Comment interpréter les résultats des élections en Espagne?

En Espagne, le parti du Premier ministre Pedro Sánchez arrive nettement en tête du scrutin, mais ne dispose pas d’une majorité à lui seul. Les socialistes réuniraient près de 29% des voix, après avoir gouverné avec un gouvernement minoritaire pendant presque un an.

Pour Alvaro Oleart, chercheur au CEVIPOL, le Centre d’étude de la vie politique à l’ULB et membre de l’Institut d’études européennes; Pedro Sánchez a réussi son pari. "Il est arrivé avec 84 députés et maintenant ils sont 123, donc il a un gros mandat".

"Sánchez doit choisir entre la droite et la gauche"

123 députés, un montant toutefois non suffisant pour gouverner seul. "En tant que gouvernement minoritaire, il a fait beaucoup d’accords avec Podemos, et ces derniers sont en train de demander un gouvernement de coalition, ce qui est très possible, surtout pour la radicalisation de la droite", explique Alvaro Oleart. "Pedro Sánchez doit choisir entre la droite et la gauche, entre Ciudadanos et Podemos, et à mon avis, dans le contexte politique, il n’a pas vraiment le choix, il faut qu’il aille avec Podemos".

Derrière les socialistes, le Parti populaire est en net recul puisque la formation de droite recueillerait moins de 17% des votes, avec 66 députés. C’est deux fois moins qu’en 2016.

"C’est vrai que le Parti populaire est le grand perdant des élections mais ce qu’il s’est passé à droite, à mon avis, c’est qu’il est en radicalisation très claire, surtout parce que Vox a beaucoup monté ces derniers moisCiudadanos et le Parti populaire ont pris le discours de l’extrême droite", avance Alvaro Oleart.

"Donc, que s’est-il passé ? Ils ont laissé un gros trou au centre et c’est le PSOE qui a remporté tous ces votes de la droite modérée ou des libéraux. Et la personne, Albert Rivera, qui était censée être une espèce de Charles Michel et prendre des votes à gauche et à droite, son discours était très proche de l’extrême droite, et donc tous ces votes qui étaient un peu au milieu sont tous partis pour le Parti socialiste.

Comment expliquer cette montée de ces discours d’extrême droite et celui de Vox, qu'Alvaro Oleart considère comme un parti franquiste? "Le Parti populaire et Ciudadanos ont beaucoup joué avec le discours de Vox et les gens ont finalement préféré le discours de l’original", explique-t-il. "Ils ont eu 2,6 millions des votes, ce qui n’est pas pas mal. Mais ces 2,6 millions de votes sont des votes qui ont été pris au Parti populaire. Donc, en fait, la droite réduit maintenant beaucoup son influence dans le Parlement".

Le retour de l'indépendantisme? peu probable

Le résultat des élections devrait également faire le bonheur des nationalistes, qu’ils soient catalans ou basques. "Si on regarde juste les résultats en Catalogne et au Pays basque, en Catalogne — ils sont 48 députés — le Parti populaire a réussi à avoir 1, Vox a réussi à avoir 1 et Ciudadanos 5. Donc, il y a une grosse victoire des indépendantistes, mais surtout des indépendantistes de gauche et de la gauche en général, donc du Parti socialiste et des indépendantistes de gauche", explique Alvaro Oleart. "Et c’est la même chose au Pays basque. Le Parti populaire a réussi à avoir 0 député au Pays basque" rajoute-t-il.

De là à imaginer que la question de l’indépendantisme de la Catalogne revienne à la Une de l’actualité dans les prochaines semaines, Alvaro Oleart n'y croit pas. "Je ne pense pas que Pedro Sánchez va être aussi courageux pour mettre les indépendantistes de gauche au gouvernement", considère-t-il.

"A mon avis, le gouvernement qu’il va y avoir en Espagne sera peut-être un gouvernement de coalition Parti socialiste/Podemos, et il va parfois y avoir quelques accords ponctuels avec les indépendantistes de gauche, mais ils n’ont pas vraiment la capacité d’accorder un référendum légal. Je ne pense pas que ça va arriver", conclut le chercheur au CEVIPOL. 

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