Chine, Inde, Brésil… Les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse dans la 2e moitié de 2020

Les émissions de gaz à effet de serre sont repartis à la hausse dans la 2ème moitié de 2020
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Les émissions de gaz à effet de serre sont repartis à la hausse dans la 2ème moitié de 2020 - © MICHAL CIZEK - AFP

La crise Covid-19 en 2020 a déclenché la plus forte baisse annuelle des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie depuis la Seconde Guerre mondiale, selon les données de l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) publiée ce mardi, mais la baisse globale d’environ 6% masque de grandes variations selon les régions du monde.

Après avoir atteint un creux en avril, les émissions mondiales ont fortement rebondi et ont dépassé les niveaux de 2019 en décembre. Les dernières données montrent que les émissions mondiales ont augmenté de 2%, ou 60 millions de tonnes, en décembre 2020 par rapport au même mois un an plus tôt. Les grandes économies ont mené la reprise de l’activité économique, ce qui a fait augmenter la demande d’énergie. Et il manquait d’importantes mesures politiques pour stimuler l’énergie propre.

Pas de chute des concentrations de gaz polluants : les images satellites sont désormais identiques à celles des années précédentes

Cathy Clerbaux est professeur en science de l’atmosphère et du climat à l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Jour après jour, elle reçoit les images de trois petits satellites qui passent au peigne fin deux fois par jour l’atmosphère de notre planète. Ils envoient ensuite les concentrations en différents gaz polluants.

Au printemps dernier, cette chercheuse avait constaté, image à l’appui, une dégringolade de la pollution au monoxyde de carbone mais aujourd’hui, ce qu’elle constate est tout autre : "Nous sommes toujours confinés mais alors que nous obtenions des images satellites dans le courant du printemps très différentes de celles que nous observions avant, tout est revenu à la normale aujourd’hui. Nous ne voyons plus de différence avec les observations satellite des précédentes années. Tout se passe exactement comme avant".

Edwin Zaccaï, professeur en science de l’environnement à l’ULB fait un constat assez similaire : "Ce rebond que note l’AIE (l’Agence internationale de l’Energie) est corroboré par un rapport de l’ONU. Ce n’est pas vraiment étonnant. Nous sommes complètement dépendants de l’énergie fossile. Nous devrions décider d’arrêter des centrales charbons ce qui est très difficile à faire sur un plan économique et social. Le virage est très lent car nos économies sont semblables à un immense cargo qui est difficile à manœuvrer. Avant de le voir virer, il s’écoule pas mal de temps."

Chine, Inde et Brésil mettent les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu

Les émissions en Chine pour l’ensemble de 2020 ont augmenté de 0,8%, soit 75 millions de tonnes, par rapport aux niveaux de 2019, sous l’effet de la reprise économique de la Chine au cours de l’année. La Chine a été la première grande économie à sortir de la pandémie et à lever les restrictions, ce qui a incité son activité économique et ses émissions à rebondir à partir d’avril. La Chine a été la seule grande économie à avoir connu une croissance de 2% en 2020.

Mais pour Cathy Clerbaut, une croissance économique a son revers de la médaille. La Chine a émis beaucoup plus de CO2 dans le second semestre de l’année : "Les Chinois ont monté de 4% leurs émissions de gaz à effet de serre dans la 2e moitié de 2020, ce qui représente beaucoup plus d’émissions que les années précédentes. C’est un peu comme s’ils avaient mis les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu. Il s’agit essentiellement des émissions des centrales de charbon et de pétrole tandis que le gaz de chauffage domestique est resté stable."

Edwin Zaccaï surenchérit : "La Chine est actuellement le pays le plus gros émetteur de gaz à effet de serre du monde. Elle représente 25% de l’ensemble des gaz à effet de serre. Par ailleurs, une grosse partie de leur industrie repose sur le charbon. Leur industrie est très énergivore. Une tonne sur deux de béton fabriqué dans le monde l’est en Chine. De notre côté, nous nous sommes plus tournés vers une économie de service moins énergivore. Paradoxalement, ils sont aussi les premiers producteurs d’énergie renouvelable du monde. Ils ont aussi des plans à l’horizon 2060 pour décarboner."

La Chine n’est pas la seule à avoir mis les bouchées doubles à la fin de l’année 2020. En Inde, les émissions ont dépassé les niveaux de 2019 par rapport à septembre, l’activité économique s’étant améliorée et les restrictions s’étant assouplies. Résultat, ses émissions de CO2 sont pratiquement identiques à celles de l’Europe entière.

Au Brésil, le rebond de l’activité dans le transport routier après le creux d’avril a entraîné une reprise de la demande de pétrole, tandis que l’augmentation de la demande de gaz dans les derniers mois de 2020 a fait grimper les émissions au-dessus des niveaux de 2019 tout au long du dernier trimestre.

Quelles leçons écologiques tirer de la pandémie ?

Quant aux États-Unis, leurs émissions de CO2 ont diminué de 10% en 2020. Mais sur une base mensuelle, après avoir atteint leurs plus bas niveaux au printemps, elles ont commencé à rebondir. En décembre, les émissions américaines se sont approchées du niveau observé le même mois en 2019. Cela est le résultat de l’accélération de l’activité économique ainsi que de la combinaison de la hausse des prix du gaz naturel et du temps plus froid favorisant une augmentation de l’utilisation du charbon.

Edwin Zaccaï estime que nous devons encore tirer les leçons de cette pandémie du Covid-19. La systématisation du télétravail dans certains secteurs d’activité est, notamment, une option. Mais c’est clair : "Le virage est très lent car nos économies sont semblables à un immense cargo qui est difficile à manœuvrer. Avant de le voir virer, il s’écoule pas mal de temps."

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