Compromis sur le nucléaire iranien possible, colère de Netanyahu

John Kerry a ainsi annulé une visite à Boston prévue lundi et Laurent Fabius et Frank Walter Steinmeier ont renoncé à un déplacement commun au Kazakhstan. Les négociateurs travaillent d'arrache-pied pour résoudre les derniers points qui bloquent la possibilité d'annoncer un compromis avant la date butoir du 31 mars. Face à l'épilogue qui s'approche, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l'un des plus virulents opposants à tout compromis avec l'Iran, a lancé une violente charge depuis Jérusalem. "Le dangereux accord qui est négocié à Lausanne confirme à nouveau toutes nos inquiétudes, voire même au delà", a affirmé Benjamin Netanyahu, dont les propos tenus au conseil des ministres ont été diffusés par la radio publique.

Le Premier ministre a dénoncé "l'axe Iran-Lausanne-Yémen qui est très dangereux pour toute l'humanité et qui doit être stoppé", et affirmé que "sur l'axe Beyrouth-Damas-Bagdad, l'Iran agit pour conquérir tout le Moyen-Orient".

Téhéran soutient le régime de Bagdad, de Damas, et les rebelles chiites houthis qui ont pris le contrôle d'une partie du Yémen, et contre qui l'Arabie saoudite et une dizaine de pays arabes ont lancé une opération militaire.

Possibilité de mettre "la bombe hors de portée"

Un accord avec l'Iran sur son programme nucléaire est "possible", mais il doit mettre la bombe atomique "hors de portée" de ce pays, a souligné dimanche le chef de la diplomatie britannique Philip Hammond à son arrivée à Lausanne.

Dernier ministre des grandes puissances à se joindre à ces discussions avec les Iraniens, le Secrétaire au Foreign Office a assuré "être là parce que nous pensons qu'un accord peut être conclu (...) mais cela doit être un accord qui met la bombe (atomique) hors de portée de l'Iran. Il ne peut y avoir de compromis sur ce point", a-t-il dit aux journalistes.

"Nous allons essayer d'accomplir cela dans les toutes prochaines heures, l'Iran doit prendre une grande respiration et des décisions difficiles pour assurer que ces lignes rouges sont satisfaites. J'espère que nous aurons un succès dans les heures à venir", a poursuivi Philip Hammond.

"Beaucoup de travail reste à faire"

Tous les chefs de la diplomatie du groupe P5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, France, Chine et Allemagne) étaient sur place dimanche pour l'épilogue de ce feuilleton à rallonge.

"Beaucoup de travail reste à faire", a déclaré dimanche le Français Laurent Fabius. La communauté internationale veut s'assurer que l'Iran ne cherchera pas à se doter de la bombe atomique, en échange d'une levée des sanctions qui asphyxient l'économie de ces pays.

La levée des sanctions justement, ainsi que la question de la recherche et du développement dans le domaine nucléaire sont les deux principaux sujets qui posent encore problème, selon des diplomates iraniens et occidentaux. Téhéran demande la levée totale des sanctions internationales, particulièrement les mesures décidées par l'ONU, alors que pour les pays occidentaux cela ne peut se faire que graduellement.

L'Iran insiste également pour pouvoir faire de la recherche et du développement, notamment afin d'utiliser à terme des centrifugeuses plus modernes et plus puissantes pour enrichir l'uranium. Mais les pays occidentaux et Israël estiment que le développement à terme de telles centrifugeuses permettra à l'Iran de réduire le "breakout", temps nécessaire pour avoir suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une bombe atomique.

"Si on parvient à régler les problèmes restants aujourd'hui ou d'ici deux ou trois jours, on pourra commencer la rédaction d'un texte. Mais pour le moment nous discutons encore", a indiqué une source iranienne.

La date fixée pour un accord final, incluant toutes les annexes techniques de ce dossier extrêmement complexe, est fixée au 30 juin, mais la fin mars est une "étape très importante" pour permettre aux négociations de se poursuivre, reconnaissent plusieurs diplomates. Même si personne ne sait encore quelle forme prendra cette entente - si elle est conclue.

Une "liste" de paramètres abordant les points au cœur de la négociation? Un document non public et non signé mais qui fixerait de façon assez précise les objectifs à atteindre? "Cela peut prendre la forme d'une déclaration que les parties feront", selon une source iranienne. "Je pense que l'option la plus probable est qu'il vont faire une annonce, dire qu'ils sont parvenus à un accord sur les éléments clés, et qu'ils vont passer les trois prochains mois à écrire le brouillon de cet accord et son plan de mise en œuvre", estime Ali Vaez, spécialiste du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

AFP

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