Chili : la faim fait descendre des centaines de personnes en rue

Manifestation dans la banlieue de Santiago -Chili
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Manifestation dans la banlieue de Santiago -Chili - © PABLO ROJAS - AFP

Jets de pierre, pneus brûlés, cris lancés contre les policiers, la colère des habitants de la banlieue de Santiago s’est exprimée haut et fort, parfois violemment. "A l’aide ! De la nourriture ! Ce n’est pas à cause de la quarantaine, on a besoin d’aide, de nourriture. C’est de la nourriture que les gens demandent en ce moment. " crie Verónica Abarca, une habitante du quartier qui s’appelle El Bosque. Réponse des forces de sécurité : des canons à eau qui arrosent la foule pour la disperser.

Plus aucun revenu depuis un mois

Le gouvernement du président Sebastian Piñera avait décrété vendredi le confinement de toute la population de la région de la capitale, qui concentre 80% des cas de coronavirus du pays. Cette banlieue pauvre d’El Bosque en faisait donc partie. Dans ce quartier beaucoup travaillent de manière informelle, ou pas du tout. Ils sont en quarantaine depuis la mi-avril ce qui pose de grave problème à beaucoup d’entre eux. Elena Molinares, par exemple, n’a plus aucun revenu depuis. "En ce moment je fais chauffeur de taxi, mon outil de travail est à l’arrêt parce que qui pourrais-je bien prendre pour une course ? Et qu’est-ce que le gouvernement nous donne ?"

Les autorités d’El Bosque crient aussi au secours à leur façon. La municipalité a publié un communiqué où elle a dénoncé la détérioration de "la qualité de vie des habitants" et le manque de considération du pouvoir central pour les plus pauvres. Sadi Melo, le maire abonde dans le sens des manifestants, pas question pour lui de les présenter comme des casseurs. "Ce sont ces habitants et habitantes qui, après plus d’un mois sans pouvoir travailler, sans avoir vu non plus de mesure concrète de la part de l’Etat, protestent aujourd’hui".

Un confinement qui creuse les inégalités

Santiago est l’une des villes les plus prospères d’Amérique latine. Mais cette prospérité ne bénéficie pas à tout le monde. Une nette fracture entre riches et pauvres et surtout, un sentiment croissant d’inégalité avaient déclenché des manifestations de masse à la fin de 2019. De nombreuses demandes formulées par les manifestants l’année dernière, allant de l’augmentation des pensions à l’augmentation des salaires, ne sont toujours pas résolues. Au contraire, la pandémie et le confinement ne font que les exacerber davantage. C’est le cas de Paola Garrido qui elle aussi participe à la manifestation." Je suis une toiletteuse pour chiens, j’ai un petit commerce, je ne reçois aucune aide du bonus du gouvernement, j’ai quatre enfants. "

Sebastian Pinera, le président chilien, a déclaré lundi dans un discours télévisé que son gouvernement livrerait plusieurs millions de colis de nourriture ainsi que des produits de nettoyage directement aux familles qui en ont besoin dans les quelques jours qui viennent. Il a aussi annoncé des mesures de soutien aux entreprises et aux particuliers pour un montant total de 17 milliards de dollars, soit environ 7% du produit intérieur brut national.

La colère gronde depuis des mois

D’autres manifestations ont eu lieu en soirée dans trois autres endroits autour de Santiago. Un bus a été incendié, et des barricades ont aussi été dressées. Au total, la police annonce 21 arrestations. C’est clairement l’annonce d’une quarantaine stricte qui a provoqué ces manifestations mais la colère des plus démunis était déjà bien présente depuis des mois déjà. L’activité économique, entre autres celle des commerces, de la construction et de divers services, a été ralentie pour tenter de freiner l’épidémie. Et bien avant la crise sanitaire, on se souvient que le Chili et ses 18 millions d’habitants, avaient connu de longs mois de protestations et de violences. Point de départ de la colère d’une partie de la population : l’annonce en octobre dernier d’une hausse du prix du ticket de métro. Au niveau strictement sanitaire, le coronavirus aurait fait 478 morts, pour plus de 46.000 cas selon les chiffres annoncés par les autorités.

Sujet dans notre JT du 19 mai: