Charlottesville et le retour du "Trump national-populiste de la campagne"

"Trump a semblé donner foi à cette distinction entre une vieille extrême droite nazie qui ne serait pas fréquentable et une nouvelle droite radicale peut-être respectable."
"Trump a semblé donner foi à cette distinction entre une vieille extrême droite nazie qui ne serait pas fréquentable et une nouvelle droite radicale peut-être respectable." - © BELGA

"Des torts des deux côtés." Après une courte reculade lundi, le président Donald Trump a réitéré ce mardi ses propos initiaux au sujet des violences de Charlottesville qui ont coûté la vie à une femme de 32 ans, intentionnellement percutée par un néo-nazi à bord de sa voiture.

Invité de Matin Première ce mercredi, le spécialiste de la politique américaine Corentin Sellin estime qu'on a assisté là au retour du Donald Trump de la campagne électorale.

"Chassez le naturel, il revient au galop. C'était le Trump de campagne, le Trump national-populiste qui revenait et disait ce qu'il avait sur le cœur."

"Une phrase qui viendra le hanter"

Après cette déclaration, des conseillers de Trump ont confié en off que "tout ce qu'il a fait était totalement inattendu, totalement imprévu et beaucoup de ses aides étaient catastrophés", raconte Corentin Sellin.

Par ce propos "inédit et inattendu", Donald Trump a mis sur le même pied d'égalité "l'extrême droite néo-nazie qui avait organisé cette manifestation de haine" et "des manifestants pacifiques qui étaient venus la contester".

"Il faut donner une très grande importance à cette déclaration (…). Donald Trump a eu une phrase qui reviendra sans doute le hanter puisqu'il a dit que, dans les deux camps, il y avait des 'gens bien'."

Une distinction entre la vieille et la nouvelle extrêmes droites

Ce mardi, Donald Trump a notamment lancé : "J'ai condamné les néo-nazis. Mais tous les gens qui étaient là-bas n'étaient pas des néo-nazis ou des suprémacistes blancs".

Là, "Trump a semblé donner foi à cette distinction entre une vieille extrême droite nazie – le Ku Klux Klan, les suprémacistes blancs… qui ne seraient pas fréquentables – et une nouvelle droite radicale (aussi appelée "Alt Right", pour droite alternative, ndlr) qui serait, elle, peut-être respectable (…), analyse Corentin Sellin. Et ce n'est pas une surprise, parce que, parmi cette nouvelle extrême droite d'Internet aux États-Unis, il y a beaucoup de personnes qui ont soutenu Trump et qui ont vu sa victoire comme la leur."

Faut-il donc y voir un calcul électoral ? S'il l'on prend le contexte de cette déclaration choc – "une conférence de presse sur un tout autre sujet" –, il faudrait davantage y voir une "réaction à chaud", estime le spécialiste de la politique américaine. Harcelé de question, le président Trump "a voulu défendre, une fois de plus, sa déclaration de samedi et montrer qu'il avait raison envers et contre tout".

"On l'a vu sortir du script, sortir de ce qui avait été prévu par ses conseillers qui l'avaient un peu cornaqué depuis samedi. Là, il a laissé parler, sinon son inconscient, ses véritables affinités."

La "ligne nationale-identitaire" de Steve Bannon

Et notamment sa plus grande proximité avec la "ligne nationale-identitaire" de Steve Bannon, son conseiller stratégique. Si son avenir ne semble désormais plus assuré, son influence, via le site d'extrême droite, Breitbart News reste importante, bien qu'indirecte.

"Quand il dirigeait Breitbart, Steve Bannon a lui-même déclaré à de nombreuses reprises qu'il voulait faire de ce site le véhicule de rassemblement et d'unification de toute 'l'Alt Right', de toute cette 'droite alternative'. Il voulait faire de son pure player une sorte d'arche qui rassemblerait toutes ces droites nationales, radicales et identitaires."

"Tant que Steve Bannon sera à la Maison Blanche, ces idées-là ne sont pas absentes, poursuit Corentin Sellin. Et, on l'a vu sur un point précis de la politique de Trump : le fameux 'Trump Ban', cette interdiction d'entrer aux États-Unis pour les ressortissants de sept pays d'Afrique et du Moyen-Orient, pays où la religion musulmane est majoritaire. Cette idée-là, c'est tout à fait une idée qui peut séduire cette extrême droite dont Bannon serait en quelque sorte le porte-voix à la Maison Blanche."

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