Climat, pandémie, économie, biodiversité : ce qu’il faut retenir des propos d’Ursula von der Leyen lors de l'État de l'Union

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenu ce matin son deuxième discours sur l’Etat de l’Union au Parlement européen à Strasbourg. Un discours marqué par la pandémie de Covid-19 et la stratégie européenne qui y est liée, le climat, les valeurs européennes y compris la lutte contre les violences faites aux femmes, la défense commune et les règles budgétaires européennes.

Ursula von der Leyen a par ailleurs rendu un vibrant hommage à l’Italienne Bebe Vio, médaillée d’or en escrime aux derniers jeux paralympiques, présente dans l’hémicycle. "Un exemple pour les jeunes Européens".

La pandémie et les pays pauvres

Dans son discours, Ursula von der Leyen s’est réjouie de la stratégie menée dans l’Union à propos de la vaccination contre le Covid-19 alors que 70% de la population européenne adulte avait reçu au moins une première dose de vaccin fin août.

La présidente de la Commission a par ailleurs annoncé que l’UE donnera 200 millions de doses supplémentaires de vaccins aux pays pauvres d’ici mi-2022, en plus des 250 millions de doses que l’UE s’est déjà engagée à partager, principalement à travers le mécanisme international Covax. Environ 270 millions de doses ont ainsi déjà été envoyées vers ces pays. Selon l’Unicef toutefois, Covax n’a pu distribuer que 243 millions de doses dans 139 pays défavorisés.

Ce n’est pas suffisant pour le chef de groupe Renew Europe et ancien commissaire européen à l’agriculture. Le Roumain Dacian Ciolos demande à l’Europe de "prendre le lead dans la bataille pour la vaccination de la population qui ne peut pas s’en sortir seule", même si "Nous nous félicitons du taux de vaccination de la population en Europe alors qu’en Afrique, seulement 3% de la population a reçu au moins une dose".

Le groupe politique au Parlement européen (qui comprend le MR) a fait plusieurs propositions à la Commission pour que le budget européen intègre l’accélération de la vaccination dans les pays pauvres.

Le budget européen

Le budget européen – ou cadre financier pluriannuel-, il en a également été question dans le discours de la présidente de la Commission européenne. "L’Union ne répétera pas l’erreur" après la dernière crise financière quand un retour précipité à la rigueur budgétaire avait provoqué une rechute du continent dans la récession", a promis la présidente de la Commission européenne devant les députés. Ursula von der Leyen a annoncé dans la foulée l’ouverture d’un débat sur la réforme des règles budgétaires, avec l’objectif de réaliser la réforme en 2023.

Le pacte de stabilité et de croissance plafonne le déficit public des Etats membres à 3% du PIB (produit intérieur brut), autrement dit des richesses produites dans le pays. La dette publique est pour sa part limitée à 60% mais ce taux est largement dépassé par la plupart des pays européens.

Les règles du pacte de stabilité ont par ailleurs été suspendues l’année passée pour permettre aux Etats membres de tenir le coup face au choc économique provoqué par la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, plusieurs pays membres demandent que le pacte soit révisé pour leur permettre de faire face à un autre choc, celui de la transition économique nécessaire pour affronter le changement du climat.

Le climat

Le climat a lui aussi tenu la corde dans le discours sur l’Etat de l’Union prononcé ce matin et les interventions des députés qui ont suivi. Alors qu’Ursula von der Leyen a rappelé l’ambitieux pacte vert européen visant à atteindre la neutralité carbone en 2050 en passant par une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990.

Il y a deux mois, la Commission européenne a présenté un paquet législatif concrétisant le basculement vers une économie plus verte. Il comporte notamment la fin des voitures diesel et essence, la taxe kérosène pour le secteur aéronautique, voire création d’une taxe carbone aux frontières européennes.


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Le co-président du groupe des Verts au parlement européen, le Belge Philippe Lamberts, a répliqué en insistant sur l’urgence des décisions à prendre : "Nous ne pouvons plus nous défausser sur les générations futures : accélérer la mise en œuvre, relever le niveau d’ambitions, mettre en cohérence les objectifs et les moyens qui les servent. Plus vite, plus haut, plus fort. Il est temps d’appliquer la devise olympique à nos efforts pour sauver le climat […] La PAC (politique agricole commune, ndlr) est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire".

Le député européen a appelé la Commission européenne à "accélérer la neutralité carbone. Pourquoi attendre 2032 pour taxer le kérosène ? Comment expliquer que les énergies fossiles reçoivent chaque année de dizaines de milliards d’euros de subsides ? Vous avez toutes les cartes en main pour éviter ce scandale, c’est la crédibilité du green deal qui est en jeu […] Après avoir raté la révolution numérique, l’Union ne peut se permettre de rater la révolution verte", a-t-il conclu.

Concernant la biodiviersité, Ursula von der Leyen a  annoncé que l’Union allait doubler son financement extérieur, en particulier pour les pays les plus vulnérables, soulignant au passage qu'une plus grande ambition climatique se devait d’avoir une dimension aussi sociale qu'équitable. 

 

Economie et semi-conducteurs

La question du numérique et de la pénurie des semi-conducteurs en Europe a également été soulevée par la présidente de la Commission : "Nous sommes dépendants des microprocesseurs les plus avancés fabriqués en Asie. Il ne s’agit donc pas seulement de notre compétitivité. L’enjeu est aussi notre souveraineté technologique […]".

Une nouvelle loi européenne sur les semi-conducteurs sera présentée prochainement, a annoncé Ursula von der Leyen. D’ici à 2030, l’Union projette de produire 20% des semi-conducteurs dans le monde, soit le double ce qu’elle produit aujourd’hui.


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"L’objectif est de créer ensemble un écosystème européen des semi-conducteurs à la pointe du progrès, intégrant la production. Cela sécurise nos approvisionnements et nous permettra de développer de nouveaux marchés pour des technologies européennes novatrices", a-t-elle ajouté.

Ces semi-conducteurs sont des pièces indispensables pour faire fonctionner beaucoup d’objets parmi lesquels les ordinateurs, les GSM, voire les voitures et l’Union européenne est dépendante de la Chine ou des Etats-Unis dans ce marché évalué à 440 milliards d’euros.

Lutter contre les violences envers les femmes

Autre projet salué dans l’hémicycle : la nouvelle législation sur les violences faites aux femmes qui sera proposée d’ici la fin de l’année (proposition de directive), Ursula von der Leyen estimant que "trop de femmes ont dû vivre dans la peur pendant la pandémie". Cette législation permettra de renforcer les législations existantes par "des poursuites pénales efficaces, des mesures de prévention et de protection", à la fois en ligne et dans la vie réelle.


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Pour la cheffe de groupe des Démocrates & Socialistes, Iratxe Garcia Perez, C’est une "grande information". La députée européenne poursuit : "Nous réclamons cela depuis longtemps […] Des femmes sont assassinées uniquement parce que ce sont des femmes. Je ne comprends pas comment dans ce parlement, il y a encore des groupes qui ne sont pas prêts à intégrer la violence faites aux femmes dans la législation européenne".

Médias

"Une autre liberté menacée en Europe est celle des médias", a ajouté la présidente de la Commission européenne. "Des journalistes, femmes et hommes, sont attaqués pour la simple raison qu’ils font leur travail".


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Des journalistes ont été assassinés au sein de l’Union. Ursula von der Leyen a cité Daphné Caruana Galizia, Jan Kuciak ou le Néerlandais Peter de Vries et annoncé que la Commission présentera une loi sur la liberté des médias, en 2022. "Si nous défendons les médias, nous défendons la démocratie", a soutenu la présidente.

Sommet sur la défense européenne

Last but not least, Ursula von der Leyen a annoncé l’organisation d’un sommet sur la défense européenne au premier semestre de l’année prochaine, en collaboration avec le président français Emmanuel Macron alors que la France exercera la présidence semestrielle de l’UE. Un sommet motivé par le débat sur la défense européenne suscité par le retrait américain d’Afghanistan et ses conséquences.


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Un projet de création d’une force européenne de réaction rapide composée de 5000 militaires est en discussion depuis plusieurs mois mais il divise les 27. "Vous pouvez disposer des forces les plus avancées du monde, mais si vous n’êtes jamais prêts à les utiliser, à quoi servent-elles ?", a lancé Ursula von der Leyen, en dénonçant un "manque de volonté politique".

Interdire les produits issus du travail forcé dans l'UE

La Commission européenne va par ailleurs proposé que l’Union européenne interdise la vente des produits issus du travail forcé. Ursula von der Leyen n’a prononcé le nom d’aucun pays mais cette ambition en matière de droits humains pourrait concerner la production chinoise réalisée par la minorité musulmane ouïghoure.

"Nous proposerons donc d’interdire sur notre marché les produits qui ont été fabriqués au moyen du travail forcé. Les droits de l’homme ne sont à vendre à aucun prix", a-t-elle ajouté.


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La Chine est accusée par les pays occidentaux d’interner des membres de la communauté ouïghour du Xinjiang dans des camps de travail. Pékin affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle. De nombreuses usines sont situées dans cette région et produisent pour des entreprises multinationales.

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