Chrysoula Zacharopoulou : "Si l’on veut reprendre notre vie normale, il faut que les gens soient vaccinés de l’autre côté de la Méditerranée"

Est-ce que cela a un sens d’être tous (bientôt) vaccinés dans les pays riches et de laisser circuler le coronavirus chez les autres ? Un quart des doses administrées dans le monde l’ont été dans les pays du G7, qui hébergent seulement 10% de la population mondiale. Le dispositif Covax a été mis en place pour répondre à cette inégalité vaccinale. L’objectif ? Financer les capacités de production et l’achat de vaccins pour les pays pauvres. Pour en parler ce matin au micro de Thomas Gadisseux sur la 1ère, Chrysoula Zacharopoulou, eurodéputée, représentante de l’Union européenne et co-présidente de Covax.

Un milliard. C’est le nombre de doses de vaccins contre le coronavirus que les pays du G7 ont annoncé, jeudi dernier, vouloir donner aux états les plus pauvres. D’emblée, l’eurodéputée embraie : " Les annonces qui ont été faites (ndlr : par le G7) sont de très bonnes choses, mais le problème c’est que les vaccins doivent arriver maintenant car il n’y a pas de sens que nous, les pays riches soyons vaccinés tandis que les pays pauvres ne le sont pas."

Mais si un quart des doses administrées l’ont été dans les pays riches, qui ne représentent que 10% de la population mondiale, ce n’est pas pour autant que l’on peut parler d’égoïsme vaccinal. En tout cas pour l’Europe. "On peut être fiers d’être Européens car dès le début on a donné une réponse mondiale, et nous avons pensé à la solidarité, c’est l’Europe qui a pensé le dispositif Covax. La moitié de nos vaccins sont exportés. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, eux n’ont rien encore exporté. On a même vu que les Etats-Unis ont bloqué l’exportation de matières premières." Une situation en train d’évoluer, puisque Joe Biden lui-même s’est engagé à permettre ces exportations, taux de vaccinations élevés aidant.

Un continent de 1,3 milliard de personnes qui ne peut pas produire ses vaccins

Mais ce taux diffère d’un continent à l’autre. La récente annulation de la mission diplomatique congolaise, visant à rapatrier les reliques de Patrice Lumumba, pour causes sanitaires en est le dernier exemple en date. Pour autant, la situation en Afrique demeure différente "On n’a pas encore eu ces images d’hôpitaux débordés comme en Italie et la population est jeune", explique celle qui est également médecin gynécologue de profession.


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Une pandémie plus "light" en Afrique, qui entraîne un autre phénomène, l’hésitation vaccinale car de nombreux Africains hésitent toujours à se faire vacciner comme a pu le constater Chrysoula Zacharopoulou lors de son déplacement au Rwanda avec Emmanuel Macron dans le cadre d’une campagne de vaccination. "On a en face de nous, un continent de 1,3 milliard de personnes qui ne peut pas produire ses vaccins puisque 99% de ceux-ci doivent être importés".

Un échec Covax ?

Car le but de Covax, c’était avant tout de vacciner 20% de la population globale, c’est-à-dire d’acheter 1,3 milliard de doses pour les pays pauvres. "Aujourd’hui, seulement 88 millions de doses ont été administrées dans 131 pays, je vous laisse imaginer combien nous sommes loin de la promesse initiale".
Un échec Covax ? "Je n’aime pas le mot échec dans ma vie, mais il faut que tous les citoyens comprennent, que si l’on veut reprendre notre vie normale, il faut aussi que les gens soient vaccinés de l’autre côté de la Méditerranée".

Vaccins de seconde zone ?

Principal vaccin acheté par Covax, Astra Zeneca. Le mécanisme de solidarité aurait-il finalement bénéficié d’un vaccin dont certains pays, comme les Etats-Unis ne veulent plus vraiment ? L’eurodéputée réfute ce type de considération. "Je suis médecin, je suis vaccinée Astra Zeneca. Covax a acheté Astra Zeneca, dès le début parce que c’est celui qui se conserve le mieux et aussi une question de prix. Covax aujourd’hui a diversifié son offre de vaccin, notamment Moderna".

L’Europe, premier contributeur

S’il est pourtant mondial, certains pays n’adhèrent pas à l’initiative Covax. La Chine par exemple a préféré jouer la diplomatie du vaccin en mode bilatéral. "La Chine elle a sa politique. La question n’est pas ce que fait la Chine mais quelle place veut l’Europe dans le monde. On est le premier contributeur, on a donné 2,8 milliards d’euros."
Et de terminer par la situation actuelle au Royaume-Uni, la dégradation de la situation sanitaire à cause du variant Delta (Indien) sera une conséquence de l’inégalité vaccinale.

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