Climat: quelles conséquences aura le retrait des USA de l'accord de Paris, annoncé par Donald Trump?

Donald Trump  entouré de son vice-président Mike Pence (à g) et de Scott Pruitt (à d), l’administrateur de l’agence de protection environnementale, lors de la décision de relancer la production de charbon aux Etats-Unis.
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Donald Trump entouré de son vice-président Mike Pence (à g) et de Scott Pruitt (à d), l’administrateur de l’agence de protection environnementale, lors de la décision de relancer la production de charbon aux Etats-Unis. - © JIM WATSON - AFP

Jeudi soir, à 21h00 (heure belge) le président Donald Trump a annoncé sa décision de retirer son pays de l'Accord de Paris sur le climat.

Un accord ratifié voici un an par les Etats-Unis sous la présidence de Barack Obama. Quelles sont les conséquences d’un tel retrait sur l’environnement mondial? Et qui en subira les premières conséquences?

Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l'UCL et ancien vice-président du GIEC assure que l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) sera négatif, mais moins élevé qu’il n’y paraît.

D’abord parce que 147 pays sur 197 ont ratifié l’accord. Les Etats-Unis ne peuvent agir que sur 15% des émissions. Des efforts seront donc bien réalisés pour 85% des émissions, et les plus grands émetteurs de C02 ont confirmé leur engagement contre la hausse de la température mondiale, quelle que soit la décision des Etats-Unis. C’est le cas pour l’Europe, mais aussi pour la Chine et surtout l’Inde.

Rien ne changera avant quatre ans

Pour Jean-Pascal van Ypersele, l’annonce par le président Trump d’un retrait de l’accord de Paris est largement symbolique. D’abord parce que le texte ratifié par Barak Obama impose une procédure lourde: l’accord ne peut être dénoncé par un Etat qui l’a ratifié dans un délai de trois ans après son entrée en vigueur. Ce qui fut le cas le 4 novembre 2016. Une fois la demande de retrait introduite, un nouveau délai d’un an est exigé avant que le retrait d’un pays soit rendu effectif. Ce qui nous renvoie, cette fois, au 4 novembre 2020. "Cette date nous approche sensiblement de la prochaine élection présidentielle américaine et pourrait avoir un effet sur le scrutin", analyse le climatologue.

Chaque Etat américain poursuit sa propre politique climatique

Un autre élément qui pourrait réduire l’impact du retrait des Etats-Unis est que de nombreuses mesures environnementales ne sont pas prises, par le pouvoir fédéral (le Congrès et le président), mais par chacun des 50 Etats pris individuellement. New York et la Californie (6ème puissance économique mondiale) mènent des politiques environnementales ambitieuses et ne suivront certainement pas la ligne climato-sceptique de l’équipe de Donald Trump. "Ce pourrait même être le contraire", anticipe Jean-Pascal van Ypersele.

Les USA seraient la première victime d’un retrait de l’accord de Paris

Et enfin, les USA pourraient être le premier pays à subir les conséquences de cette décision. "Si le reste du monde avance plus vite vers la ‘décarbonation’, les USA accumuleront du retard et perdront en compétitivité. Et tout ce que Donald Trump entend réaliser en termes de création d’emplois sera mis à mal par une mauvaise décision stratégique".

 Depuis des semaines, des entreprises aussi emblématiques que Google, Intel, Microsoft mais aussi ExxonMobil, et Unilever ont écrit à Washington pour que les USA restent dans l’accord de Paris.

"Ce serait une opportunité économique dont se priveraient les USA. Ce serait une stratégie d’arrière-garde alors que le reste du monde évolue dans une autre direction".

Quelques pour cent de gaz à effet de serre supplémentaires

En matière de nuisance environnementale, le président américain peut agir sur d’autres leviers, prévient Jean-Pascal van Ypersele. "S’il détricote la législation environnementale comme il le fait pour les mesures prises par Obama et même par ses prédécesseurs républicains, les émissions seront plus élevées de quelques pour cent".

Trump a déjà pris la mauvaise direction en nommant au poste de 'Monsieur Ecologie' le climato-sceptique Scott Pruitt. Ce dernier est issu de l’Oklahoma, un Etat dont il fut ministre de la Justice et qui tire 50% de ses richesses de l’exploitation pétrolière. Cet état investit également énormément dans l’extraction du gaz de Schiste. "Cette orientation aura un effet sur l’environnement qui n’est pas nul mais qui n’est pas non plus dominant".

Russie: le maillon faible?

Parmi les 147 pays ayant ratifié la convention de Paris contre le réchauffement climatique figurent la plupart des grandes nations. Il y manque encore la Russie, mais là aussi Jean-Pascal van Ypersele se montre plutôt optimiste: "En Russie, les signaux sont plus difficiles à capter et à interpréter, mais un signal important est donné par le négociateur en chef de l’écologie en Russie. Le puissant directeur du service hydrométéorologique (Hydromet), Alexander Bedritsky déclarait, il y a quelques jours, que la Russie allait ratifier la l'Accord de Paris dans les mois qui viennent. S’il dit cela c’est qu’il en a certainement parlé avec Vladimir Poutine. Le président russe n’est pas un grand enthousiaste des politiques climatiques, mais ce qu’a dit son négociateur en chef, est un signal positif". 

Un autre pays manquant à l’appel est la Turquie.

L’improbable retrait américain

Les deux seuls pays ayant clairement refusé de ratifier le texte de Paris sont le Nicaragua et la Syrie. "Le Nicaragua parce que le texte proposé ne va pas assez loin en matière environnementale et la Syrie parce qu’elle a sans doute d’autres priorités pour l’instantEn cas de retrait, les USA se retrouveraient en compagnie de ces deux pays, ce qui ferait plutôt mauvais genre".

Car dans la foulée du retrait, les difficultés diplomatiques se poseraient, présage Jean-Pascal van Ypersele: "Des pays alliés des USA pourraient revoir leur relation, par exemple en matière de commerce et de lutte contre le terrorisme. Les USA disparaîtraient aussi des réunions de négociations".

Les points clés de l’accord sur le climat

L’accord de Paris a été signé par 195 pays et ratifié par 147 d’entre eux. Le texte qui entrera en vigueur en 2020 prévoit ce qui suit:  

-Contenir le réchauffement au cours du XXIe siècle 'nettement en dessous de 2°C' et, 'si possible en dessous de 1,5°C' par rapport au début de l’ère industrielle (1850-1900)

-Les pays riches doivent financer le programme à raison de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Les autres pays sont invités à fournir un soutien 'à titre volontaire'.

-Les pays développés doivent 'montrer la voie' en matière de réduction d'émissions de GES (Gaz à Effet de Serre)

-Les pays en développement doivent 'accroître leurs efforts d’atténuation' en fonction de leur situation

-L’accord est revu tous les 5 ans. Premier bilan mondial en 2023

-A partir de 2050, réductions rapides pour atteindre un équilibre entre les émissions dues à l’homme et celle absorbées par les 'puits de carbone'.

Pour atteindre les objectifs, il faudra réduire de 40 à 70% les émissions globales de GES entre 2010 et 2050, et atteindre des émissions globales nulles ou négatives avant 2100. Ce qui implique l’abandon progressif des énergies fossiles représentant 80% des émissions de gaz à effet de serre. Cette dernière mesure n'est certainement pas pour plaire au nouveau locataire de la Maison Blanche

Le texte de l'accord de Paris

Extrait de l'annonce de Donald Trump:

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