Comment Magellan a changé notre vision du monde, il y a 500 ans

Nous sommes le 10 août 1519. Il y a exactement 500 ans. A Séville, en Espagne, une flotte démarre vers le port de San Lucar de Barrameda, où en septembre de la même année, le navigateur portugais Fernand de Magellan lève les amarres. Il part rejoindre les îles Moluques, en Indonésie. Sa motivation : découvrir une nouvelle route riche en épices, commerce très juteux qui fleure bon la muscade et le clou de girofle. Sous son commandement, cinq navires et 237 hommes prennent la mer pour le compte du jeune roi d'Espagne, le futur empereur Charles Quint. Ces hommes représentent plus d’une dizaine de nationalités, avec des marins français, italiens ou grecs, et même des Flamands, venus de Bruges ou d'Anvers.

Mutineries, tempêtes et maladies

L’expédition est difficile: les hommes se découragent, la météo est capricieuse, la famine fait des victimes. Magellan doit faire face à des mutineries. Malgré tout, il parvient à démontrer qu’il existe bel et bien un passage entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. C’est le fameux détroit de Magellan, entre le Sud du continent américain et l’île de la Terre de Feu. C’est lui qui donnera aussi son nom à l’océan Pacifique, car au moment où il le traverse, la mer est calme…

Mais avant même de découvrir ce passage entre Atlantique et Pacifique, en octobre 1520, Magellan a déjà perdu deux de ses navires, dans des circonstances différentes : l’un sombre dans les mers de l’extrême sud du continent américain ; l’autre a pris la fuite pour rentrer clandestinement en Espagne, et éviter les tempêtes des mers australes.

Après sa traversée du Pacifique, Magellan arrive dans l’archipel des Philippines: oui, il est plus au nord que les îles Moluques, mais à la même longitude. Le navigateur ne mourra cependant pas en mer: il décède en 1521 lors d'un combat sur l’île de Mactan, poussé par sa volonté de soumettre les peuples indigènes. Il n’a pas surévalué le tour du monde, mais bien la puissance militaire de ses hommes et de leur matériel de guerre. Seuls 18 survivants rejoindront le port de départ, après un périple de plus 3 ans. Parmi eux, l’un de ses officiers, le Basque Jan Sebastian Elcano, a complété le tour du monde du défunt navigateur: l’équipe réduite arrive au point de départ en septembre 1522 à bord du seul navire rescapé, le Victoria.

Commémorations et disputes

L’Espagne et le Portugal se disputent la prouesse et son anniversaire. Pour l’Académie royale d’histoire espagnole, le premier tour du monde a été une entreprise "exclusivement espagnole". Les Portugais, de leur côté, accordent bien peu d’importance au rôle d’Elcano. Toujours est-il que Magellan était au service de la couronne d’Espagne, durant son expédition, et qu’il avait échoué à convaincre le Roi du Portugal de l’intérêt de son entreprise.

José Manuel Marques, qui préside aux commémorations portugaises de ce 500e anniversaire, résume bien l’apport de Magellan: il "marque une révolution conceptuelle car c’est lui qui nous donne pour la première fois une vision intégrale du monde, qui nous montre qu’il n’y a qu’un seul océan et que la mer est un trait d’union entre les peuples".

 

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