Conflit au Tigré : l'acheminement de l'aide humanitaire reste difficile

La carcasse d'un char près d'Humera, dans la région du Tigré, théâtre d'une opération militaire de l'armée fédérale éthiopienne, le 22 novembre 2020
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La carcasse d'un char près d'Humera, dans la région du Tigré, théâtre d'une opération militaire de l'armée fédérale éthiopienne, le 22 novembre 2020 - © EDUARDO SOTERAS

Les combats continuent dans plusieurs parties du Tigré selon l'ONU, malgré les communiqués de victoire du gouvernement fédéral éthiopien, compliquant l'acheminement de l'aide humanitaire vers cette région du Nord de l'Ethiopie, théâtre d'un conflit armé depuis un mois.

Le Tigré est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, quand le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut des forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait alors la région et défiait son autorité depuis des mois.

Mercredi, le gouvernement éthiopien a garanti un accès humanitaire "sans restriction" dans la région à l'ONU, qui le réclamait depuis plusieurs semaines pour éviter une potentielle catastrophe.

Avoir un accès libre et sans conditions au Tigré

"Nous avons des informations faisant état de combats qui se poursuivent dans plusieurs parties du Tigré", a expliqué vendredi à l'AFP Saviano Abreu, porte-parole du Bureau onusien de coordination de l'aide humanitaire (Ocha), précisant que l'ONU continuait de négocier "avec toutes les parties au conflit".

"Nous devons avoir le même type d'accord avec toutes les parties au conflit, afin de nous assurer d'avoir un accès libre et sans conditions au Tigré", a-t-il poursuivi.


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Cela sous-entend que les forces du TPLF contrôlent encore certaines zones ou y sont, au minimum, encore actives.

Jeudi, le président du Tigré Debretsion Gebremichael avait fait état de combats en cours "autour de Mekele" et plusieurs diplomates avaient indiqué à l'AFP que des affrontements persistaient dans plusieurs endroits du Tigré.

M. Abiy avait clamé victoire, il y a presque une semaine, affirmant que l'opération militaire avait été "menée à bien" et que les combats étaient terminés, après la prise annoncée de la capitale régionale Mekele par les troupes gouvernementales, supposées contrôler désormais la quasi-totalité du Tigré.

Réfugiés érythréens

Vendredi, les évaluations en matière de sécurité dans la région sont toujours en cours et trois responsables onusiens ont confié à l'AFP ne pas s'attendre à ce que l'aide parvienne au Tigré avant la semaine prochaine.

"En gros, pour le moment, il n'y a pas d'accès" à la région, et l'ONU et le gouvernement "auraient dû s'abstenir" de révéler leur accord sur l'accès humanitaire, avant que les préparatifs soient plus avancés, a estimé à Addis Abeba un responsable onusien ayant requis l'anonymat.

"Quand vous rendez ça public de cette façon, cela crée des attentes et les gens se demandent: +L'accès a été donné, pourquoi l'aide ne nous arrive pas ?+", a-t-il souligné.

Des "centaines de membres du personnel humanitaire", présents avant le conflit, distribuent quand même déjà de l'aide au Tigré, selon M. Abreu.

Environ 600.000 personnes - dont 96.000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps - dépendaient totalement de l'aide alimentaire pour se nourrir au Tigré avant le conflit, selon l'Ocha.

Deux millions de personnes au Tigré auraient besoin d'assistance

Quatre semaines de combats ont poussé quelque 45.500 personnes à fuir au Soudan voisin, mais ont aussi déplacé un nombre indéterminé d'hommes, de femmes et d'enfants à l'intérieur du Tigré, s'inquiètent les organisations humanitaires.

"Avant les missions d'évaluations lancées" ces derniers jours, "les Nations unies estimaient provisoirement que jusqu'à deux millions de personnes au Tigré auraient besoin d'assistance", souligne vendredi le Programme alimentaire mondial (PAM) qui fournissait de l'aide à environ un million de personnes avant le conflit.

Dès le lancement de l'opération militaire, les communications ont été totalement coupées - et n'ont été que très partiellement rétablies ces derniers jours - et l'accès très restreint, rendant difficile de connaître la situation militaire et humanitaire au Tigré.

Des camps qui restent injoignables

Le PAM dit ne pas savoir actuellement combien de nourriture y est disponible dans ses entrepôts et ceux du gouvernement éthiopien.

Le Haut commissariat aux Réfugiés (HCR) dit vendredi "se tenir prêt à reprendre" ses activités au Tigré, "dès que la situation le permettra", notamment en termes de sécurité.

Il indique qu'environ 5.000 déplacés sont installés dans la localité de Shire, où des membres du HCR et d'organisations partenaires sur place leur ont distribué eau, biscuits énergétiques, vêtements, matelas et couvertures.

Le HCR s'inquiète aussi du sort des camps de réfugiés érythréens "qui restent injoignables" et qu'il estimait lundi à court de réserves alimentaires.

L'organisation veut aussi se rendre sur place pour vérifier des informations sur de possibles exactions contre ces réfugiés, a indiqué vendredi à l'AFP sa représentante en Ethiopie, Ann Encontre.

Les réfugiés érythréens installés en Ethiopie ont fui le régime autocratique du président Issaias Afeworki. Le TPLF accuse l'Erythrée d'avoir envoyé des troupes au Tigré pour le combattre aux côtés de l'armée éthiopienne.

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