Chine : la visite du président Xi Jinping à Shenzhen disqualifie Hong Kong la rebelle

Chine : la visite de Xi Jinping à Shenzhen disqualifie Hong Kong la rebelle
Chine : la visite de Xi Jinping à Shenzhen disqualifie Hong Kong la rebelle - © ANTHONY WALLACE - AFP

Le président chinois, Xi Xinping, est en visite à Shenzhen, pour deux jours. Shenzhen est une métropole qui relie Hong Kong à la Chine continentale.

La ville est située à l’entrée de la presqu’île de Hong Kong. Il y a 40 ans, cette mégalopole de 20 millions d’habitants n’était qu’un simple village de pêcheurs. Le principal objectif de la visite de Xi Jinping à Shenzhen, c’est de célébrer la création il y a 40 ans de la première Zone économique "spéciale" dans cette région.

Sur le site officiel French-China.org, voici comment on présente l’évènement : "La visite de Xi Jinping à Shenzhen, dans la province méridionale chinoise de Guangdong, pour marquer le 40e anniversaire de l’établissement de la Zone économique spéciale (ZES) aidera à instiller la confiance nécessaire pour le futur développement de la ville voisine de Hong Kong, dont l’économie a été frappée de plein fouet par les émeutes et la pandémie de COVID-19. Selon les observateurs, Hong Kong doit se rapprocher de la partie continentale de la Chine pour accomplir un meilleur développement."

Shenzhen, c’était donc autrefois un modeste village. C’est d’ailleurs le père de Xi Jinping qui a été l’artisan de cette première zone économique spéciale en 1980. Le village d’antan s’est transformé en une mégalopole ultramoderne, qui rivalise avec sa voisine Hong Kong.

Le fleuron du détroit de la rivière des perles

Le président chinois veut faire de cette ville le fleuron du détroit de la "rivière des perles" et détrôner ainsi la ville de Hong Kong, trop rebelle à son goût.

Pour Jean-Pierre Cabestan, chercheur au CNRS, et qui vit à Hong Kong, il s’agit d’une visite économique, certes, mais également à portée politique. On se souvient des manifestations qui ont secoué Hong Kong en novembre 2019, et des lois très dures adoptées par la Chine pour mater la contestation. Le président chinois va d’ailleurs à cette occasion rencontrer la cheffe de l’exécutif hong kongais, Carrie Lam, qui a été prise par surprise par cette visite. Elle a d’ailleurs dû reporter son très attendu discours de politique générale, afin de s’adapter à cette actualité de dernière minute et rencontrer le président chinois Xi Jinping.

"Pékin veut faire de Shenzhen le moteur de toute cette zone de la rivière des perles, explique Jean-Pierre Cabestan. C’est dans cette ville que se concentreront la recherche et le développement, et la maîtrise des hautes technologies. Cela s’articule au programme " made in China 2025", qui a pour but de rattraper le retard de la Chine en matière technologique, et de ravir la première place aux États-Unis."

La Silicon Valley chinoise

Pékin s’est, par exemple, fixé comme objectif de devenir le numéro 1 mondial dans l’intelligence artificielle.

Et cette puissance économique passe par l’intégration de plusieurs localités dans le plan de développement du détroit de la rivière des perles. Une zone située au sud-Est de la Chine, qui inclut Hong-Kong, Macao, et 9 autres villes chinoises, dont Shenzhen est l’épicentre.

Shenzhen est surnommée aujourd’hui, la Silicon Valley chinoise.

Du côté de la population de Hong Kong, on ressent la visite du président chinois comme une humiliation. Le fait que la cheffe de l’Exécutif ait dû reporter son discours de politique générale est perçu comme un asservissement de Hong Kong à la puissante Chine.

"Il n’empêche, le camp favorable au gouvernement à Hong Kong espère en tirer des bénéfices sur le plan de l’aura économique de leur région."

Alors, Shenzhen va-t-elle devenir un pôle concurrent de Hong Kong ? "Sans doute, abonde Jean Pierre Cabestan, Hong Kong va passer au second plan, elle jouera encore le rôle d’une place financière pour lever des fonds sur le marché international, la Bourse de Hong Kong continuera à jouer un rôle important. Mais Shenzhen deviendra le vrai pôle économique de la région. "

L’étoile de Hong Kong va donc pâlir. La ville paie sans doute son mouvement de contestation prodémocratie. Xi Jinping ne s’y rend d’ailleurs pas lors de cette visite. "Il faut rappeler, explique Jean Pierre Cabestan, que Hong Kong jouit d’un statut particulier, avec une frontière 'dure' avec la Chine." Et puis la crise du Covid limite fortement les déplacements entre Hong Kong et le continent.

Le mouvement de contestation à Hong Kong n’est plus qu’un murmure, terrassé par la pandémie et les lois liberticides adoptées par Pékin. " Les libertés publiques sont restreintes aujourd’hui à Hong Kong, surtout pour qui se mêle de politique ! Pour les autres, la vie n’a pas beaucoup changé ", conclut le chercheur.

Le mouvement pro-démocratie n’est plus actif, en raison de la pandémie du Coronavirus. Mais la société civile est toujours bien active. Selon un dernier sondage, 55% des hong kongais sont favorables aux partis pro-démocratie.

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