Charlie Hebdo: opération policière d'envergure du Raid à Reims

Les faits principaux

- Des hommes cagoulés et lourdement armés ont ouvert le feu vers 11 heures ce matin dans les locaux de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo

- L'attaque a fait 12 morts, dont deux policiers, et 11 blessés

- Les tireurs ont pris la fuite, provoquant un accident et braquant une voiture

- La rédaction de Charlie Hebdo, surprise par les tueurs en pleine conférence de rédaction, a été décimée. Quatre de ses caricaturistes vedettes, Charb, Cabu, Tignous et Wolinski sont morts, ainsi que le chroniqueur Bernard Maris. Ce mercredi soir vers 21h45, on a par ailleurs appris que le dessinateur Philippe Honoré serait également partie des 12 victimes de l'attentat.

- Trois personnes sont recherchées : deux frères d'une trentaine d'années et un homme plus jeune, a confirmé une source policière. Ils ont été identifiés comme étant Saïd K. né en 1980 à Paris, Chérif K. né en 1982 à Paris et Hamyd M. né en 1996. Ils sont tous trois originaires de Gennevilliers (Hauts-de-Seine)

- Les suspects ont bien été identifiés et localisés, a confirmé le ministère français de l'Intérieur, démentant par ailleurs l'interpellation des trois hommes.

- Deux appartements parisiens, qui auraient pu servir de planque, auraient été fouillés

- Une opération impliquant le Raid était en cours vers 23 heures à Reims, selon l'AFP qui cite une source policière.

Une attaque à l'arme de guerre

Selon le procureur de la République de Paris, qui a tenu un point presse vers 18h00, au moins deux individus sont arrivés dans un véhicule C3 vers 11h30 au siège de Charlie Hebdo. Ils étaient cagoulés et armés de fusils d'assaut. Ils ont demandé à deux personnes présentes à l'accueil du bâtiment où se trouvait la rédaction. Puis ont fait feu et tué l'une des deux personnes.

Ils se sont ensuite rendus dans la salle de rédaction et ont ouvert le feu sur les personnes présentes, en tuant dix, huit journalistes, un policier et un invité. Ils criaient, selon un témoignage, "Allah Akbar" et qu'ils vengeaient le prophète.

Ils sont ensuite partis dans la C3 avec laquelle ils étaient arrivés. Dans une rue perpendiculaire, ils sont tombés sur une patrouille de police et un échange de coups de feu a eu lieu. Plus loin, ils ont rencontré une autre patrouille en VTT et ont tiré. Enfin, ils ont croisé une dernière patrouille plus loin, une fusillade a encore eu lieu et les auteurs ont abattu un policier, au sol.

Selon un témoin qui a failli avoir un accident avec eux, les auteurs étaient trois. Ils ont ensuite continué leur route, percuté un véhicule, blessant la conductrice. Ils ont abandonné leur voiture, braqué un conducteur et pris la fuite avec son véhicule.

Une enquête est ouverte et la mobilisation policière est "très forte". Trois personnes sont recherchées : deux frères d'une trentaine d'années et un homme plus jeune, a confirmé une source policière. Ils ont été identifiés comme étant Saïd K. né en 1980 à Paris, Chérif K. né en 1982 à Paris et Hamyd M. né en 1996. Ils sont tous trois originaires de Gennevilliers (Hauts-de-Seine)

Selon le journal Le Parisien, deux appartements parisiens ont par ailleurs été fouillés par des policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la police judiciaire parisienne.

La traque s'est poursuivie à Reims, dans la Marne, dont l'un des suspects est originaire. Le ministère français de l'Intérieur a confirmé que les suspects ont bien été identifiés et localisés, mais a démenti l'interpellation des trois hommes.

Une opération d'envergure du Raid était en cours vers 23 heures dans la ville de Reims (Marne) dans le quartier de la Croix-Rouge, a annoncé l'AFP citant un officier du Raid.

Les policiers "vont partir en opération. Ou, prévenus par la police et les réseaux sociaux, ils (les suspects) sont partis, ou ça va rafaler", a déclaré un officier du Raid, appelant les journalistes présents à la "plus grande prudence".

Des attaquants bien renseignés

Un témoin a pu filmer la mort du policier au sol. Attention, ces images sont d'une grande violence, et peuvent heurter.

Une voisine a évoqué des agresseurs déterminés, et qui auraient ciblé des personnes bien précises; un fait confirmé par d'autres témoins: "Ils connaissaient les prénoms des journalistes", explique Vincent Justin, qui était présent sur place. Qui raconte aussi: "on était en réunion et on a entendu des premiers coups de feu, puis une vraie fusillade avec des échanges de tirs réguliers. Deux journalistes de Charlie Hebdo se sont réfugiées dans nos locaux. Elles nous ont dit qu'il y avait eu deux personnes armées qui ont tiré dans les locaux de Charlie Hebdo sur les journalistes et les personnels présents sur place".

"Les attaquants étaient renseignés et savaient qu'il y avait le mercredi à 10 heures, la réunion de rédaction hebdomadaire. Sinon, le reste de la semaine, il n'y pas grand monde dans les locaux ", a raconté une journaliste de Charlie Hebdo au journal Le Monde.

Une dessinatrice du journal, contactée par téléphone par l’Humanité, raconte qu'en arrivant "devant la porte de l’immeuble du journal deux hommes cagoulés et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter”. La dessinatrice raconte ensuite que les deux hommes ”ont tiré sur Wolinski, Cabu. Ça a duré cinq minutes… Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al-Qaïda.”

L'un des assaillants, selon des témoins, aurait crié "le prophète a été vengé", rapporte en outre Europe 1. Fait qui a aussi été évoqué par le procureur de la République.

Le journaliste Martin Boudot a pris des images de l'attaque dans lesquelles on entend distinctement crier "Allah Akbar".

Un massacre méthodique

Les informations sur le nombre de victimes ont rapidement circulé, relayées par les réseaux sociaux. Le parquet de Paris confirmait vers 12h30 plus de dix personnes mortellement blessées dans la fusillade. Vers 14 heures, le bilan se chiffrait à 12 morts, dont deux policiers. Il y a onze blessés, dont quatre sont dans un état grave.

Un commando militaire

Le mode opératoire des tueurs impliqués, leur calme, leur détermination et leur efficacité, est la marque d'hommes ayant subi un entraînement poussé, de type militaire : c'est le constat que font tous les experts consultés par les médias. "On le voit clairement à la façon dont ils tiennent leurs armes, dont ils progressent calmement, froidement. Ils ont forcément reçu une formation type militaire. Ce ne sont pas des illuminés qui ont agi sur un coup de tête." explique par exemple un policier cité par l'AFP. 

Il souligne qu'ils tiennent leurs kalachnikovs serrées près du corps, tirent au coup par coup et non par rafales, ce qui démontre qu'ils ont été entrainés à s'en servir. Selon l'autre policier, "le plus frappant, c'est leur sang-froid. Ils ont été entraînés en Syrie, en Irak ou ailleurs, peut-être même en France, mais ce qui est sûr c'est qu'ils ont été entraînés".

La rédaction décapitée

Les dessinateurs Charb, Cabu, Tignous et Wolinsky sont parmi les victimes, confirmait l'avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka en fin d'après-midi. Le chroniqueur Bernard Maris est également décédé. Charb était le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo.

Le dessinateur Philippe Honoré ferait également partie des 12 victimes, annonce Le Parisien, citant l'urgentiste Patrick Pelloux qui confirmerait ainsi des sources proches de l'enquête.

Le policier affecté à sa protection figure également parmi les victimes mortellement atteintes.

François Hollande: "C'est un attentat terroriste"

Le président français François Hollande s'est rapidement rendu sur place, dénonçant une attaque d'"une exceptionnelle barbarie". "Les auteurs de cet acte seront pourchassés aussi longtemps que nécessaire", a-t-il ajouté, qualifiant l'attaque d'attentat terroriste, et appelant à l'unité nationale. "Nous savions que nous étions menacés", a ajouté François Hollande, précisant que plusieurs projets d'attentat avaient été déjoués ces dernières semaines.

Ce mercredi soir, s'exprimant en direct sur les télévisions françaises, le président français a décrété une "journée de deuil national" jeudi et a renouvelé son appel au rassemblement du pays.

"Notre meilleure arme, c'est notre unité. Rien ne peut nous diviser, rien ne doit nous séparer", a déclaré le chef de l'État lors d'une adresse courte et solennelle à la Nation retransmise sur les chaînes de télévision. Les drapeaux seront aussi mis en berne pendant trois jours, a précisé François Hollande.

Une réunion exceptionnelle s'est tenue à l'Elysée ce mercredi après-midi. Il y a "trois criminels à l'origine" de l'attaque sanglante contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo mercredi à Paris, a déclaré le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Tout est mis en œuvre pour "neutraliser le plus rapidement possible les trois criminels qui ont été à l'origine de cet acte barbare", a déclaré le ministre, qui n'a pas apporté de précisions sur le rôle des différentes personnes impliquées.

Le plan Vigipirate a par ailleurs été relevé à son niveau le plus élevé (alerte Attentat) en Ile-de-France. Les différentes rédactions font l'objet d'une surveillance rapprochée, ont précisé les services du Premier ministre français, mais également grands magasins, lieux de culte et transports. Depuis un an, les mesures de prévention Vigipirate ont changé. Il n’existe plus que deux niveaux. Le premier est le niveau "permanent" . En cas de menace imminente, le niveau passe à "Attentat" et sert particulièrement à chercher si d’autres attentats ne sont pas en préparation. Les lieux principalement ciblés sont les lieux de cultes et les transports.

Au total, près de 3000 policiers ont été mobilisés pour retrouver les assaillants. Un dispositif policier a été mis en place pour mener la traque. Les fugitifs seraient dans le Nord de Paris.

Le recteur de la mosquée de Paris appelle au calme

"C’est un pan entier de notre démocratie qui est atteint" a déclaré Dalil Boubakeur, le responsable français du culte musulman à Paris, sur les ondes d’Europe 1. "Les temps ont changé nous entrons dans une nouvelle ère de la confrontation. La communauté est inquiète. Nous sommes estomaqués de voir notre société changer en si peu de mois ".

Interrogé sur l’impact des déclarations de Zemmour et de Houellebecq, le représentant du culte musulman répond que " ans un climat comme celui-là on ne peut pas jeter de l’huile sur le feu. Nous vivons une maladie de la société qu’il faut calmer. Nous ne sommes plus dans une époque où les gens réfléchissent normalement".

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative des musulmans de France, a condamné comme un "acte barbare" l'attentat sanglant d'inspiration islamiste contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo à Paris. "Cet acte barbare d'une extrême gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse", affirme au nom des "musulmans de France" le CFCM, instance représentative de la première communauté musulmane d'Europe, forte de 3,5 à 5 millions de membres.

L'ancien juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière affirme qu’il s’agit d’un attentat de type terroriste et d’une atteinte à la liberté de la presse. "Nous savions que nous étions menacés. Et la tension était très forte". Des mesures de protection particulières étaient mises en place autour des locaux de Charlie Hebdo.

Solidarité

Le monde de la presse dans son ensemble a été frappé de stupeur à l’annonce de l’attentat. L’émotion est immense dans toutes les rédactions. Les gestes de solidarité se multiplient. A la RTBF, les éditions des journaux radio et télévisés seront symboliquement allongées et anticipés. Une émotion massivement partagée sur les réseaux sociaux, autour du hashtag #JesuisCharlie

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