Charles Michel veut changer la stratégie européenne à l'égard de la Russie

L’Union européenne vient de renouveler ses sanctions économiques en vigueur depuis 2014 contre la Russie. Mais la Belgique semble douter désormais de l’utilité d’une politique de fermeté envers Moscou pour faire changer la politique russe en Ukraine.

Le Premier ministre Charles Michel a défendu ce matin une "nouvelle approche" à l'égard de la Russie, qui tiendrait compte des intérêts économiques des uns et des autres. Il a tenu ce discours devant les 113 ambassadeurs de Belgique réunis au Palais d’Egmont, à Bruxelles. Ils participent aux traditionnelles Journées diplomatiques, qui constituent l’occasion, pour le gouvernement belge, d’insuffler auprès des représentants belges à travers le monde sa vision des enjeux internationaux.

"Les sanctions ne sont pas un but en soi"

La Belgique reste un pays foncièrement attaché au dialogue qui permet de forger des compromis, en particulier au sein des instances multilatérales. Mais le dialogue avec la Russie est au point mort, depuis que les forces russes sont intervenues dans l’Est de l’Ukraine et que Moscou a annexé la Crimée. Les sanctions européennes n’ont apparemment pas convaincu jusqu’à présent le Kremlin de desserrer son étau.

Devant les diplomates, Charles Michel a demandé une évolution dans l’approche européenne : "L'intégrité de l'Ukraine et les sanctions contre la Russie ne se discutent pas, a-t-il affirmé. Nous sommes solidaires avec l'Ukraine. Mais les sanctions ne sont pas un but en soi. Elles sont un moyen pour forcer un dialogue. Et donc, je suis partisan d'une autre stratégie avec la Russie. Au niveau européen, il faut peut-être choisir une autre approche, avec un dialogue avec la Russie sur d'autres thèmes. Par exemple, à propos de nos intérêts économiques, ou l'énergie qui est un défi stratégique crucial. Mais aussi, le rôle de la Russie au sud de l'Europe." Charles Michel pense à l'implication russe de plus en forte au Moyen-Orient, en Irak, en Syrie et même en Libye.

"Voulons-nous une nouvelle ligne de division en Europe?"

Un autre acteur de premier plan a exprimé son inquiétude ce matin sur la Russie devant les diplomates belges, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland. Après l'annexion de l'Ukraine, la Russie s'est vu suspendre son droit de vote de cette institution qui veille au respect des droits de l'homme, de la démocratie et de l’État de droit. En rétorsion, la Russie ne paie plus sa contribution au budget du Conseil de l'Europe.

Pour Thorbjørn Jagland, c'est une situation intenable : "Nous ne pouvons pas continuer avec cette situation : on ne peut pas avoir un État qui est à moitié dedans et à moitié dehors. Il faut trouver une solution. La grande question, pour nous tous, est : voulons-nous que la Russie fasse partie de l'Europe ? Il est un fait que le Conseil de l'Europe est le seul endroit où la Russie est formellement, au niveau judiciaire, connectée à l'Europe. Voulons-nous sauvegarder cet espace légal? Ou voulons-nous une nouvelle ligne de division en Europe et que la Russie aille de son côté ? Je pense que ce serait mauvais pour la Russie et mauvais aussi pour l'Europe."

Si la Russie quitte le Conseil de l'Europe, cela aurait une conséquence concrète pour les citoyens russes : ils ne pourraient plus introduire de recours devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg.

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