Chine: après une purge anti-corruption, le PC va se choisir un président

Chine: le PC expurgé de la corruption va choisir un nouveau président. La Place Tien Anmen
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Chine: le PC expurgé de la corruption va choisir un nouveau président. La Place Tien Anmen - © AFP

Le tout-puissant Parti communiste chinois ouvre jeudi son congrès quinquennal. Son comité central sortant a déjà entériné l'exclusion de l'embarrassant dirigeant déchu Bo Xilai. Après cette purge, il faudra choisir un nouveau président, en jouant la carte du rajeunissement: Hu Jintao, 69 ans, doit céder le poste de secrétaire général du PCC à Xi Jinping, 59 ans.

A quatre jours de cette grand-messe politique à Pékin, qui assurera un remaniement crucial au sommet du régime, les hauts cadres communistes ont affiché leur détermination à présenter devant le peuple un parti expurgé de ses moutons noirs et de sa corruption.

Ceci au terme d'une "annus horribilis" pour la plus grande formation politique du monde, marquée par un enchaînement de révélations gênantes sur les fortunes colossales de certains caciques détenant des postes clés en Chine.

Un Parti communiste en bon ordre avant son congrès

"Le comité central a entériné la décision du Bureau politique d'exclure Bo Xilai", a rapporté dimanche soir l'agence officielle Chine nouvelle, au quatrième et dernier jour du plénum du comité central élu en 2007, au précédent congrès du PCC.

Cette exclusion avait été décidée fin septembre par le Bureau politique du PCC, dont M. Bo était membre, avant d'être privé de son immunité parlementaire en étant chassé des rangs de l'Assemblée nationale populaire (ANP).

L'ancien maître absolu de la métropole géante de Chongqing (sud-ouest), détenu au secret, est au centre d'un scandale, mêlant argent, crime et abus de pouvoir, d'une ampleur inédite depuis des années.

Bo Xilai, 63 ans, à qui beaucoup prêtaient des ambitions au niveau national, doit comparaître devant la justice pour y répondre d'accusations multiples, notamment de corruption "massive", à une date non précisée.

En août son épouse, Gu Kailai, a été condamnée à mort avec sursis --équivalent à la perpétuité-- pour l'assassinat d'un Britannique, un meurtre qu'aurait cherché à couvrir Bo Xilai.

Un mois plus tard, le chef de la police de Chongqing, Wang Lijun, ex-bras droit de Bo, s'est vu infliger une peine de 15 ans de réclusion pour défection, corruption et abus de sa fonction.

Rajeunissement

Les rebondissements entourant l'affaire ont fortement pesé sur l'organisation du congrès, censé donner lieu à un rajeunissement des plus hauts dirigeants. L'actuel président chinois, Hu Jintao, 69 ans, doit céder le poste de secrétaire général du PCC à Xi Jinping, 59 ans. Une transition qui s'opèrera, comme les précédentes éditions, sous haute sécurité et dans une profonde opacité.

Parallèlement au comité central s'est réunie ce week-end en session plénière l'influente Commission centrale d'inspection de la discipline, le gendarme du parti.

Dans un communiqué final, la commission a promis que le parti continuerait à mener une "lutte ferme et de longue haleine" contre la corruption, l'année 2012 ayant conforté la population chinoise dans sa conviction que la nomenklatura communiste bénéficiait d'une vie dorée et de nombreux privilèges.

Mouvement de contestation dans le Sud

La lutte contre la corruption, ce sera le grand chantier de Xi Jinping: il qui devra répondre à l'indignation croissante devant cette corruption ainsi qu'aux défis posés par les dissidents et autres militants des droits civiques.

Par exemple dans le sud, à Wukan où les 12 000 habitants s'étaient soulevés en décembre 2011, exaspérés depuis des années par les saisies de terres pour des projets immobiliers. Affrontant les redoutables contingents de la police, ils avaient forcé le chef local du parti à fuir.

En dépit de la censure, la révolte avait passionné les internautes chinois et Wukan est devenu un symbole de l'aspiration démocratique en Chine, dirigée depuis 63 ans d'une main de fer par le Parti communiste.

Contre toute attente, le gouvernement de la province du Guangdong (sud) avait reculé et accepté l'organisation, en mars cette année, d'un scrutin municipal exceptionnellement libre, suivi par la presse mondiale.

Aujourd'hui, l'adjoint au maire nouvellement élu a un message pour Xi Jinping: "S'ils n'éradiquent pas la corruption en la réprimant, alors les choses ne vont qu'empirer: cela en encouragera d'autres, et même les nouveaux responsables deviendront corrompus", a déclaré à l'AFP Yang Semao lors d'une interview dans son bureau.

Le recul du gouvernement et l'organisation d'élections libres ont été vécus comme une éclatante victoire sur le despotisme local par les habitants, mais aussi par une bonne part des 650 millions de ruraux et la frange contestaire de la société chinoise.

"Le nombre des manifestations de masse augmente de jour en jour et leurs motivations s'élargissent", observe Yang Jisheng, ancien journaliste d'investigation de l'agence officielle Chine nouvelle. "Le bureaucrate honni comme le riche honni font maintenant partie de la psychologie sociale" chinoise, dit-il à l'AFP. "Cela implique que des réformes politiques s'imposent d'urgence", juge-t-il.

Mais c'est plutôt d'étouffer dans l'oeuf la contestation montante que le PC semble maintenant privilégier: 111 milliards de dollars de budget ont été alloués cette année au "maintien de la stabilité". "Cela dépasse le budget de la défense nationale", souligne Bao Tong, l'ancien bras droit du secrétaire général du Parti communiste chinois limogé en 1989, Zhao Ziyang. "C'est un phénomène très rare à l'échelle planétaire. Aucun pays au monde ne fait de son propre peuple son plus grand ennemi", ajoute l'ancien dignitaire du régime, devenu l'un de ses plus féroces critiques.

Au nom du sacro-saint "maintien de la stabilité", les médias sont strictement contrôlés et les dissidents arrêtés et emprisonnés, tel le prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, qui purge une peine de 11 ans de prison pour "subversion": il avait co-rédigé un texte en faveur de l'instauration de la démocratie. "Ce qu'ils appellent une république relève plus d'une dynastie impériale que d'autre chose", lance Bao Tong à l'adresse de ses anciens camarades.

Conflits du travail, injustices devant des tribunaux contrôlés par le parti, résistances aux atteintes à l'environnement, insécurité alimentaire ou encore brutalités policières: autant de foyers de contestation susceptibles d'agiter le prochain mandat de M. Xi Jinping qui, selon l'expression chinoise, va devoir "chevaucher le tigre".

Les millions de manifestants du "printemps de Pékin" de 1989, qui s'est achevé en bain de sang place Tian Anmen, réclamaient déjà la fin de la corruption et des réformes politiques.

Avec plus d'un demi-milliard d'internautes en Chine, les éruptions de colère locales sont rapidement connues grâce aux réseaux sociaux, qui menacent ainsi le contrôle du Parti sur l'opinion. A Wukan, les habitants ont réussi à faire entendre leur voix. Reste le problème des spoliations foncières et des compensations financières.

Le Premier ministre Wen Jibao aussi visé

Le Parti communiste chinois a ouvert une enquête sur la fortune présumée de la famille du Premier ministre chinois Wen Jiabao, à la demande de ce dernier, affirme lundi le South China Morning Post (SCMP) de Hong Kong.

Selon des sources non identifiées, le SCMP affirme que Wen a écrit au Comité permanent du Bureau politique du PCC - l'instance politique suprême, dont il est membre - pour réclamer ces investigations.

Une enquête du New York Times (NYT) publiée fin octobre affirme que les proches de M. Wen ont amassé une richesse d'au moins 2,7 milliards de dollars (2,1 milliards d'euros).

Ces révélations, immédiatement censurées en Chine, sont particulièrement embarrassantes avant l'ouverture jeudi du 18ème congrès du PCC au cours duquel l'actuel président chinois, Hu Jintao, doit céder le poste de secrétaire général du PCC à Xi Jinping.

Selon le SCMP, des cadres du parti parmi les conservateurs "connus pour désapprouver les positions (politiques) plus libérales du Premier ministre" l'ont ainsi "prié d'apporter des explications circonstanciées sur toutes les allégations importantes" le visant, lui ou sa famille.

Le NYT a notamment affirmé que la mère de Wen Jiabao, Yang Zhiyun, âgée de 90 ans, possédait 120 millions de dollars investis dans une société chinoise de services financiers, Ping An Insurance.

La semaine dernière, les avocats de proches de Wen Jiabao ont démenti certaines révélations du quotidien américain et l'ont menacé de poursuites, soutenant que le Premier ministre n'avait "jamais joué un rôle quelconque dans les affaires des membres de sa famille".

Purge générale

Toujours selon Chine nouvelle, le plénum a également entériné l'exclusion de l'ancien ministre des Chemins de fer chinois, Liu Zhijun, accusé d'avoir reçu des pots-de-vin de 800 millions de yuans (127 millions de dollars) dans le cadre de gros contrats pour l'extension du réseau de lignes à grande vitesse en Chine.

Le plénum a aussi adopté un rapport et une proposition d'amendement des statuts du parti, qui seront soumis aux 2270 délégués du congrès. Chine nouvelle n'a pas précisé la teneur de cet amendement.

Avec AFP

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