Comment les tensions en Biélorussie ont fini par s'inviter à l'intérieur même de l'Union européenne

L’arrestation d’un journaliste d’opposition et le détournement d’un avion Ryanair à Minsk provoquent une crise diplomatique entre l’Union européenne et la Biélorussie. Cette ancienne république soviétique aux marges de l’Europe dirigée par l’autoritaire Alexandre Loukachenko est restée dans la sphère d’influence de la Russie. La vague de contestation de l’été 2020 a été étouffée à coups d’arrestations et de répression. Mais aujourd’hui la tension entre le gouvernement et l’opposition déborde des frontières et a surpris l’Union européenne ce week-end.

Une mise en scène pour dérouter l’avion

Roman Protassevitch se sentait épié, quelqu’un a même essayé de photographier son passeport à l’embarquement.

Le vol FR4978 Athènes-Vilnius à bord duquel voyageait Roman Protassevitch était un vol considéré comme intra-européen : opéré par Ryanair, compagnie européenne, irlandaise avec une immatriculation en Pologne, entre deux capitales européennes. Seulement, l’avion a traversé l’espace aérien biélorusse, et c’est là, à 30 km de la destination seulement, 2 minutes de vol, que sous prétexte d’une alerte à la bombe qui exploserait à l’arrivée à Vilnius, un mail envoyé par le Hamas avec des références au soutien européen à Israël, les pilotes ont été déroutés. Vers Minsk alors que l’aéroport le plus proche était Vilnius. Le pilote a fait demi-tour. Les messages de la tour de contrôle de Minsk l’ont ordonné à l’équipage, avec l’aide d’un chasseur Mig-29, dépêché pour l’escorter comme le prévoit la procédure. En Belgique aussi, des F-16 sont prêts à décoller séance tenante en cas de problème avec un avion de ligne. Le journaliste a été extrait manu militari et arrêté.


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Des agents biélorusses voyageaient à bord du vol, ils se sont éclipsés à Minsk, mission accomplie. Ont-ils mis la pression sur l’équipage ? Il y a eu un échange entre un passager et l’équipage à propos d’une alerte à la bombe. Michael O’Leary, le patron de Ryanair parle de détournement d’avion par un Etat.

La fouille des bagages en soute dans l’avion n’a eu lieu qu’après l’arrestation de Roman Protassevitch, sur le tarmac à proximité de l’appareil où se trouvaient encore des passagers. Une manière de faire illogique. Tout cela fait penser une mise en scène. La bombe n’existait pas, le Hamas pointé du doigt par la Biélorussie dément toute implication et accuse Minsk de manipulation.

Piraterie, détournement d’avion, les accusations sont donc lourdes contre le régime biélorusse qui se retranche derrière une pseudo-légalité pour justifier le déroulement des événements et prétend que la tour de contrôle de Minsk n’a pas forcé l’avion à atterrir sur son terrain.

Un espace aérien déserté

Les réactions européennes ont fusé. Le Premier ministre polonais a rapidement évoqué un détournement. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aussi. Les sanctions ont suivi.

Les compagnies aériennes des 27 évitent désormais quasiment toutes l’espace aérien biélorusse. Air Baltic et WizzAir, des compagnies low cost actives basées en Europe centrale et orientale ont été les premières à l’éviter suivies des grandes compagnies européennes. Les seules traces visibles ce mardi sur FlightRadar au-dessus du pays sont soit des avions de la compagnie aérienne bélarusse Belavia, interdite pour le reste dans l’Union européenne, soit des compagnies russes dont Aeroflot, plus quelques jets privés et des vols cargos ou en provenance d’autres pays comme la Chine.

Ces sanctions seront-elles suivies d’effets ? Après les élections présidentielles frauduleuses d’août 2020, selon l’Union européenne, des sanctions ont été imposées à près de 100 personnes, en particulier dans les cercles proches du président Loukachenko. Pas assez selon l’opposition. Loukachenko ne cédera pas simplement à la pression européenne. Il jouit du soutien de Moscou et se sent renforcé par la victoire qu’il a remportée contre l’opposition et vise désormais directement les journalistes. L'arrestation de Roman Protassevitch est aussi un avertissement pour eux.

Et surtout cet incident montre comment un conflit aux portes de l’Union européenne peut subitement s’inviter à l’intérieur de ses frontières, ici via l’espace aérien. Le cas rappelle évidemment la tragique fin du vol MH17, victime collatérale du conflit dans l’est de l’Ukraine en 2014.

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