Commission européenne: les vaccins anti-coronavirus et le Brexit, un cocktail détonant pour Ursula von der Leyen

Fin de l’année dernière, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, donnait le départ des campagnes de vaccination sur le continent. "C’est l’heure de l’Europe", lançait l’Allemande qui se réjouissait de ce "moment touchant d’unité" et "d’histoire de succès européenne".

Mais un mois plus tard, il n’est plus question de succès. Les retards dans les livraisons de vaccin ont plombé l’ambiance. Mise sous pression, Ursula von der Leyen et son équipe sont parties à la faute. Vendredi dernier, elles ont lancé une initiative pour contrôler les exportations de vaccins sans se rendre compte qu’ils ouvraient la boîte de Pandore… du Brexit.

Les retards dans les livraisons de vaccins

Tout part du conflit avec AstraZeneca. Il y a une dizaine de jours, le laboratoire anglo-suédois annonçait qu’il lui était impossible de livrer en heure et en temps toutes les doses promises aux Européens. La faute à un problème de production dans une de ses usines en Belgique. La Commission réclame alors à AstraZeneca de lui fournir des doses produites dans deux usines au Royaume-Uni. Demande rejetée. Les vaccins produits au Royaume-Uni sont prioritairement destinés aux Britanniques, rétorque le patron du laboratoire.

Le contre-temps est fâcheux pour l’Union européenne. Au nom des 27, la Commission a précommandé 400 millions de doses de ce vaccin bon marché et facilement transportable. Il est au cœur de la stratégie de vaccination européenne. Ajoutez à cela, les retards de livraison aussi chez Pfizer-BioNTech et chez Moderna, et vous avez une vaccination qui démarre poussivement en Europe alors qu’elle tourne à plein régime au Royaume-Uni.

La riposte de la Commission européenne

C’en est trop pour la Commission européenne. Mise sous pression par les gouvernements nationaux et les opinions publiques, l’exécutif européen sort l’artillerie lourde vendredi dernier. Elle lance un mécanisme de contrôle et d’autorisation des exportations de vaccins. Désormais, tous les laboratoires pharmaceutiques qui ont passé un contrat avec la Commission et qui produisent des vaccins Covid dans l’Union devront demander une demande préalable d’exportation. L’objectif, officiellement, est d’avoir une vision claire des doses de vaccin qui quittent l’Union européenne. En dernier ressort, si une exportation est jugée illégitime, elle pourrait être purement et simplement interdite.

La Commission voudrait-elle protéger les Européens au détriment des non-Européens ? Pas du tout, assure-t-elle. Le mécanisme prévoit des exemptions pour 92 pays à travers le monde. Pas question de bloquer des exportations de vaccin vers des pays défavorisés. Pas question non plus de viser les pays voisins de l’Union européenne, comme la Suisse par exemple. Mais le Royaume-Uni lui est bel et bien concerné par le mécanisme européen. D’aucuns y voient d’ailleurs un moyen officieux pour empêcher que des doses produites par AstraZeneca (ou par d’autres labos comme Pfizer) ne traversent la Manche.

La maladresse de la Commission européenne

Mais voilà. A peine dévoilé ce vendredi 29 janvier dans l’après-midi, ce mécanisme européen de contrôle des exportations de vaccins a provoqué l’ire des Britanniques. Dès vendredi soir, Boris Johnson s’est entretenu au téléphone avec Ursula von der Leyen. Le Premier ministre lui a exprimé "ses graves préoccupations" concernant les accords du Brexit et en particulier le protocole sur l’île l’Irlande.

Ce protocole maintient de facto la province britannique d’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique européen. C’est la solution longuement et âprement négociée par Britanniques et Européens pour éviter le retour d’une frontière entre les deux Irlande et garantir le maintien de la paix sur l’île.

Or, dans la première version du mécanisme européen de transparence, il était question de suspendre l’application du protocole pour empêcher les exportations de vaccins vers le Royaume-Uni. Il y a quelques mois encore, l’Union européenne exigeait des Britanniques le respect inconditionnel de ce protocole. Une ligne rouge que les Européens eux-mêmes ont failli franchir à la première occasion. De quoi provoquer un tollé à Londres mais aussi en Irlande du Nord où la Première ministre a dénoncé "un acte hostile incroyable". La mesure a même provoqué des inquiétudes dans le camp européen, en particulier chef le Premier ministre de la République d’Irlande, Michael Martin, qui n’a pas hésité à les exprimer à Ursula von der Leyen.

Rétropédalage et dégâts collatéraux

Face au mécontentement généralisé, la présidente de la Commission européenne a rapidement fait machine-arrière. Dans la nuit de vendredi à samedi, un communiqué annonçait une modification du mécanisme de transparence. L’Irlande du Nord rejoignait la liste des pays qui ne sont pas concernés par la mesure. De quoi soulager le premier ministre irlandais et de calmer le gouvernement britannique.

L’incident diplomatique est clos. Il n’aura duré qu’un week-end. Mais il risque de laisser des traces. La Commission européenne est critiquée pour avoir agi de manière précipitée et disproportionnée. "Seul le Pape est infaillible", s’est défendu un porte-parole de l’exécutif européen ce lundi 1er février. En attendant le mal est fait. L’incident écorne l’image de l’Union européenne, en particulier au Royaume-Uni où la presse et le monde politique ont largement commenté l’événement.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en sort elle-même affaiblie. Des critiques déjà entendues ces derniers mois concernant sa gestion très "solitaire", très verticale de la Commission sont remontées à la surface. Ces critiques viennent s’ajouter à celles sur sa stratégie d’achats de vaccins trop lente, trop bureaucratique.

Et même si aujourd’hui, plusieurs laboratoires pharmaceutiques promettent d’accélérer leur production de vaccins Covid, Ursula von der Leyen et son institution sont actuellement à la peine dans la gestion de la crise sanitaire.


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JT du 28/01/2021

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