Chine, Etats-Unis, UE: le Coronavirus va-t-il bouleverser l'ordre international ?

Chine, Etats-Unis, UE: le coronavirus va-t-il chambouler l'ordre international ?
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Chine, Etats-Unis, UE: le coronavirus va-t-il chambouler l'ordre international ? - © MUHAMMAD RIFKI - AFP

D’abord apparu en Chine, le Coronavirus s’est ensuite attaqué à l’Europe pour finalement toucher de plein fouet les Etats-Unis. Un virus mondial aux conséquences géopolitiques. Pour certains analystes, le Covid-19 serait même un "game changer." Il pourrait redistribuer les cartes sur la scène internationale.

Une Chine renforcée par la crise ?

Bien qu'il soit encore trop tôt pour évaluer l’impact définitif qu’aura cette crise sanitaire sur la politique internationale de demain, une hypothèse émerge. La pandémie de Coronavirus pourrait renforcer la position de la Chine sur l’échiquier mondial.

Cette théorie peut paraître étonnante alors que la responsabilité du gouvernement chinois dans cette crise sanitaire internationale interroge. Mais, première touchée, signifie également première déconfinée.

Ces derniers jours, la Chine relance pas à pas son économique pendant que le reste du monde lutte encore contre le Covid-19. Ce démarrage avant les autres pourrait consolider la Chine dans son rôle central dans l’économie mondiale.

Un scénario balayé du revers de la main par Nicole Gnesotto, professeur au Conservatoire national des arts et métiers à Paris et ancienne directrice de l’institut d’études de sécurité de l’Union européenne, invitée de l’émission La Semaine de l’Europe sur La Première :

"Je ne partage pas l’analyse selon laquelle les chinois vont sortir renforcer de cette crise. La Chine est une économie totalement exportatrice. Si la demande s’arrête, comme c’est le cas aujourd’hui, les chinois ne peuvent pas relancer leur économie. Donc, je pense que sur le plan économique, la Chine va au-devant de grandes difficultés comme nous tous", estime Nicole Gnesotto.

Une bataille idéologique entre régimes autoritaires et démocratiques

Pour cette professeure au Conservatoire national des arts et métiers à Paris, plus qu’une bataille économique, c’est une bataille idéologique qui va se jouer entre les grandes puissances : "La question est de savoir si la tentation autoritaire que l’on voit depuis quelques années en Europe, va être renforcée par la campagne de désinformation menée par la Chine pendant cette crise du Coronavirus ou si au contraire la séduction démocratique va rester la plus forte", assure-t-elle.

Sortir la première de la crise, présente une opportunité politique pour la Chine. Son gouvernement veut, à travers cette reprise, montrer la force de son système politique autoritaire, prouver qu’il est plus efficace que nos régimes démocratiques pour gérer la crise du Covid 19.

Puissance secourable

La Chine a également décidé de faire de la concurrence à l’Union européenne sur le plan de l’aide humanitaire en venant en aide à l’Italie ou à la Serbie.


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Le 12 mars, un avion affrété par la croix rouge chinoise se pose à Rome. A son bord, quelques médecins chinois, des respirateurs et 200.000 masques. Le vice-président de la croix rouge chinoise a également fait le déplacement. Il est venu aider la population et la rassurer :

"Quand une épidémie comme celle-ci éclate soudainement, je crois que tous les peuples du monde ont peur et sont agités. Nous l’avons vécu les premiers. Le conseil que nous pouvons donner aux Italiens est avant tout de rester calme, d’appliquer les règles du gouvernement et d’écouter les conseils d’experts.", explique-t-il ce jour-là au micro d’un journaliste de la RAI.

Des conseils et des gestes de solidarités bienvenus, qui ne sont toutefois pas désintéressés. Ces symboles bien étudiés peuvent devenir des armes redoutables dans une lutte d’influence géopolitique. Une lutte dans laquelle s’est aussi lancée la Russie et Cuba qui ont également envoyé des médecins en Italie. 

Cette aide extérieure expose sous une lumière crue le manque de solidarité des Européens envers les Italiens, premiers touchés par la pandémie sur le vieux continent.

Les Etats-Unis absents de la scène internationale

Si la Chine renforce son action, sa présence sur la scène internationale, les Etats Unis eux se rétractent. Après la suspension de sa participation financière à l’Organisation mondiale de la santé au mois d’avril dernier, le pays semble de plus en plus désengagé sur la scène internationale. Donald Trump a tourné le dos à l’Europe.

"Le premier geste des Américains, ça a été de fermer leurs frontières sans prévenir les Européens. Et puis, ils ont aussi tenté de faire main basse sur l’industrie pharmaceutique allemande ( CureVac) parce qu’ils voulaient garder pour eux l’éventuelle découverte d’un vaccin", rappelle Nicole Gnesotto.

Course aux vaccins

Ce lundi, le président des Etats-Unis, a encore démontré qu’il était opposé à toute idée de coopération internationale en ne prenant pas part au téléthon mondial organisé par la Commission européenne pour financer la recherche d’un vaccin.

"Les États-Unis espèrent gagner la guerre du vaccin et sont prêts à mettre toutes leurs forces dans la bataille", souligne Isabelle Marchais dans une note publiée lundi par l’Institut Jacques Delors.

S’ils perdent la bataille, les Européens pourraient alors se retrouver en situation de faiblesse face aux Américains ou aux Chinois, met-elle en garde. 

Guerre de communication avec la Chine

En pleine campagne présidentielle, le président américain, Donald Trump, s’est également lancé dans une guerre de communication contre la Chine.

Dans ce face-à-face, de plus en plus tendu, entre les deux puissances, la voix des Européens, ne porte pas très loin. "Ils sont incapables de s'accorder sur une politique étrangère commune", explique Nicoles Gnesotto.

Il faut "essayer d’avoir une même analyse, une même vision des choses, une même définition des intérêts européens. A ce sujet, les Européens ont fait très très peu de progrès. Pendant les 70 années de guerre froide, les Européens n’ont pas pu penser par eux-mêmes le monde. C’est l’Otan qui gérait la politique de sécurité et donc, les Européens ont évolué dans une déresponsabilisation politique […] Et là, le Covid-19, c’est une preuve supplémentaire. Je crois que les Européens ont tous les arguments pour essayer de penser une souveraineté européenne", conclut la professeure. 

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