Chypre: les deux parties de l'île, grecque et turque, vont se reparler

Le dirigeant chypriote-grec Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote-turc Dervis Eroglu doivent s'entretenir à partir de 11H30 (09H30 GMT) à Nicosie sur la "ligne verte", la zone sous contrôle de l'ONU séparant les deux entités depuis près de 40 ans.

Après des mois d'âpres discussions, les deux hommes se sont mis d'accord vendredi sur une feuille de route préparée par l'ONU fixant le cadre des pourparlers.

Mais alors que plusieurs partis chypriotes-grecs s'opposent à la reprise des discussions, Nicos Anastasiades a souligné vendredi que cet accord sur la feuille de route - qui doit être rendue publique mardi - n'était que la première étape d'un processus difficile.

"Le plus dur reste à venir. Le communiqué commun ne constitue pas la solution au problème chypriote, mais il fixe les paramètres selon lesquels les deux communautés, mais aussi la Turquie, doivent avancer pour trouver une solution qui soit acceptée par les Chypriotes-grecs, sans ignorer les droits des Chypriotes-turcs", a-t-il expliqué.

Selon des fuites dans la presse, le communiqué commun prévoit un référendum sur l'ensemble de l'île en cas d'accord final.

Chypre est coupée en deux depuis l'invasion turque de 1974, menée en réaction à une tentative de coup d'Etat qui visait à la rattacher à la Grèce.

L'île est entrée divisée dans l'Union européenne (UE) en 2004, après l'échec d'un premier accord de réunification largement approuvé lors d'un référendum par les Chypriotes-turcs au Nord, mais rejeté par les Chypriotes-grecs au Sud.

Les discussions entre les deux entités, déjà poussives après l'échec de 2004 ont été suspendues à l'été 2012 par les Chypriotes-turcs quand le gouvernement chypriote -grec -seul reconnu par la communauté internationale- a pris la présidence tournante de l'UE. La crise financière dans la partie chypriote-grecque a ensuite différé leur reprise.

Nouvelle donne avec le gaz et le pétrole

La découverte de gisements énergétiques au large de l'île, de même que près des côtes israéliennes, a récemment changé la donne régionale et internationale, favorisant un certain optimisme quant à une possible avancée des pourparlers.

Hubert Faustmann, professeur associé en histoire et en sciences politiques à l'Université de Nicosie, estime qu'il s'agit de "la plus grande opportunité pour la paix depuis 2004 en raison du pétrole et du gaz".

"Washington a mis beaucoup de poids dans ce dernier effort de paix parce que le gaz et le pétrole changent le jeu dans un contexte plus large (...) C'est une situation gagnant-gagnant pour tout le monde", explique-t-il.

Israël, qui réfléchit à exporter son gaz via un gazoduc passant dans les eaux chypriotes, puis en Turquie, et à investir dans une usine de liquéfaction de gaz sur l'île méditerranéenne, "ne donnera pas son gaz à Chypre à moins qu'il y ait une solution", note M. Faustmann.

Les Etats-Unis, tout comme l'UE, qui pourraient profiter de ces ressources, souhaitent désamorcer une source de tension dans la région, la Turquie s'opposant à l'exploitation par Nicosie du gaz et du pétrole, arguant qu'ils appartiennent à l'ensemble des habitants de l'île.

Par ailleurs, alors que le sud de l'île, au bord de la faillite, a été contraint d'accepter des conditions draconiennes en échange d'un plan de sauvetage international, ces ressources énergétiques sont vues par beaucoup comme une planche de salut.

Le vice-président américain Joe Biden a appelé vendredi M. Anastasiades pour rappeler le "soutien inconditionnel des Etats-Unis en faveur d'un accord juste et durable".

Le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a assuré pour sa part que les négociations étaient "l'une des priorités de la politique étrangère grecque", en recevant M. Anastasiades.


AFP

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