Comment le Mur de Berlin est-il tombé il y a trente ans ?

Le 9 novembre 1989, à 21h30, c’est le début d’une nuit de liesse populaire à Berlin. A coups de marteau et de scie circulaire, les habitants des deux côtés du mur détruisent qui les sépare depuis 28 ans. "C’est l’heure de notre liberté !", s’écrient certains. D’autres voient "leur rêve se réaliser". Cette nuit-là, 100.000 personnes franchissent la frontière. Les Berlinois se hissent sur le mur. Symbole de division, il n’est plus qu’un amas de briques.

Construit en 1961, le mur de Berlin semblait indestructible. Pour comprendre comment il a cédé en une nuit, il faut remonter quelques années en arrière, en 1985. En URSS, le jeune Mikhaïl Gorbatchev (54 ans) devient secrétaire général du Parti Communiste. Pour redorer le blason soviétique et rivaliser avec la puissance américaine, Gorbatchev lance une politique de reconstruction, la "perestroïka", qui passe par la restitution de la terre aux paysans et une tentative de libéralisation de l’activité économique des entreprises d’Etat. L’objectif est de faire du "socialisme à visage humain" en URSS, considérée comme un régime autoritaire et injuste.

1985 : "Ne comptez plus sur nos chars"

Au niveau international, Gorbatchev décide de rompre avec la doctrine de son prédécesseur Leonid Brejnev : désormais l’URSS n’interviendra pas dans les pays-satellites d’Europe de l’Est lorsque ceux-ci feront face à une contestation. "Ne comptez plus sur nos chars pour préserver vos régimes et vous maintenir en poste", prévient-il lors d’une réunion des pays du Pacte de Varsovie en novembre 1985. Plus de pacification comme à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968. Trois ans plus tard, Gorbatchev persiste et signe devant l’ONU : "L’usage de la force ne peut plus constituer un instrument de la politique étrangère. […] Le principe du libre choix est un principe universel qui ne devrait souffrir aucune exception."

Ce revirement fragilise les pays de l’Est, parmi lesquels la République démocratique allemande (RDA). D’autant plus que cette dernière vient de vivre, comme tout le bloc soviétique, une décennie de déclin économique. Malgré la chute des régimes communistes en Pologne et en Hongrie, le gouvernement est-allemand d’Erich Honecker refuse de mettre en place des réformes. Il estime que la situation économique de son pays est bien meilleure que celle de la Hongrie et de la Pologne. Honecker est en froid avec Gorbatchev, qui se permet même de parler d’une "Allemagne unifiée" à Helmut Kohl, le chancelier d’Allemagne de l’Ouest.


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Octobre 89 : "Gorbi, aide-nous !"

La population de la RDA, elle, commence à perdre patience. Elle écoute les médias ouest-allemands, malgré les tentatives du pouvoir de contrôler leur réception. Surtout, elle commence à rejeter la doctrine marxiste-léniniste, et dénonce la corruption et la falsification des résultats électoraux. Lors de la cérémonie des 40 ans de la RDA en octobre 1989, en présence de Gorbatchev, la foule scande "Gorbi, Gorbi, hilf uns !" ("Gorbi, Gorbi, aide-nous"). Les émigrations se font de plus en plus fortes : en octobre 1989, 57.000 citoyens de la RDA fuient à l’ouest en passant par la Tchécoslovaquie. Le 18, Erich Honecker démissionne.

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Mikhaïl Gorbatchev et Erich Honecker (à dr.) à Berlin-Est en 1986. AFP

Fin octobre 1989, le gouvernement est acculé : il commence à lâcher du lest, d’abord en libérant des prisonniers politiques, puis en licenciant plusieurs membres conservateurs du Politburo, notamment le ministre de la Stasi. Le 4 novembre, une manifestation monstre de plus de 250.000 personnes se rassemble sur l’Alexanderplatz de Berlin, pour demander la liberté d’expression et de la presse. Trois jours plus tard, c’est l’ensemble du gouvernement qui remet sa démission.

Novembre 89 : "L’Allemagne de l’Est a ouvert ses frontières"

Le 8 novembre, c’est le début de la fin : "Die Wende", le "tournant", est amorcé par le gouvernement de crise, composé du Politburo et du Comité central du parti. Il s’agit de tirer un trait sur le passé et imaginer un avenir plus démocratique pour le socialisme allemand. La Tchécoslovaquie ne veut plus que les citoyens de la RDA passent par elle pour se rendre en RFA : l’ouverture de la frontière semble inéluctable. Le 9 novembre au soir, le porte-parole du gouvernement Günter Schabowski annonce qu’il ne sera plus nécessaire d’avoir un visa pour voyager à l’étranger. Un journaliste lui demande : "Quand ceci entre-t-il en vigueur ?" Réponse du ministre : "Autant que je sache, immédiatement."


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C’est le signal : à 19h05, l’agence AP publie un flash qui annonce que "l’Allemagne de l’Est a ouvert ses frontières". Tous les médias relaient la nouvelle, et à 21h30, près de 1000 Berlinois sont déjà rassemblés au point de passage du Mur sur la Bornholmer Strasse. Celui-ci est toujours fermé, du moins officiellement. A 23h30, les gardes sont dépassés : l’ordre est donné d’ouvrir un premier passage, puis les autres dans la demi-heure qui suit. Durant la nuit, ils seront 100.000 à franchir la frontière.

Décembre 89 : le peuple réclame la réunification

Le 10 novembre 1989, le Mur n’a plus de raison d’être. Dans une ambiance de fête et de carnaval, l’exode s’amplifie. Autour de la porte de Brandebourg se créent des embouteillages. Des centaines de voitures quittent librement Berlin-Est. Devant les bureaux de poste aussi les files s’allongent. Les Allemands de l’Est, reçoivent une allocation de bienvenue : 100 Deutschmark, l’équivalent de 50 euros. Le lendemain, le mur est percé par la population à de nombreux endroits. Au pied du mur, près de Checkpoint Charlie, le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch, revenu de son exil aux Etats-Unis, célèbre l’ouverture en jouant les Suites de Jean-Sébastien Bach.

Le monde entier a les yeux rivés sur Berlin, mais l’ouverture se fait aussi dans le reste de l’Allemagne : en tout, 4,3 millions d’Allemands de l’Est passent à l’Ouest. Le parti socialiste de la RDA doit se résoudre à passer la main. En décembre, le pouvoir annonce la tenue d’élections libres en 1990. Ces élections, remportées par les chrétiens-démocrates mèneront à ce que la population réclame à cor et à cri : la réunification, le 3 octobre 1990.

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