Charlie Hebdo: Charb, Cabu, Wolinski et Tignous décédés dans l'attaque

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- - © FRED DUFOUR - BELGAIMAGE

Les dessinateurs vedette Charb, Cabu, Wolinski et Tignous sont décédés dans l'attaque menée contre la rédaction de Charlie Hebdo ce mercredi en France, a-t-on appris de source judiciaire. Le journaliste et économiste Bernard Maris, actionnaire de Charlie Hebdo et chroniqueur du France Inter, a également perdu la vie dans l'attaque, a confirmé Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, via Twitter.

Jean Cabut (Cabu), Stéphane Charbonnier (Charb), Bernard Verlhac (Tignous) et Georges Wolinski sont décédés dans l'attaque du siège de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, dans le XIème arrondissement à Paris. L'avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, a confirmé leur mort en début d'après-midi.

Selon de nombreux témoignages, les assaillants connaissaient les noms des journalistes et étaient venus dans l'intention claire de les assassiner. "Ils connaissaient les prénoms des journalistes", a ainsi expliqué Vincent Justin, un témoin présent sur place.

Charb (47 ans)

Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb, avait 47 ans. Il était le directeur de la publication de l'hebdomadaire satirique depuis mai 2009. Avant cela, il avait notamment été le dessinateur de L'Écho des Savanes, Télérama, L'Humanité ou encore de la gazette Fluide glacial pour lequel il signait chaque mois une rubrique intitulée "La fatwa de l'Ayatollah Charb".

Dans Charlie Hebdo, il tenait, entre autres, la chronique "Charb n'aime pas les gens". Dans ses dessins, on retrouvait notamment le chien et le chat anticapitalistes, Maurice et Patapon, qui personnifiaient son impertinence, son esprit corrosif et irrévérencieux.

Très engagé, Stéphane Charbonnier s'attaquait aux extrémistes de notre temps, aux discriminations et aux injustices à travers des caricatures au vitriol pour lesquelles il ne semblait pas se fixer de limites. Il était par ailleurs un soutien de longue date du Parti communiste français (PCF) et du Front de gauche.

"Les choses ne changent pas dans le bon sens, mais je dessine plutôt pour arriver à supporter le monde, disait-il dans une interview accordée au journal Le Soir en 2004. Aucun dessinateur n'a la puissance ni le pouvoir de révolutionner la société."

Il avait fait l'objet de menaces après la publication de plusieurs dessins et caricatures polémiques. Il avait été placé sous protection policière, depuis l'incendie criminel qui avait visé la rédaction de Charlie Hebdo en novembre 2011.

Dans son dernier dessin, publié dans le numéro de Charlie Hebdo paru ce mercredi 7 janvier, Charb fait référence aux attentats, un dessin tristement prémonitoire.

Cabu (76 ans)

Jean Cabut, alias Cabu, avait 76 ans. Il était l'une des légendes du dessin de presse et de la caricature politique. Après être passé par le très culte Hara-Kiri jusqu'à son interdiction, il avait rejoint Charlie Hebdo à sa naissance en 1970. Dans le même temps, il continuait à illustrer les pages du Canard enchaîné.

Il avait également participé à l'émission télévisée pour les jeunes "Récré A2" où il créait des planches en direct et faisait partie de l'équipe d'animateurs aux côtés de Dorothée. Passé par France 3, Antenne 2 et TF1, il a également participé à "Droit de réponse", présenté par Michel Polac.

Côté presse, Cabu a travaillé épisodiquement pour de nombreux journaux et hebdomadaires, dont Ici Paris, Le Journal du dimanche, France-Soir, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Ciné Revue, La Grosse Bertha, Politique hebdo...

Parmi ses plus mythiques personnages, on retrouve le "Grand Duduche", un lycéen maladroit pour lequel il s'inspirait de ses propres souvenirs d'école, ou encore le "Beauf", ce personnage bedonnant, moustachu et vulgaire, qui participa à la popularisation du mot d'argot français que l'on connaît bien aujourd'hui.

Face aux censeurs modernes qu'il pointait comme ceux "qui transforment des religions en politiques", Jean Cabut, disait de l'humour qu'il s'agit d'une "arme" et que renoncer à un dessin à cause de la peur serait le pire. Mais "c'est la peur aussi, qui fait voter Front national", ajoutait-il dans une interview publiée dans la Dernière Heure le 22 décembre dernier.

Ci-dessous le dernier dessin de Cabu, publié dans Le Canard enchaîné de ce mercredi 7 janvier.

Wolinski (80 ans)

Georges Wolinski était l'un des autres grands noms de Charlie Hebdo. Durant les mouvements de Mai 68, il s'était fait un nom grâce à sa plume dans le journal militant Action.

Comme Cabu, il avait fait ses armes dans la rédaction d'Hara-Kiri, avant de devenir rédacteur en chef du nouvel hebdomadaire satirique, Charlie Hebdo, de 1970 à 1981. Dans les années 90, il travaillait également pour Paris Match et Le Journal du dimanche.

Provocateur, cynique, érotomane, pessimiste et homme aux nombreuses contradictions, Wolinski était, avec Cabu, le doyen des dessinateurs et caricaturistes de presse et le père spirituel de bon nombre d'entre eux. Il avait reçu la légion d'honneur des mains de Jacques Chirac.

Comme ses collègues décédés avec lui ce mercredi 7 janvier, il incarnait la liberté d'expression. "L'humoriste n'appartient à aucun parti, ne croit en aucune religion, disait-il. Tous les actes sont suspects, surtout ceux qui ne sont pas guidés par l'intérêt."

Quand on lui demandait comment il appréhendait la mort, Georges Wolinski répondait par une boutade : "Je veux être incinéré. J'ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme cela je verrai tes fesses tous les jours."

Tignous (57 ans)

Bernard Verlhac avait 57 ans, et dessinait sous le pseudonyme Tignous dans Charlie Hebdo. Il collaborait également à l'hebdomadaire français Marianne, au magazine humoristique Fluide glacial, mais également à L'Écho des Savanes.

Tignous avait par ailleurs participé à différentes émissions télévisées aux côtés de Laurent Ruquier, Marc-Olivier Fogiel ou encore Bruno Masure. Ses dessins réalisés en cours d'émission illustraient alors les débats.

Dans ses caricatures, il était l'un des plus farouches détracteurs de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci était à la tête de l'État français. Plus largement, ses principales cibles étaient le capitalisme, les grands actionnaires ou encore les inégalités sociales, tournant en dérision la folie du monde avec un humour acerbe, percutant et quelque peu désespéré.

Ci-dessous, l'un de ses dessins, révélateur de son talent.

Bernard Maris (68 ans)

Économiste, journaliste et écrivain, Bernard Maris avait 68 ans. Il était l'un des piliers de Charlie Hebdo pour lequel il écrivait sous le pseudonyme "Oncle Bernard".

Fondateur de l'hebdomadaire satirique lors de sa renaissance en 1992, il était alors actionnaire à hauteur de 11% et est resté jusqu'en 2008, directeur adjoint de la rédaction.

Il avait écrit pour différents journaux dont Marianne, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine ou encore Le Monde.

Chroniqueur pour la radio France Inter, il y animait également une émission hebdomadaire, intitulée "Le débat économique", chaque vendredi à 7h50.

Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, a confirmé la mort de Bernard Maris dans l'attaque de ce mercredi via le tweet ci-dessous.

Thomas Mignon

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