Chine: Xi Jinping, le futur Mao?

Chine : Xi Jinping, le futur Mao ?
Chine : Xi Jinping, le futur Mao ? - © GREG BAKER - AFP

La semaine dernière, le parti communiste chinois a décidé d’une modification de la constitution qui permettrait de lever la limite constitutionnelle de deux mandats pour le président de la République populaire. Au pouvoir depuis 2013, Xi Jinping se verrait bien président indéfiniment, et avec cette modification cela serait techniquement possible. Selon deux spécialistes de l’Empire du Milieu, cela démontre une dangereuse dérive vers l’autocratie et révèle la stratégie de positionnement chinois sur l’échiquier mondial.

Pierre Defraigne, directeur exécutif du centre Madariaga – Collège d’Europe précise d’emblée que la modification de la constitution chinoise ne donne pas de mandat "à vie" au président, mais qu’il supprime la limite de deux mandats consécutifs de cinq ans.

 Au micro de Débats Première il explique que cela représente tout de même un vrai risque, le risque de revenir à l’ère de Mao "On n’y est pas encore tout à fait, mais il faut être prudent".

Une incarnation du pouvoir concentré et très personnel

Une inquiétude que partage Philippe Paquet, journaliste à La Libre et spécialiste de l’Extrême-Orient, même s’il est moins catégorique. "Avant ce gouvernement, cette démocratie très illusoire reposait principalement sur les textes, les lois. Maintenant elle va reposer sur les Hommes"  dit-il. Le pouvoir sera alors très personnalisé.

Mais le journaliste remet également cet élément en perspective : Xi Jinping a déjà 64 ans, à la fin de son deuxième mandat, il en aura 69.  Il avance également le fait qu’une partie des Chinois conteste cette décision, et que cela pourrait lui mettre des (petits) bâtons dans les roues : "Malgré la censure et la surveillance sur les réseaux sociaux, les Chinois manifestent leur désapprobation. Il n’y a pas l’unanimité véhiculée par les médias officiels".

>> À lire aussi : Chine: la présidence à vie de Xi Jinping fait grincer des dents

On dérive vers une autocratie. Il n’y a pas de contre-pouvoir, il n’y a pas de contrôle et d’équilibre des pouvoirs, pas de presse libre, pas de syndicat indépendant. Rien n’existe en dehors du parti communiste. L’homme qui contrôle le parti est donc vraiment le maître absolu du pays. Si en plus rien ne l’empêche de rester au pouvoir pour toujours, il faut vraiment s’inquiéter. Aussi compétente puisse être cette personne 

 

L’empire contre-attaque ?

Est-ce qu’il y aurait dès lors une tentative de mettre en place une sorte de nouvel imperium à la chinoise ? Pour Pierre Defraigne, l’objectif de Xi Jinping est clair : rester au pouvoir le plus longtemps possible pour continuer ses réformes et maintenir une stabilité politique en Chine comme dans son environnement proche. Il y a tout de même une rivalité avec les autres grandes puissances, notamment avec les États-Unis, que l’on ne peut nier selon Philippe Paquet "Dans un premier temps la Chine n’a pas envie de remplacer les États-Unis. Mais elle a certainement envie de rivaliser avec eux". Selon Pierre Defraigne nous ne pouvons pas parler pour autant de vocation impérialiste "La Chine n’a pas de désir d’hégémonie mondiale. Elle ne cherche pas à dominer le monde, elle cherche à régler ses problèmes et à garder le pouvoir qu’elle possède déjà".

Cela passe par la domination économique et un déploiement militaire important explique le journaliste "la Chine veut évidemment protéger ses territoires, mais elle prend aussi position partout dans le monde pour protéger ses accès aux ressources naturelles qui sont cruciales pour son économie".

Philippe Paquet et Pierre Defraigne étaient les invités de Bertrand Henne dans Débats Première :

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