Chypre: la consternation domine après l'accord sur le plan de sauvetage

Le représentant d'une banque entouré des clients le 16 mars 2013 à Nicosie
Le représentant d'une banque entouré des clients le 16 mars 2013 à Nicosie - © Barbara Laborde

Chypriotes et résidents étrangers de l'île méditerranéenne étaient sous le choc samedi après l'annonce d'un plan de sauvetage de 10 milliards d'euros, comprenant une taxe exceptionnelle et sans précédent sur les dépôts bancaires.

"Chypre a choisi la moins douloureuse des solutions", a assuré le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris, rappelant qu'une banqueroute de l'île n'était pas à écarter en cas d'échec d'un accord.

Ce même ministre avait pourtant affirmé il y a dix jours qu'une taxe sur les dépôts serait "catastrophique" pour Chypre, alors que le gouvernement considérait aussi comme une ligne rouge dans ses négociations avec l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) la hausse de l'imposition sur les entreprises qui fait au final partie du package.

Le Parlement devait voter en principe dimanche sur l'accord avant que les banques ne rouvrent leurs portes mardi matin, lundi étant férié.

Le président chypriote de droite Nicos Anastasiades, élu le mois dernier, devait regagner l'île à 18H00 GMT en provenance de Bruxelles et s'entretenir dimanche avec le gouvernement, selon l'agence étatique CNA.

Une taxe exceptionnelle pour sauver le pays

Pour réduire leur participation à ce prêt, pour lequel Nicosie demandait 17 milliards, les bailleurs de fonds lui ont demandé d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100 000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts. Cette ponction sur les dépôts bancaires dissuadera en effet certainement ceux qui profitent du régime fiscal chypriote pour blanchir de l'argent.

"Les Britanniques et les Russes vont penser à deux fois avant de venir prendre leur retraite sous le soleil chypriote", disait par ailleurs un internaute sur un tweet.

Ces prélèvements, censés rapporter 5,8 milliards d'euros, seront appliqués à toutes les personnes résidant sur l'île. Les taxes sur le capital et les intérêts des dépôts seront entièrement compensées par la distribution d'actions, a précisé Michalis Sarris.

Il n'est pas question pour autant de toucher aux salaires et aux pensions des Chypriotes.

L'île a finalement obtenu un prêt de 10 milliards d'euros, avec une contribution du FMI à hauteur d'un milliard selon une source diplomatique européenne. Au final, la dette chypriote sera de 100% du PIB en 2020.

Même si l'accord n'était pas à la Une de la presse en raison de sa conclusion tard dans la nuit à Bruxelles, des tweets de gens en colère se multipliaient samedi sur la Toile. Juste après son annonce, des dizaines de Chypriotes et d'étrangers étaient visibles devant les banques pour retirer de l'argent des distributeurs automatiques.

"Désastreux"

"C'est une catastrophe", a dit un Chypriote de 45 ans venu retirer de l'argent. "Cela va nous donner envie de sortir de l'euro", dit un autre, un retraité. Néanmoins ces retraits ne vont pas empêcher la ponction sur leur compte comme l'explique Marios Skandalis, vice-président de l'Institut des comptables publics de Chypre, car selon lui les montants correspondant à la taxe "sont déjà bloqués et ne peuvent plus être transférés".

Un dirigeant d'entreprise belge était également très inquiet. "Je ne sais pas encore si ça touche ma société, mais si jamais la mesure s'applique aux sociétés, c'est la faillite pour nous".

"La situation est grave mais pas tragique, il n'y a pas de raison de paniquer", a tenté de rassurer le porte-parole du gouvernement Christos Stylianides.

Mais le député du parti Diko (centre-droit) dont la direction a soutenu l'élection de Nicos Anastasiades, Nicolas Papadopoulos, s'est élevé contre l'accord en le qualifiant de "désastre" pour le système bancaire, un pilier de l'économie du pays.

"Avant je pensais que toute solution serait mauvaise pour Chypre, mais ça c'est un cauchemar", a-t-il déclaré à la radio d'Etat. "Je veux qu'un représentant du gouvernement m'explique pourquoi cet accord était la meilleure solution".

Tout sauf la faillite

Les conséquences d'une faillite du pays seraient désastreuses. Les banques grecques y sont très présentes et après tous les efforts qui ont été faits en 2012, un défaut de paiement de Chypre anéantirait tous les progrès faits en Grèce pour aggraver la crise dans toute la zone euro.

Chypre a demandé une aide européenne en juin 2012 après que ses deux principales banques eurent appelé le gouvernement à la rescousse, ayant subi des pertes évaluées à 4,5 milliards de dollars, plombées par la crise grecque.

Nicosie devient le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale.

AFP avec RTBF

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