Charlie Hebdo: où en est l'enquête? Qui et que recherche-t-on?

Charlie Hebdo: où en est l'enquête? Qui et que recherche-t-on?
Charlie Hebdo: où en est l'enquête? Qui et que recherche-t-on? - © BELGAIMAGE

Après la mort des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly, l'enquête sur les attaques qui ont ensanglanté la France la semaine dernière ne fait que commencer. Y a-t-il un "quatrième homme" impliqué? Quel rôle pour la compagne d'Amedy Coulibaly? Que peut-on apprendre de la vidéo posthume du preneur d'otage? De nombreuses zones d'incertitudes demeurent et autant de questions restent sans réponses.

L'enquête qui s'amorce au lendemain des attaques perpétrées, en région parisienne, la semaine dernière risque de durer longtemps. Les enquêteurs se retrouvent en effet face une tâche titanesque.

Il s'agit d'établir comment les attaques ont pu être perpétrées, le nombre de personnes impliquées (et donc identifier d'éventuels complices), la mesure réelle de l’hypothétique coordination entre les frères Kouachi (principaux suspects de l'attentat contre le Charlie Hebdo) et Amedy Coulibaly (le preneur d'otage de l'Hyper Cacher), d'établir si les organisations dont se sont revendiqués les suspects ont réellement joué un rôle et si oui, lequel, etc.

Il s'agit également de savoir au plus vite si un ou plusieurs complices courent toujours et surtout, si c'est le cas, de déterminer s'ils comptent également perpétrer des attaques.

Le rôle de la compagne d'Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene

Hayat Boumeddiene -la compagne du preneur d'otages tué vendredi dans une supérette "Hyper Cacher" par la police à Paris-, recherchée par la France, est entrée en Syrie le 8 janvier via la Turquie, a confirmé lundi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu. Elle n'était donc pas en France durant les attaques.

"Elle est entrée en Syrie le 8 janvier", a déclaré Mevlüt Cavusoglu dans un entretien accordé à l'agence de presse gouvernementale Anatolie. Une source sécuritaire turque avait indiqué samedi que la jeune femme était entrée en Turquie le 2 janvier et qu'elle s'était probablement rendue depuis en Syrie.

"Elle est entrée en Turquie le 2 janvier en provenance de Madrid. Il y a des images la montrant à l'aéroport", a confirmé le chef de la diplomatie turque. "Elle est ensuite restée avec une autre personne dans un hôtel de Kadiköy (un district de la rive asiatique d'Istanbul). Elle est ensuite passée en Syrie le 8 janvier, ses relevés téléphoniques le montrent", a-t-il ajouté.

Selon la source sécuritaire interrogée samedi par l'AFP, la jeune femme disposait d'un billet aller-retour Madrid-Paris. La police française a délivré un avis de recherche pour déterminer son éventuel rôle dans la fusillade perpétrée par Amedy Coulibaly à Montrouge (sud de Paris) jeudi matin et pour l'éventuelle aide qu'elle aurait pu lui apporter lors de la prise d'otages dans le magasin cacher qui a fait quatre morts à Vincennes, aux portes de Paris, vendredi.

Les informations rendues publiques par les autorités turques prouvent que la jeune femme, âgée de 26 ans, ne se trouvait pas en France au moment des crimes reprochés à son compagnon.

Des images, qui pourraient montrer la jeune femme à l'aéroport d'Istanbul, ont été divulguées, ce lundi. Ces dernières proviendraient des caméras de surveillance de l'aéroport de la capitale turque. On y aperçoit une femme au voile beige, apparemment accompagnée, se présentant au contrôle d'identité de l'aéroport:

Mais Hayat Boumeddiene a-t-elle joué un rôle dans la préparation des attaques? La nature de ses liens avérés avec les épouses des frères Kouachi doit également faire l'objet d'éclaircissements. Le procureur de Paris, François Molins, avait en effet révélé que l’examen des téléphones avait permis de déterminer qu'Hayat Boumedienne avait échangé "plus de 500 appels sur l'année 2014" avec les épouses Kouachi indiquant l’existence de "liens constants et soutenus entre les deux couples".

La vidéo posthume du preneur d'otage: a-t-il un ou des complices? Quelle était la nature de ses contacts avec les frères Kouachi?

Deux jours après sa mort lors de la prise d'otage, une vidéo où l'on voit Amedy Coulibaly s'exprimer est publiée sur les réseaux sociaux (la vidéo a été retirée depuis). Le prosélytisme semble être le but premier de ces images. On y voit le jeune Français faire des exercices physiques, faire allégeance au groupe terroriste État islamique et expliquer ses actions "contre la police" française.

Il affirme aussi coordonner ses actions avec les frères Kouachi " On a fait les choses un petit peu ensemble, un petit peu séparés, c’était plus pour que ça ait plus d’impact ", affirme-t-il. " On arrive à se synchroniser pour sortir en même temps pour que personne ait de problème", déclare également l'homme de 32 ans.

L'étendue de son éventuelle coordination avec les frères Kouachi reste un élément à déterminer pour les enquêteurs. Et une singularité également puisqu'il s'agirait là d'une collaboration entre des membres du groupe Etat islamique (EI, dont se réclame Amedy Coulibaly) et d'Al Qaïda (les frères Kouachi se revendiquant d'Aqba, anciennement Al Qaïda au Yémen). Ce lundi matin, sur nos ondes, le spécialiste du terrorisme international Rik Coolsaet s'étonnait lui-même de cette alliance entre membres de groupes qui restent des ennemis farouches.

Cette vidéo utilise en outre des images de montage qui semblent être postérieures à l'attaque du supermarché cacher au cours duquel le forcené a trouvé la mort. Elle a donc dû être montée et diffusée par une ou plusieurs autres personnes. Cela appuierait l'affirmation selon laquelle Amedy Coulibaly avait "sans doute un complice", lâchée ce lundi matin par le Premier ministre français Manuel Valls. On n'a aucune indication à ce stade sur l'identité du ou des suspects, ni sur le fait qu'ils se trouvent en France ou dans un pays tiers.

La bombe de Villejuif est-elle liée au dossier ?

Sur un panneau diffusé lors de la vidéo susmentionnée, il est précisé qu'Amedy Coulibaly "a aussi posé une charge explosive sur le réservoir d’une voiture qui a explosé dans une rue de Paris".

Pourtant, il n y a pas eu d’explosion de bombe dans les rues de Paris durant ces derniers jours. Dès lors, pourrait-il s’agir de l’engin explosif qui a fait exploser une voiture située à Villejuif (Val-de-Marne)? L’explosion a eu lieu jeudi dernier, peu avant 21h00, sans faire de blessé. L’antiterrorisme a repris l’enquête en main depuis ce dimanche. Il reste notamment à déterminer si les explosifs utilisés à Villejuif sont les mêmes que ceux retrouvés dans l’Hyper Cacher.

Une "planque" d'Amedy Coulibaly découverte?

Dans la nuit de samedi à dimanche lors d'une série de perquisitions, les enquêteurs ont découvert un appartement grâce, notamment, aux relevés téléphoniques et aux bornes activées par le téléphone portable du preneur d'otage mais également au témoignage d'un voisin si l'on en croit plusieurs médias français.

Dans le dit appartement, la police a retrouvé une carte Vitale (l'équivalent français de nos anciennes cartes SIS) et une carte d'identité au nom d'Amedy Coulibaly. Autre découverte, un petit arsenal: quatre pistolets Tokarev, un revolver, des munitions, des téléphones, des bombes lacrymogènes, un gyrophare, un gilet tactique et des jumelles. Pour rappel, deux pistolets Tokarev, avaient été découverts dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes où a eu lieu la prise d'otage, de même que deux kalachnikovs et des bâtons d'explosif.

Si cette planque supposée se révèle bien avoir été utilisée par Amedy Coulibaly, elle pourrait aider à faire avancer plus rapidement l'enquête.

D'où venaient les armes? Qui a financé les opérations?

Niveau arsenal, les frères Kouachi n'étaient pas en reste. Les armes retrouvées en leur possession sont évaluées à environ 7000 euros. Une même évaluation fait état d'une valeur de 6000 euros pour les armes d'Amedy Coulibaly. Ces évaluations sont basées sur les calculs d'un expert en armement et sur base des prix pratiqués à l'heure actuelle sur le marché illégal des armes.

Comment l'achat de ces armes a-t-il été financé? D'autant que dans la vidéo dont nous vous parlions plus tôt, Amedy Coulibaly dit avoir donné des "milliers d'euros" à l'un des frères Kouachi pour financer l'opération. De son côté, Chérif Kouachi avait affirmé, à BFM TV, être financé par Al Qaïda au Yémen. Autant de point qui restent à éclaircir au cours de l'enquête.

RTBF, et @julienvlass

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