Conflit au Tigré : au cœur des camps de réfugiés, "il n’y a pas assez de logements, pas assez d’eau, de sanitaires ni de nourriture"

Le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok s’est entretenu dimanche à Addis Abeba avec son homologue éthiopien Abiy Ahmed au moment où le Soudan accueille quelque 50.000 ressortissants éthiopiens chassés par les combats dans la région du Tigré.

"La partie soudanaise a réitéré sa solidarité avec le gouvernement éthiopien dans les opérations de maintien de l’ordre qu’il a entreprises", selon un communiqué publié après la rencontre par les services de Abiy Ahmed.


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Une situation qui dure depuis plusieurs semaines, et qui rend la situation dans cette région particulièrement tendue. Les réfugiés tigréens ont fui la guerre qui ravage le nord de l’Ethiopie. Ils dénoncent des massacres de civils et s’inquiètent du sort de leurs proches restés sur place.

Des blessés par balles

Notre correspondante a pu se rendre dans ces camps au sud du Soudan. Là-bas, une quarantaine de réfugiés éthiopiens gèrent eux-mêmes un centre de santé. Gidsy Hasose vient juste d’arriver d’Ethiopie, il est blessé : "J’étais en train de puiser de l’eau quand des miliciens amharas m’ont tiré dessus". C’est le troisième blessé par balles traité ici.

Le personnel soignant vient de l’hôpital d’Humera, juste de l’autre côté de la frontière. Quand la ville a été bombardée, il y a un mois, ils ont fui au Soudan en ambulance. Une chance, mais les conditions de vie ici sont très compliquées, comme en témoigne le docteur Kidane Hiluf : "C’est très dur, il n’y a pas assez de logements, pas de chambre à coucher, pas assez d’eau, de sanitaires et pas assez à manger".

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Selon l’Unicef, 273 enfants sont arrivés seuls au Soudan. Beaucoup sont traumatisés. Les adultes eux, s’inquiètent du sort de leur famille restée au Tigré alors que les communications ont été coupées © VINICIUS ASSIS

Chaque jour, quelques centaines de réfugiés arrivent par des chemins détournés. Ce sont pour la plupart des paysans du Tigré. Ils racontent les morts, les fermes pillées et brûlées par les milices amharas, alliées au Premier ministre Abyi Ahmed.

Selon eux, la manœuvre vise à les chasser de l’ouest du Tigré pour récupérer leurs terres agricoles. Kirosgavra Cheristos vient de franchir la frontière avec toute sa famille : "J’ai vu plein de morts. Les corps ont été jetés dans les rues comme des chiens". Comme des milliers d'autres Ethiopiens, il a fui son pays.

Cette nuit encore, la famille de Kirosgavra dormira à la belle étoile, dans le froid. Il n’y pas assez de tentes pour tout le monde, malgré les efforts de Médecins Sans Frontières. L’eau potable manque et les enfants souffrent de diarrhées.

Accueil de réfugiés, crise économique, inflation

L’accueil de ces réfugiés depuis un peu plus d’un mois vient s’ajouter à une crise économique dramatique au Soudan avec une inflation vertigineuse et un appauvrissement de la population, en particulier dans les provinces de Gedaref et Kassala (Est). L’afflux a néanmoins décru récemment, avec environ 170 entrées du Tigré au Soudan samedi, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), contre un millier le 3 décembre.

Le Premier ministre éthiopien, Prix Nobel de la paix 2019, a lancé cette opération le 4 novembre pour chasser les dirigeants de la région issus du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), après des mois de tensions. Il a annoncé le 28 novembre la prise de Mekele et la fin des combats.


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La communauté internationale réclame un accès au Tigré, coupé du monde depuis le début de l’opération, pour y acheminer de l’aide. Avant même le début du conflit, 600.000 habitants, dont 96.000 réfugiés érythréens, étaient totalement dépendants de l’aide alimentaire.

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