Condamnation de Berlusconi: pas de "mort politique" pour le Cavaliere

Giulia Sandri (politologue ULB) et Giuseppe Santoliquido (écrivain et auteur de "Bunga Bunga, mode d'emploi"), étaient les invités d'Arnaud Ruyssen dans Matin Première pour évoquer le verdict prononcé lundi soir à l'encontre de Silvio Berlusconi en Italie.

Une Italie où la tension a été extrême durant les 7h30 de délibération. Un délai particulièrement long pour un seul recours, constate Giuseppe Santoliquido : "Durant la délibération, le pays a été paralysé, coupé en deux entre ceux qui voient dans cet arrêt un coup d’Etat et les autres qui saluent la condamnation de celui qui reste tout de même à la tête d’un important parti de la coalition gouvernementale".

Des questions encore ouvertes

Si la condamnation est définitive, certaines modalités de sa mise en œuvre doivent encore être précisées. L’arrêt de la Cours sera remis à la fois au parquet de Milan et au Sénat pour exécution. Silvio Berlusconi disposera alors 24 heures pour choisir la modalité de sa peine : travaux d’intérêt public ou détention à domicile. Quel que soit son choix, il ne pourra plus s’exprimer en public. "Cela signifie pour lui l’interdiction de répondre à des interviews ou de participer à des meetings. Chacun de ses actes sera soumis à la décision d’un conseil de juges".

Toujours sénateur durant au moins 4 mois

En revanche, il reste sénateur durant une procédure qui devrait durer entre 4 et 5 mois, précise Giuseppe Santoliquido : "Il pourra se rendre au sénat mais ne pourra pas prendre la parole en public".

Pour Giulia Sandri (politologue ULB), il s’agit d’une vraie condamnation : "Le jugement sur les faits est clair: il est bien condamné. D’autre part, son mandat de sénateur devient incompatible et le sénat devra voter cette incompatibilité."

Giuseppe Santoliquido refuse pourtant de parler de "mort politique" pour le Cavaliere : "Ce n’est pas la fin de sa carrière. Si l’interdiction politique ne dure qu’un an et que la coalition tient jusque-là, il pourra se représenter". Lui qui avait annoncé sa décision de relancer le parti Forza Italia, veut maintenant accélérer sa remise sur pied et la candidature de sa fille à sa succession est à l’ordre du jour. Les membres de son parti vont remettre leur mandat entre les mains de Berlusconi et cela entraînera un restructuration du centre droit qui sera contrôlé par Silvio Berlusconi, peut-être par l’intermédiaire de sa fille. "Aux dernières élections le Cavaliere avait encore reçu le soutien de 10 millions d’Italiens. La moitié du pays est toujours derrière lui.

Conséquences imprévisibles pour le gouvernement

Pour Giulia Sandri, le gouvernement est fragilisé par cette condamnation. Le Parti Démocrate en coalition avec le parti de Berlusconi dit clairement que le gouvernement ne sera pas affecté par cette condamnation. "Mais les conséquences se voient surtout au sein de ce même Parti Démocrate qui se divise sur cette question. Certains voudraient s’appuyer sur cette condamnation pour faire tomber le gouvernement. Ils invoquent une question éthique : peut-on gouverner avec un parti à la tête duquel se trouve une personne condamnée pour avoir pratiqué la fraude fiscale durant 20 ans ?"

Les prochains jours seront déterminants : un conseil des ministres se tient ce vendredi après-midi et, dès la rentrée, le Parlement s’attaquera à la réforme électorale. Sans oublier que deux condamnations risquent encore de tomber pour l’achat de sénateurs et pour l’affaire Ruby.

Jean-Claude Verset

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