Gilets jaunes, Jeunes pour le climat, Gang des Vieux en colère: "Le souverain, c'est le citoyen"

Comprendre les mouvements sociaux : analyse de la chercheuse Amandine Crespy
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Comprendre les mouvements sociaux : analyse de la chercheuse Amandine Crespy - © Tous droits réservés

Gilets jaunes, Jeunes pour le climat, Gang des Vieux en colère et si tous ses mouvements de grogne citoyenne étaient les mêmes ? Le signe d’un problème majeur, d’une perte de confiance dans la politique ? Amandine Crespy, chercheuse et professeure à l’ULB nous éclaire. Pour elle, ces mouvements sont une demande citoyenne à vivre dignement plutôt qu’une réelle question de pouvoir d’achat. « Les citoyens veulent vivre dignement de leur travail, c’est clair. Et cela se comprend quand on voit le nombre de travailleurs pauvres en constante augmentation. Pour le Brexit par exemple, il y a un contexte de frustration sociale qui se reporte sur l’étranger que l’on prend pour un bouc émissaire. Or ses travailleurs étrangers contribuent bien plus à l’économie qu’ils ne prennent l’économie. Mais pour les Britanniques frustrés, il y a là un besoin de retour à une certaine souveraineté nationale. »

Le souverain, c’est le citoyen

Les Gilets jaunes et les Jeunes pour le climat sont différents mais ils ont aussi des points communs. En premier lieu, il s’agit d’exprimer une frustration et ensuite une volonté de reprendre la main sur la démocratie. « Mais il y a ce sentiment que nos représentants, nos élus confisquent le pouvoir. Que voter tous les 4 ou 5 ans et ensuite déléguer, ce n’est plus suffisant. Donc la volonté est là de protester contre la pauvreté, contre la précarité. Et puis c’est aussi une contestation de la démocratie. Le souverain, c’est le citoyen ! »

Les marches pour le climat se déroulent dans un contexte particulier. Le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux peinent à prendre leurs responsabilités, d’où le ras-le-bol des jeunes. « On ne manifeste pas contre quelque chose mais pour quelque chose, pour solliciter une action et on a l’impression que le système est bloqué et voilà pourquoi les jeunes appellent le politique à agir », explique la professeure.

Pour cette spécialiste des mouvements sociaux, le collectif des jeunes pour le climat est clair. Celui des gilets jaunes, moins. « On a du mal à trouver la ligne politique. Ils réclament des mesures contre la précarité, pour la justice fiscale, contre la montée des inégalités qui cristallise les mécontentements. Cela appelle des enjeux européens mais la difficulté du mouvement c’est qu’il agrège des colères dont le fond idéologique est différent. Et puis il y a au sein des Gilets jaunes, des acteurs radicalisés, des gens qui ont arrêté de voter depuis longtemps, il n’y a pas de porte-parole, pas de mot d’ordre, pas de message univoque donc pas de relais. C’est difficile de faire avancer les revendications, le mouvement est dans l’impasse. »

Référendum, tirage au sort ?

Avec le Brexit, on a beaucoup parlé référendum. Certains pensent qu’il a été mal utilisé. Une position partagée par Amandine Crespy. « Le référendum peut instrumentaliser les citoyens. Ils ne comprennent pas forcément ce qu’ils doivent trancher. Et il n’est pas rare d’entendre après ‘Ah, si j’avais su’. »

 

Le tirage au sort a quelque chose d’innovant. Pour Amandine Crespy, il faut toutefois bien l’encadrer. « Tout dépend du cadrage, des conditions. Comment et dans quelles conditions on le fait. Quelle configuration aura-t-il ? Locale, nationale, européenne ? Mais c’est intéressant de réserver une partie des sièges d’une assemblée à des citoyens afin qu’ils participent. Parce que le renouvellement des assemblées laisse à désirer. Ça ne va pas. Même sur les avancées homme-femme, c’est lent. La participation citoyenne en politique, on en parle depuis les années 90. On dit que l’Union européenne souffre d’un grave déficit démocratique, que le parlementarisme n’est pas aussi présent que dans les systèmes nationaux et donc on se demande comment intéresser le citoyen lambda. L’intéresser à ce qui se passe à Bruxelles, à l’Europe c’est compliqué. Il faudrait venir interpeller, travailler en plusieurs langues… »

Sans oublier la question des moyens. Pour l’instant, l’initiative citoyenne européenne, c’est le droit de pétition. La Commission examine un texte si un million de signatures sont récoltées mais c’est toujours très bureaucratique et très demandeur en ressources. Pas sûr que cela changera fondamentalement la donne et démocratisera l’Union européenne.

L'interview d'Amandine Crespy à voir ci-dessous et dans le Maxi bar de l'Europe sur la RTBF ce dimanche 3 mars vers 23h30 et sur TV5-Monde ce lundi 4 mars à 17h.

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