Clarissa Ward, reporter de guerre au cœur de la chute de Kaboul

Le dimanche 15 août 2021 marquera pour toujours l’histoire de l’Afghanistan mais aussi celle des Etats-Unis, dans leur destin entremêlé depuis le 11 septembre 2001 et la guerre en Afghanistan déclarée par la suite. Vingt ans d’histoire commune.

Ce dimanche, à une vitesse fulgurante, les talibans se sont emparés de Kaboul, la capitale afghane. En quelques heures à peine, c’est le visage entier de Kaboul qui semble se métamorphoser. Un moment historique raconté, rapporté et donné à voir par des journalistes sur le terrain. C’est le cas notamment de la journaliste américaine, Clarissa Ward, qui couvre ce moment charnière pour la chaîne américaine d’information en continu : CNN.

Voir et donner à voir

Cette reporter chevronnée de 41 ans est sur tous les fronts, elle arpente les rues de Kaboul, interroge les femmes effrayées autant que les talibans désormais seuls maîtres à bord.

Depuis quelques jours, c’est elle le visage de la couverture de CNN en Afghanistan. Au lendemain de la prise de Kaboul, vêtue d’une "burqa", Clarissa Ward sillonne Kaboul et dépeint des rues déjà bien différentes. "Ce sont vraiment les personnes qui ne sont pas dans les rues aujourd’hui le vrai sujet", dit-elle à l’antenne de CNN.

Et d’ajouter : "Le vrai sujet ce sont les gens qui se cachent chez eux, qui sont pétrifiés à l’idée de sortir, qui craignent d’être des cibles, qui craignent pour leur vie. Qui ont trop peur de raconter leurs histoires. Et qui dans le même temps se doivent d’être racontées".


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Sur le terrain, Clarissa Ward dit ce qu’elle voit, elle est en situation sur le terrain. "Vous ne voyez peut-être pas mais, dans les rues, il y a des talibans partout : ici, là et là".

Elle analyse et rend compte : "Et c’est la façon dont ils parviennent à mettre en place la force et la sécurité. Parce que les gens ont peur. Personne ne va aller combattre les talibans".

"Dans les rues il y a aussi des hommes, quelques enfants et à peine quelques femmes. Mais je vois beaucoup moins de femmes dans les rues que je n’en aurais vues hier", poursuit-elle.

Mais surtout, elle donne le micro et va à la rencontre des Afghans et des talibans. "C’est une chose que je n’aurais jamais pensé voir, plusieurs talibans sont ici et juste derrière nous il y a l’ambassade américaine", dit-elle. Elle explique : "Ils (les talibans, ndlr) chantent 'A mort l’Amérique', mais ils sont, dans le même temps très sympathiques. C’est vraiment étrange".

Ces derniers jours des photos de la journaliste ont largement été partagées sur les réseaux sociaux. On la voit, la veille de la prise de Kaboul, en studio, à l’antenne, habillée de façon occidentale, racontant l’avancée des forces talibanes aux abords de la capitale. Le lendemain dans les rues de Kaboul aux mains des talibans, Clarissa Ward porte la burqa, toute de noir vêtue. Il n’en fallait pas moins à la toile pour y voir là l’avènement d’un régime totalitaire.

Clarissa Ward a tenu à ajouter quelques précisions sur son compte Twitter : "Ce mème est inexact. La photo du haut est à l’intérieur d’un complexe privé. Le fond se trouve dans les rues des talibans tenus à Kaboul. Je portais toujours un foulard dans la rue à Kaboul auparavant, mais pas avec les cheveux entièrement couverts et l’abbaya. Il y a donc une différence mais pas aussi flagrante".


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Par ailleurs, elle avait indiqué à l’antenne, ce lundi :"J’ai vu beaucoup moins de femmes dans les rues que je n’en ai vues hier. Et celles que j’ai vues avaient tendance à être habillées de façon plus conservatrice qu’elles ne l’étaient hier. J’ai vu plus de burqas aujourd’hui que je n’en avais vu depuis quelque temps. Et de toute évidence, je suis aussi habillée tout à fait différemment de la façon dont je me serais habillée normalement pour marcher dans la rue".

Clarissa Ward, journaliste sur tous les fronts

La reporter Clarissa Ward n’est pas une novice. Depuis plus de 15 ans, elle sillonne le monde et ses crises. La journaliste de 41 ans a commencé sa carrière au bureau de CNN de Moscou en Russie en 2002. D’ailleurs, la Russie, Vladimir Poutine, l’empoisonnement d’Alexeï Navalny font partie des sujets qu’elle a couverts tout au long de sa carrière. En 2019, elle a même été récompensée pour un reportage sur les milices russes à la solde du dirigeant russe : une série en deux parties intitulée "l’armée privée de Vladimir Poutine".

La liste des crises et des pays que Clarissa Ward a couverts est longue comme le bras. En effet, "pendant plus de 15 ans, Ward a fait des reportages sur les lignes de front à travers le monde, de la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et le Yémen à l’Ukraine à la Géorgie – lors de l’incursion russe en 2008 – et à l’Iran", écrit CNN sur sa correspondante en cheffe.

En Syrie, en 2016, Clarissa Ward fait un travail remarqué en terres rebelles, près d’Alep. En situation de repli, aux côtés de la population, elle raconte à quoi ressemble le quotidien sous les bombardements russes et du régime de Bachar Al Assad. Plus tard, elle sera invitée aux Nations-Unies pour témoigner de ce qu’elle a vu sur place. "L’enfer", décrira-t-elle. Devant le parterre, elle indique :"J’ai été une correspondante de guerre pendant plus de dix ans, j’ai été en Irak, en Afghanistan, à Gaza et dans tous les terribles conflits que vous pouvez imaginer. Je n’ai jamais vu quelque chose de semblable à ce qu’il se passe à Alep. Il n’y a aucun vainqueur à Alep".

Plusieurs fois récompensée par la profession, notamment par le prestigieux prix Peabody, ce n’est pas la première fois que Ward entre en contact avec les talibans en Afghanistan. En 2019, "Ward obtient un accès sans précédent au territoire contrôlé par les talibans en Afghanistan pour un reportage exclusif, '36 heures avec les talibans'. Ward et la productrice de terrain de CNN, Salma Abdelaziz, ont passé du temps dans une madrasa locale, où des dizaines d’enfants – garçons et filles – se sont penchées sur leurs corans, et dans une clinique gérée par les talibans dans le village de Pashma Qala", écrit la chaîne.

Clarissa Ward parle sept langues, le français, l’italien et elle peut tenir une discussion en russe, en espagnol et a des bases de mandarin. Elle est diplômée de la prestigieuse université de Yale, aux Etats-Unis.

Pour le moment, elle a décidé de rester à Kaboul, pour faire son métier. Celui d’observer, de tenter de comprendre et de donner à voir. Sur antenne, à la veille de la prise de Kaboul, la journaliste a indiqué que pour le moment elle souhaitait prendre contact avec les talibans "afin qu’ils protègent nos droits en tant que journalistes mais nous observons la situation de près et nous évaluons si oui ou non nous devrons évacuer le pays", a-t-elle déclaré.

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