Cinq questions pour comprendre la rébellion touareg au Mali

Cinq questions pour comprendre la rébellion touareg au Mali
Cinq questions pour comprendre la rébellion touareg au Mali - © AFP

La crise au Mali bat son plein et pose de nombreuses questions. Qui sont les Touareg? Pourquoi se rebellent-ils? Quelle est leur relation avec les groupes djihadistes? Quel rôle ont-ils joué dans le coup d'Etat qui a renversé le président malien? Vont-ils conquérir le Mali? Autant d'interrogations auxquelles vous pourrez répondre en lisant l'article ci-dessous.

 

Qui sont les Touareg?

Le terme Touareg désigne un peuple de nomades dont la population est estimée à entre 1,5 million et 2,5 millions d’individus selon les sources. Ils sont les habitants historiques de la région sahélienne divisée par la colonisation entre l’Algérie , le Burkina Faso, la Libye, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

Peuple à l’histoire millénaire, ils possèdent leur langue (le tamasheq, apparenté au berbère) et leur propre alphabet  (le tifineq). Ils ont notamment fondé la ville de Tombouctou entre le XIe et le XIIe siècle de notre ère. Ils ont été les dominateurs historiques du commerce transaharien pendant des siècles.

Leur voile traditionnel de couleur bleue indigo (qui déteignait sur leur peau) leur a valu le surnom d’"hommes bleus".

Après en avoir été les dominateurs pendant des siècles, ils sont peu à peu devenus les laissés pour compte de la région sahélo-saharienne. Leur farouche insoumission à la colonisation (et à la scolarisation qui y était liée) a paradoxalement défavorisé leur position au moment des indépendances. La désertification et l’urbanisation ainsi que le développement de voie commerciale concurrentes aux leurs ont contribué à renforcer le déclin de leur pouvoir économique. Au Mali, il en résulte un déficit de "développement" important entre les régions du nord qu’ils peuplent historiquement et le reste du pays.

Le Mali dans son ensemble reste globalement très pauvre : il est 175e position du classement du développement humain établi annuellement par le Programme des Nations unies pour le développement.

Pourquoi se rebellent-ils au Mali?

Le mouvement qui porte la rébellion touareg au Mali est le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad). Il s’agit d’une fédération de plusieurs mouvements rebelles touareg fédérés pour revendiquer l’autodétermination de l’Azawad.

L’Azawad correspond à la région historiquement habitée par les nomades touareg au nord du Mali. Elle s’étend sur les trois régions maliennes de Gao, Kidal et Tombouctou. Ces trois régions ne sont actuellement plus sous contrôle de l’Etat central malien.

Le MNLA souhaite une consultation populaire sur l’autodétermination de l’Azawad. Ce mouvement estime que le peuple touareg est opprimé par le pouvoir central malien et souhaite dès lors y mettre fin.

"L'unification avec le Mali veut dire cinquante ans de ciblage programmé de tout ce qui distingue le peuple Azawadien sur le plan culturel, religieux, social, politique, économique et géographique à travers la remise en cause de son droit existentiel sur sa terre", affirme ainsi le site du MNLA. En réponse à cela, le MNLA estime légitime de " lancer un véritable projet national " pour l’Azawad.

Quelle relation entretiennent-ils avec les groupes djihadistes ?

Clairement, on ne décèle dans le projet du MNLA (laïc) aucune accointance idéologique avec le terrorisme djihadiste. Le mouvement a d’ailleurs toujours nié toute alliance avec le mouvement terroriste de l’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique).

Toutefois, en raison de convergences d’intérêts ponctuels sur le plan militaire, le mouvement rebelle s’est allié avec une organisation islamiste touareg autonome appelée Ansar Dine. Tout comme l’Aqmi, Ansar Dine vise à imposer la charia dans les zones qu’il contrôle. Un objectif que rejette catégoriquement le MNLA.

Dès lors, le risque de voir une lutte de leadership intestine faire éclater la rébellion existe bel et bien. Ce lundi, le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghaly, aurait ainsi pris le contrôle de Tombouctou en chassant les membres du MNLA.

Les dernières informations donnée par l'agence AFP, faisant état de l’installation à Tombouctou de trois chefs historiques de l’Aqmi indiqueraient qu’Ansar Dine opère un changement d’alliance. Et que les islamistes semblent être les premiers à retirer les bénéfices de l’avancée de la rébellion touareg.

Quel rôle ont-ils joué dans le récent coup d’Etat malien?

La rébellion touareg MNLA n’a joué aucun rôle direct dans le coup d’Etat du 22 mars qui a renversé le président démocratiquement élu Amadou Toumani Touré.

Cependant, c’est bien l’incapacité du chef de l’Etat à faire face à la rébellion touareg qui a servi de justification à la junte pour renverser "ATT". C’est donc par ricochet que la rébellion menée au nord du pays a entraîné la chute du président.

Cependant, depuis le putsch, la junte est aux abois et ce vide de pouvoir a été rapidement exploité par les rebelles qui se sont emparés en moins de deux semaines depuis des principales villes du Nord.

Vont-ils conquérir l’ensemble du Mali ?

Le projet du MNLA est clair : l’autodétermination de l’Azawad. Il n’est pas dans les intentions de ce mouvement de pousser plus au sud leur avancée militaire. Il ne semble d’ailleurs pas dans l’intérêt des rebelles de tenter d’étendre plus avant sa zone d’influence. Les populations méridionales n’étant pas majoritairement touaregs, à l’inverse des zones du nord, elles risquent de s’opposer beaucoup plus farouchement et de soutenir l’armée malienne.

Cependant, si les éléments djihadistes de l’Aqmi s’engouffrent dans l’appel d’air que vient de créer la rébellion touareg (en s’alliant à Ansar Dine, comme cela semble être le cas à Tombouctou), tous les scénarios sont envisageables.

Julien Vlassenbroek

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