Chypre: des fuites de gros capitaux organisées par des filiales de banques

Les banques de Chypre sont restées fermées mardi, pour le onzième jour consécutif, et rien ne dit qu'elles rouvriront jeudi comme prévu, malgré l'annonce d'un plan de sauvetage européen encore loin d'avoir calmé toutes les inquiétudes dans l'île et en Europe.

Les autorités chypriotes mènent "des efforts intenses", selon le gouvernement, "surhumains" selon la banque centrale, pour permettre la réouverture jeudi des banques, déjà reportée à plusieurs reprises.

Chypre redoute une fuite massive des capitaux, en particulier étrangers, dès que les guichets seront ouverts et les virements via internet à nouveau possibles.

Mais certains observateurs expliquent qu’une importante fuite de capitaux étrangers a en fait déjà eu lieu dans des conditions curieuses. C’est le cas de l’économiste français Jacques Sapir qui s’appuie notamment sur ses propres contacts dans le secteur bancaire à Londres et Moscou.

Il explique au micro de la RTBF : "Des opérations de sortie ont été mises en œuvre par des filiales des deux banques chypriotes qui sont en cause. On ne connait pas exactement les montants  les estimations vont de 4 à 6 milliards. Il est clair que les gens qui ont fait ça diront que c’est de l’ingénierie financière, d’autres diront que c’est illégal. Ce qui me semble important c’est de remarquer que ces retraits, ces mouvements n’ont été possibles que parce qu’il y a eu une incompétence de la banque centrale de Chypre et de la banque centrale européenne. Et on peut se demander si c’est de l’incompétence ou de la connivence..."

 

Un plan de sauvetage de Chypre est donc intervenu dans la nuit de dimanche à lundi. Le pays a accepté une réduction drastique de son système bancaire, en contrepartie d'une aide internationale de dix milliards d'euros.

La deuxième banque du pays, Laiki Bank, va disparaître, et la Bank of Cyprus va être profondément restructurée, au prix de lourdes pertes pour les dépôts supérieurs à 100 000 euros et vraisemblablement en termes d'emplois.

Première victime de ce plan drastique, Andreas Artemis, président de Bank of Cyprus, la plus importante du pays, a démissionné mardi.

Les clients de Bank of Cyprus et Laiki Bank ne peuvent retirer que 100 euros par jour aux distributeurs, et pour éviter une fuite des capitaux, d'autres contrôles seront mis en place pour "quelques semaines", selon le ministre des Finances, Michalis Sarris.

Mais il semble donc que cela soit déjà trop tard...

 
J.C., avec Marc Molitor et AFP
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