise humanitaire au monde. " Dans le nord du Yémen, il y a une population qui est complètement assiégée, qui subit un blocus de la part de la coalition, qui est bombardée et qui, en plus, vit sous le régime pas du tout tendre et même très autoritaire des Houtis. C’est donc une population qui manque de tout, et n’a aucun répit, " raconte-t-elle. "Dans le nord du Yémen, on a vu qu’il y avait finalement de la nourriture dans les magasins, mais la nourriture est, en fait, un luxe que la plupart des Yéménites ne peuvent pas s’offrir. Les fonctionnaires publics ne sont plus payés depuis des années. Il n’y a donc plus de médecins, ni de policiers, de professeurs et ils essayent de se débrouiller comme ils peuvent. Les choses du quotidien, celles qui nous paraissent normales sont pour la plupart des choses qu’ils ne peuvent pas s’offrir."

Une guerre très compliquée avec de multiples acteurs impliqués

Voilà pour la situation des Yéménites au quotidien. Mais quelles sont les explications de ce conflit qui s’éternise ? Dans cette guerre, deux clans s’opposent : les Houtis d’un côté et les forces gouvernementales, soutenues par une coalition militaire emmenée par l’Arabie Saoudite, de l’autre. " Les Houtis sont la force de résistance numéro un aujourd’hui au Yémen et ils cherchent, au-delà du contrôle de Sanaa, à parachever ce processus révolutionnaire violent tel qu’il s’est transformé ensuite face à la réaction de l’Arabie saoudite et des Emirats plutôt que revenir à une table des négociations. La réalité de cette guerre, c’est que Riyad ne supporte pas de perdre la péninsule arabique et la position stratégique pour l’Arabie saoudite du détroit d’Ormuz et au-delà. On est donc dans une situation où aujourd’hui le Yémen est également une chasse gardée de l’Iran et on est dans cette confrontation qui correspond tout à fait à l’actualité aujourd’hui," décortique Sébastien Boussois, Docteur en Sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient.

Hier, nous est parvenu l’annonce que les Emirtas arabes unis étaient en train de réduire le nombre de leurs troupes postées au Yémen. Une position, qui est difficile à comprendre, pour Sébastien Boussois. "Au mois d’avril, ils se félicitaient encore du veto stratégique de Donald Trump de ne pas avoir voté une résolution aux États-Unis pour demander l’arrêt des bombardements, l’arrêt de l’intervention de la coalition et l’arrêt des massacres. Et trois mois après, on est dans ce désengagement. Je crois que la volonté de ne pas en rajouter par rapport à la tension face à l’Iran, je crois que les Émirats et l’Arabie saoudite ont réussi une partie de leur pari qui est de petit à petit contenir l’Iran et ils misent sur la pression globale qui est faite aujourd’hui dans l’indifférence européenne et de la communauté internationale sur l’Iran, qui risque à tout moment de provoquer un cataclysme régional."

Pas d’issue possible à ce conflit dans l’immédiat

Face à cette situation ô combien compliquée, comment en sortir ? Notre spécialiste du Moyen-Orient lui, ne voit, aucune issue possible dans l’immédiat, si ce n’est demander l’arrêt des bombardements et l’arrêt de l’intervention au-delà du retrait des Emirats. "Il y a des camps de torture au Yémen qui ont été soulevés par des organisations internationales comme Amnesty, et il faut ramener l’ensemble des parties à la table des négociations, pour reprendre l’expression consacrée. Nous n’avons pas le choix que de trouver une solution politique comme nous l’avons fait avec l’Irak et comme nous essayons de le faire avec le Yémen. Ça ne sera certainement pas la voie militaire, mais vous voyez qu’aujourd’hui dans notre monde, l’un comme l’autre ne fonctionne pas véritablement dans du court terme. C’est donc une situation qui est véritablement problématique puisque ce qu’on a essayé de faire en Libye ne fonctionne pas pour l’instant. La solution politique est en train de s’effondrer face à la solution militaire de Haftar, soutenue également par les Émirats. Je crois que la volonté première de ces pays est de réinstaurer des pouvoirs autoritaires et que l’autoritarisme et l’autoritarisme militaire soient malheureusement une issue à la crise dans cette région. En tout cas, il est clair que nous en avons pour des années parce que ce qui se passe au Yémen est exactement ce qui s’est passé en Irak, avec des millions de morts et des décennies de gamins qui ont été traumatisés et qui à un moment ou un autre ont pété un câble et sont devenus dangereux pour nous tous."

 

 

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