Comment un drone des Emirats arabes unis a tué des élèves militaires libyens ? Et comment la BBC l'a su…

La scène, captée par une caméra de surveillance le 4 janvier dernier, ne dure que quelques secondes. On y voit un groupe de militaires dans la cour d’une caserne à Tripoli, la capitale de la Libye… à peine ont-ils le temps de faire demi-tour en rang qu’un missile s’abat sur eux.

Pendant que des hommes s’en vont en courant, 26 d’entre eux restent sur place. Tués sur le coup. Quelle est l’arme qui les a frappés ? D’où venait-elle ? Qui peut être tenu pour responsable de cet acte ? Pour répondre à ces questions, BBC News Africa a mené l’enquête.

Images satellites, photos…

Le résultat, c’est un puzzle de centaines de pièces (images satellites, coordonnées GPS d’avions, photos…) rassemblées dans une vidéo d’une vingtaine de minutes diffusée le 27 août dernier (à voir ci-dessus).

Une analyse des débris du missile permet de déterminer qu’il s’agit d’un Blue Arrow 7. Un missile de fabrication chinoise lancé par un drone Wing Loong II (l’équivalent chinois du drone Predator américain).

Mais quelle armée pilotait ce drone ? Le Wing Loong était le seul drone en activité autour de Tripoli en janvier 2020. Les journalistes de la BBC ont pointé toutes les bases suffisamment proches de la cible. Le point de départ le plus probable serait Al Khadim, au nord-est de la Lybie, à la frontière avec l’Egypte.

Une base opérée par les Emirats arabes unis

C’est là que les images satellites entrent en jeu. Les sources de la BBC n’ont rien de militaire. Il s’agit d’images accessibles (en partie) au grand public. Elles ont été prises par des satellites civils et sont visibles pour certaines sur Google Earth.

A Al Khadim, on trouve différentes armes (drone, avions, hélicoptères, système de défense antiaérien). Une seule armée active sur ce théâtre d’opérations les possède tous les quatre : les Emirats arabes unis. C’est ce que confirme la base de données sur les transferts d’armes du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).

La présence des Emirats arabes unis dans ce conflit va à l’encontre de l’embargo sur les armes en Libye conclu au sein de l’Organisation des nations unies.

L’Egypte, un acteur intermédiaire

L’enquête ne s’arrête pas là. Les drones ne sont plus visibles sur les images satellites de la base de Al Khadim au-delà du mois de janvier. Où sont-ils passés ? Et où sont passés les équipements au sol – plusieurs containers – qui permettent de les contrôler à distance ?

Direction… l’Egypte, où les armes ont été expédiées avec la complicité du pouvoir en place. C’est un avion de transport militaire de type Iliouchine II-76 qui se serait chargé du transport.

La conclusion, c’est Ghassan Salamé, politologue libanais et envoyé spécial de l’ONU en Libye du 20 juin 2017 jusqu’à mars 2020 qui la formule : "Bas les pattes de la Libye. Le pays souffre trop des interférences étrangères. […] La Libye n’est pas seulement une histoire de géopolitique. C’est aussi une question d’humanité. Et des gens souffrent."


►►► À lire aussi : Conflit en Libye : accord sur l’embargo sur les armes et l’arrêt d'"interférence" étrangère


 

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