Chine: dissidents disparus après le Nobel de Liu Xiaobo

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Des militants pro-démocratie chinois, proches du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, ont affirmé lundi subir une vague de répression, avec la détention de plusieurs dissidents et le piratage de sites internet d'opposition. Des dissidents auraient "disparu".

Ces derniers jours plusieurs opposants ont disparu de façon inexpliquée, leur téléphone portable a été coupé et ils doivent se trouver en détention dans un endroit inconnu, a expliqué Zhang Xianling, l'une des membres de l'association des "Mères de Tiananmen".

Parmi les personnes interpellées se trouve Ding Zilin, la responsable des "Mères de Tiananmen", a précisé Zhang Xianling

"Nous condamnons vivement le gouvernement qui prive de sa liberté Ding Zilin", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Nous protestons avec force, nous appelons le gouvernement à libérer aussi vite que possible Ding Zilin et à la laisser entrer en contact avec ses amis", a-t-elle ajouté.

Depuis quatre jours, les membres de l'association essayent en vain de joindre Ding Zilin et son époux Jiang Peikun. La responsable des "Mères de Tiananmen" devait se trouver à Wuxi, dans l'est du pays, où elle possède une résidence.

Disparitions inquiétantes

Jiang Qisheng, un écrivain ami de Liu Xiaobo, a également disparu depuis plus d'une semaine et serait en détention, selon Zhang Xianling.

Sur leur page Facebook, les "Mères de Tiananmen" ont par ailleurs exigé la libération de Liu Xia, l'épouse de Liu Xiaobo assignée à résidence depuis l'octroi à son époux de la prestigieuse récompense.

Selon l'organisation Chinese Human Rights Defenders (CHRD), d'autres militants ont été interpellés et placés en détention ces derniers jours, dont Liao Shuangyuan et sa femme Wu Yuqin, un couple qui participait à un dîner à Pékin célébrant le Nobel de Liu Xiaobo.

De nombreux sites internet d'opposition, pourtant gérés hors de Chine, ont depuis l'annonce du prix été la cible d'actes de piratage et de virus informatiques, a ajouté CHRD.

Parmi les sites visés figure le Centre indépendant Pen Chine, un regroupement d'écrivains que Liu Xiaobo avait présidé.

Liu Xiaobo, détenu dans le nord-est de la Chine, est devenu le 8 octobre le premier citoyen chinois à se voir décerner le Nobel de la paix.

Agé de 54 ans, cet intellectuel purge une peine de 11 ans de prison après avoir été l'un des auteurs de la "Charte 08", un texte qui réclamait une Chine démocratique.

Il a dédié son prix Nobel aux "âmes perdues du 4 juin", c'est-à-dire aux morts de Tiananmen.

Plus de 600 Chinois -universitaires, militants des droits de l'Homme et avocats- ont signé une lettre ouverte demandant une démocratisation en Chine ainsi que la libération de Liu Xiaobo et des autres prisonniers de conscience, contre 100 seulement vendredi dernier.

La Chine rumine sa colère

Dix jours après l'annonce du Nobel, la colère des autorités chinoises ne retombait pas, s'exprimant par le biais de la presse d'Etat.

Le comité Nobel "doit des excuses à la Chine", a estimé lundi dans un éditorial le journal officiel Global Times.

"Le comité Nobel vient de provoquer un grave affrontement idéologique entre la Chine et l'Occident. Au lieu de promouvoir la paix, le prix de la paix cette année aggrave les incompréhensions et l'hostilité entre la Chine et l'Occident", a estimé le quotidien en langue anglaise, connu pour ses prises de positions nationalistes.

Selon le journal, qui dit se fonder sur un sondage -alors que la grande majorité des Chinois a été tenue dans l'ignorance de l'attribution de la récompense au dissident en raison de la censure-, "la majorité des citoyens chinois s'oppose à la décision d'attribuer le prix à Liu Xiaobo".

"L'Occident n'a pas le droit d'aller à l'encontre des valeurs et de l'opinion de la population chinoise", a poursuivi l'éditorial.

Dans le même temps, la réunion du plenum du Parti communiste, qui s'est ouverte vendredi a rappelé que le rôle dirigeant du PC chinois était "fondamental pour le développement de la Chine", rapporte l'agence Chine nouvelle. Un rappel qui sonne comme un démenti à ceux qui estimaient que cette réunion pourrait marquer des signes d'ouverture vers plus de démocratie.

 


T.N. avec AFP

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