Colombie: l'état entre en pourparlers avec l'Armée de libération nationale

Photo fournie par l'Armée colombienne montrant des membres de l'ELN démobilisés et remettant leurs armes au commandement des forces armées colombiennes, à Buenaventura, Colombie, le 18 octobre 2016
Photo fournie par l'Armée colombienne montrant des membres de l'ELN démobilisés et remettant leurs armes au commandement des forces armées colombiennes, à Buenaventura, Colombie, le 18 octobre 2016 - © ho

La Colombie, qui n'en a pas encore fini avec les Farc, doit entamer jeudi un nouveau processus de paix avec cette fois la guérilla de l'ELN, l'Armée de libération nationale, et mettre enfin un terme à un conflit marqué par plus de 300 000 morts et disparus depuis les années 60.

L'ouverture de ce nouveau dialogue avec l'ELN devait couronner les efforts du président Juan Manuel Santos, après la signature d'un accord avec les Farc, la plus importante rébellion du pays. Mais c'était sans compter avec le rejet inattendu par les Colombiens de ce pacte historique, lors d'un référendum, le 2 octobre.

Le tout récent prix Nobel de la paix et ses équipes se retrouvent donc à négocier sur deux fronts: avec les Forces armées révolutionnaires de Colombien les Farc, à Cuba, où les discussions ont repris depuis samedi; et en Equateur, l'un des pays garants du processus, où doivent être officiellement lancés jeudi à 17H00 (22H00 à Bruxelles) les pourparlers avec l'ELN.

Une ELN "renforcée"

Lors de l'annonce du processus, M. Santos avait salué "la bonne nouvelle", estimant qu'"avec l'ELN" ce serait "une paix complète!", après plus d'un demi-siècle d'une guerre fratricide. Cette guérilla, qui compte 1500 combattants, est apparue en 1964, trois mois après les Farc, forte encore de 5765 hommes et femmes armés. Si son ainée est marxiste et réclame une plus juste répartition des terres, l'ELN est inspirée de la révolution cubaine et de la théologie de la libération, courant catholique de défense des pauvres, et met l'accent sur le contrôle des ressources du pays.

Mais sa moindre importance ne rend pas les négociations plus aisées, l'ELN, qui finance en partie ses actions par des enlèvements contre rançon, refusant jusqu'au dernier moment de lâcher tous ses otages, condition sine qua non posée par M. Santos. "La guérilla de l'ELN arrive renforcée aux négociations avec le gouvernement. Au cours des trois dernières années, ce groupe a accru sa violence et focalisé ses attaques contre les infrastructures et la force publique (...) et aussi augmenté les enlèvements", selon le dernier rapport du Centre d'études et de ressources pour l'analyse des conflits.

Le thème des séquestrés avait déjà congelé les pourparlers, d'abord annoncés fin mars, après plus de deux ans et demi d'entretiens exploratoires menés en secret depuis janvier 2014.

La question des otages

A moins de 48 heures du début des négociations, l'ELN, qui a pourtant relâché trois personnes il y a quelques semaines, n'avait pas encore libéré les deux autres otages convenus au moment de l'annonce du 10 octobre.

Le chef des négociateurs du gouvernement, Juan Camilo Restrepo, est revenu à la charge lundi, dès le lendemain de sa nomination. Il a exigé la libération d'un ex-député, qui s'est livré à l'ELN en avril en échange de son frère malade, enlevé près de trois ans auparavant. "Si d'ici jeudi Odin Sanchez n'est pas libéré sain et sauf, les conditions ne seront pas réunies pour entamer cette phase publique des négociations", a-t-il averti. L'exécutif semble donc avoir réduit son exigence à un seul otage, selon l'analyste Frédéric Massé qui pense "qu'il y a un compromis entre le gouvernement et l'ELN".

La guerre interne qui déchire la Colombie depuis plus de cinq décennies a impliqué d'autres guérillas d'extrême gauche et des milices paramilitaires d'extrême droite, depuis démobilisées, ainsi que les forces armées, faisant plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

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