Comment se passe la vie à bord d'un navire d'une ONG qui recueille des migrants en Méditerranée?

A bord de l'Ocean Viking
A bord de l'Ocean Viking - © ANNE CHAON - AFP

Le bateau de l’ONG Open Arms transportant une centaine de migrants est bloqué depuis de nombreux jours en Méditerranée, au large de l’île italienne de Lampedusa, où il espère accoster. Comment se passe concrètement la vie à bord d’un navire d’un des ONG qui recueillent des migrants en mer ? Interrogée sur La Première, Hassiba Hadj, chargée d’affaires humanitaires pour Médecins sans frontières (MSF) évoque les conditions de vie à bord d’un de ces bateaux : "MSF, avec notre partenaire SOS Méditerranée, est exactement dans la même situation actuellement. A bord de l’Ocean Viking, nous avons 356 personnes secourues en mer au large des côtes libyennes. La situation peut être tendue. Dans un premier temps, il y a un sentiment de soulagement et les personnes secourues en mer dorment souvent, ce qu’on peut comprendre. Par la suite, la vie sur le bateau s’organise et les conditions de vie sur un bateau dans ces conditions-là ne sont pas idéales. Pour nous, les 356 personnes dorment sur le sol et nous avons installé des containers de façon à ce que les personnes puissent se protéger des éléments, notamment du mauvais temps, mais aussi du soleil qui peut taper très dur en Méditerranée. Il y a également de l’incertitude et de l’angoisse de ne pas savoir ce qui va leur arriver, avec la crainte d’être renvoyés vers la Libye, en dépit de nos assurances que ce ne sera jamais le cas. Parmi ces 356 personnes, énormément viennent du Soudan et plus d’un tiers sont des mineurs non accompagnés. Nous avons essayé d’organiser différentes activités avec nos équipes médicales, et notamment du soutien psychologique (avec des activités de dessin par exemple), et ce qui ressort, c’est vraiment la violence que ces personnes ont vécue, que ce soit dans leur pays d’origine — comme le Soudan, et plus précisément le Darfour — mais aussi et surtout en Libye avec des mois de détention dans des conditions épouvantables et de la torture".

Vie à bord

"Il y a trois types d’équipes à bord", poursuit Hassiba Hadj. "Généralement — en tout cas sur notre navire — il y a l’équipe de sauvetage, qui est l’équipe de SOS Méditerranée et qui s’occupe d’aller secourir les personnes en mer, avec l’aide d’un médecin qui va essayer d’évaluer la situation des personnes et des besoins médicaux. Nous avons dans notre équipe à MSF un médecin, une sage-femme, parce qu’il y a souvent des femmes enceintes, beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles, des jeunes filles, nous avons deux infirmiers/infirmières, un médiateur culturel et des personnes chargées de la logistique parce qu’il va falloir nourrir toutes ces personnes et s’assurer qu’elles puissent avoir accès aux toilettes, ce qui, sur un navire, n’est pas évident. Le rôle du médiateur culturel est très important. En ce moment, nous avons une personne qui parle arabe, ce qui est important pour aider et pour communiquer avec les Soudanais rescapés. On a aussi besoin de parler français et parfois portugais, car il peut y avoir des personnes qui viennent de Guinée équatoriale. Il y a donc beaucoup de francophones, beaucoup de personnes qui parlent arabe et nous avons quelques Libyens à bord. Nous les informons de nos échanges avec les autorités, parce que ce qui est frappant, c’est parfois la naïveté des personnes qui sont rescapées et les mensonges des personnes qui les ont poussées vers la mer. On leur montre une lumière qui peut être une plateforme pétrolière en leur disant que c’est l’Italie, ce qui n’est pas du tout le cas. Il y a également une incompréhension face à l’intransigeance de certains pays européens, surtout compte tenu de l’expérience qu’ils ont vécue en Libye. Nous venons de recueillir le témoignage d’un jeune qui se trouvait dans le centre de détention de Tajoura en Libye et qui a été visé par une frappe aérienne, où près de 50 migrants et réfugiés sont morts. Il a réussi à s’échapper de Tajoura, il a réussi à arriver en mer et il a maintenant de l’incompréhension. On leur explique aussi quel est l’état de nos négociations avec les différents États européens. Il s’agit aussi de ne pas créer d’attentes et de ne pas promettre des choses que nous ne sommes pas en mesure de remplir. Il s’agit donc de faire preuve de transparence absolue à l’égard des personnes à bord, mais aussi à l’égard du public, et notamment par un site que nous avons créé, qui permet aux membres du public de suivre au jour le jour toutes les interactions avec les autorités maritimes."

A propos de la situation de l’Open Arms, Hassiba Hadj demande : "Est-il vraiment nécessaire qu’il y ait toutes ces tractations politiques avec énormément de jeu politique sur le dos de personnes qui sont extrêmement vulnérables et qui ont déjà vécu des mois, voire des années, de détention ou d’emprisonnement dans des conditions déplorables, de la torture, et qui ont vu des proches mourir ? On peut se poser la question. L’Open Arms avait reçu une décision de la justice italienne qui avait permis de débarquer un certain nombre de personnes, mais chaque intransigeance semble finalement avoir très peu à voir avec le sort des personnes en mer et davantage avec des positions politiques, ce qui est déplorable".

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