Conférence de l'ONU contre le racisme sans grosses pointures

L'Allemagne rejoint une liste déjà longue: l'Australie, le Canada, l'Italie, les Pays-Bas, Israël et les Etats-Unis même si Barack Obama s'est engagé à collaborer avec les Nations unies dans la lutte contre le racisme.

Tous ces pays seront absents par craintes de dérapages liés à la venue du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui a encore qualifié hier Israël de "porte-drapeau du racisme".

En 2001, lors de la première conférence sur le même thème en Afrique du Sud, Israël et les Etats-Unis s'en étaient retirés parce que des pays arabes avaient tenté d'y assimiler le sionisme au racisme. La Belgique sera présente à cette conférence

De Durban I à Durban II: douloureux parcours d'un consensus sur le racisme

La conférence dite de "Durban II" sur le racisme, qui démarre lundi à Genève sous l'égide de l'ONU, doit assurer le suivi de celle de Durban I en 2001, une conférence marquée par des attaques contre Israël et des débats difficiles sur l'esclavagisme.

Entachée par les discussions houleuses qui s'y sont déroulées, la première conférence de Durban a été pensée par l'ONU dans la fin des années 90, dans la foulée des grandes réunions internationales ayant jalonné la décennie.

Après le génocide au Rwanda et les nettoyages ethniques en ex-Yougoslavie, l'idée est alors d'instaurer une "justice restauratrice", en particulier pour l'esclavagisme, explique l'écrivain journaliste suisse Pierre Hazan dans son livre "Juger la Guerre, Juger l'histoire".

"L'ONU ambitionne de faire de cette conférence un immense rite d'expiation collective", estimant que les injustices du passé sont à l'origine du système inégalitaire qui prévaut dans le monde, ajoute-t-il.

La ville de Durban est choisie spécialement pour l'exemple donné par l'Afrique du Sud avec la fin de l'apartheid.

Dans ses textes préparatoires, l'ONU promet "des normes, les structures, les remèdes, capables d'assurer la pleine reconnaissance de la dignité et de l'égalité de tous".

Mais la rencontre, entre le 31 août et le 8 septembre 2001, prend la forme d'un gigantesque "Woodstock" réunissant plus de 160 Etats, des milliers d'ONG, soit au total plus de 18 000 personnes. Et dégénère en "une grave crise de politique internationale", selon les observateurs.

Ce sont les ONG réunies avant le début de la conférence qui donnent le ton avec des attaques violentes contre Israël. Choqués par les tentatives de certains pays d'assimiler le sionisme à du racisme, les Etats-Unis et Israël claquent ainsi la porte, le 3 septembre. Quant aux discussions sur des réparations concernant l'esclavage, elles tournent court.

La conférence aboutit malgré tout à l'adoption, par consensus, d'une Déclaration et Programme d'action, fixant selon ses défenseurs, la première stratégie mondiale contre le racisme.

Mais le scandale a marqué profondément Durban I, qui reste comme une épine dans le pied de l'ONU.

Au total, deux mondes se sont affrontés, comme préfigurant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis qui surviennent quelques jours plus tard, selon Pierre Hazan.

Depuis, les replis nationalistes n'ont fait qu'augmenter, de même que le clivage entre pays musulmans et occidentaux, compliquant la tâche de la préparation de la Conférence de suivie de Durban I, qui doit examiner les progrès et évaluer la mise en oeuvre du Programme d'action de 2001.

"Huit ans après, les promesses et les mesures (de lutte, ndlr) antiracistes n'ont pas réussi à reléguer les pratiques discriminatoires et l'intolérance dans les poubelles de l'histoire", a déploré la Haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme Navanethem Pillay reconnaissant que "les objectifs de la déclaration de Durban n'(avaient) pas été atteints".

(M.S. avec Belga)

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