Comment obtenir 75% des sièges de l'Assemblée nationale avec les votes de 11% des Français: décodage

Comment obtenir 75% des sièges de l'Assemblée nationale avec les votes de 11% des Français: décodage
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Comment obtenir 75% des sièges de l'Assemblée nationale avec les votes de 11% des Français: décodage - © Tous droits réservés

"Raz-de-marée", "tsunami", "vague" de La République En Marche (LREM) : les médias français n'ont pas manqué de superlatifs pour évoquer la victoire du mouvement initié par le nouveau président de la République Emmanuel Macron, et la large majorité que lui prédisent les estimations à l'Assemblée nationale. Si celles-ci se confirment au second tour, on s'attend en effet à plus de 400 députés LREM, sur les 577 élus, soit 75% de l'hémicycle.

Projection de la répartition des sièges de l'assemblée en pourcentage

Et pourtant... une infographie diffusée par France Info le met en évidence : si la France était un village de 100 habitants, moins de 11 Français auraient voté pour les candidats du président de la République. De quoi relativiser le tsunami...

Comment expliquer ce paradoxe?

L'importance de l'abstention

Chaque fois qu'on parle de pourcentage obtenu par un parti, on s'exprime par rapport au nombre de votes effectivement exprimés et valables. Or, il y a premièrement les Français qui n'ont pas le droit de vote (mineurs, déchus du droit de vote, soi: 18,53%) et ceux qui ne se sont pas inscrits sur les listes électorales, étape obligatoire pour voter en France (10,47%). Parmi les 71% de Français restants, plus de la moitié se sont abstenus. En retirant les blancs et nuls, les votes valables ne représentent donc qu'environ un tiers des Français. Le petit tiers de ces votes est attribués à LREM. Ce qui nous donne donc moins d'un tiers du tiers, soit un petit neuvième (10,93% pour être précis), comme le montre le graphique suivant établi par le ministère français de l'Intérieur)

Pourcentage des résultats par rapport au total des Français

Deux fois plus de votes, 100 fois plus de députés?

Ce schéma n'explique toutefois pas comment avec un peu plus du double de votes en faveur de LREM (6,3 millions) par rapport au Front national (3 millions), on prédit au parti présidentiel... 100 fois plus de députés (plus de 400, pour 1 à 5 députés au FN).

Une situation impossible en Belgique qui est liée au mode d'élection en vigueur en France depuis 1986, à savoir le scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription. Ce système est complètement opposé au nôtre par bien des points et  donne en quelque sorte un (gros) avantage au plus fort.

"Les décodeurs" du Monde ont d'ailleurs calculé ce que donnerait la composition de l'Assemblée nationale si l'on avait attribué les sièges à la proportionnelle, comme c'est le cas en Belgique, sur base des résultats de ce premier tour de législatives : 

 

En fait, c'est comme si la France organisait 577 élections séparées. Et dans ce système uninonimal, chaque circonscription n'a droit qu'à un seul élu. Les partis n'ont donc droit qu'à un seul candidat. A l'inverse, dans le système proportionnel belge, il y a plusieurs élus par circonscription et les partis présentent donc des "listes" de candidats, qui obtiennent un pourcentage des élus en lien avec le pourcentage de voix obtenus.

Et si les représentants d'un parti, qui représenterait par exemple 20% de la population, arrive systématiquement second derrière un parti qui en représente 30% à la base... ce parti représentant une personne sur 5 pourrait n'avoir absolument aucun élu!

De plus, le système majoritaire à deux tours fait qu'un candidat doit obtenir plus de 50% des voix valables pour être directement élu, ce qui est très rare (4 cas sur 577 lors de cette élection 2017). Si ce n'est pas le cas, un second tour est organisé avec les candidats ayant obtenu les meilleurs scores. La possibilité de conclure des alliances peut alors mener des petits partis à obtenir des élus là où ils sont forts, en échange de leur appui dans d'autres circonscriptions où le résultat est serré.

Le hic pour le Front national par exemple, c'est qu'il est rare que d'autres partis acceptent de faire alliance avec eux. Le report des voix des électeurs au second tour joue donc rarement en leur faveur.

Inconvénients du système majoritaire à deux tours

Comme on l'a dit plus haut, un des gros inconvénients de ce système est qu'il n'assure pas du tout la représentativité des différents courants de la population au sein de l'Assemblée. La présence des plus petits partis dépendra plus des alliances que ceux-ci parviennent à forger plus que de l'adhésion des citoyens à leur projet.

Les partis français n'ont jamais été proportionnellement représentés dans l'Assemblée nationale au vote populaire depuis le début de la Ve République (1958), sauf lors des élections de 1986, qui avaient été organisées selon le mode du scrutin proportionnel plurinominal.

Infographie Le Figaro

Avantages du scrutin majoritaire à deux tours

Le système a l'avantage de ses inconvénients:

  • Il évite de donner du poids aux partis extrêmes, même si ceux-ci recueillent un nombre important de voix;
  • Il est très simple, à organiser et à dépouiller;
  • Il facilite la mise en place d'une majorité claire, et l'alternance. Si on reprend la projection donnée par les décodeurs du Monde de la composition de l'Assemblée en cas de proportionnelle, on voit que la majorité présidentielle (La République en marche+MoDem) n'aurait pas obtenu la majorité absolue dans ce cadre. Elle ne l'obtiendrait même pas avec l'appui de la gauche modérée dont elle paraît proche (266 sièges sur 577), ni avec le seul groupe des Républicains (277 sièges sur 577) et aurait donc dû négocier avec de plus petits mouvements de droite et du centre ou avec la gauche plus radicale.

La séquence du JT de 13h:

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