Charles Enderlin: "Depuis des mois, les journalistes internationaux avaient beaucoup de mal à se rendre dans Gaza"

Charles Enderlin, ancien correspondant à Jérusalem pour France-Télévision, était ce dimanche matin l’invité de "La Semaine du monde" sur La Première. L’occasion pour celui qui vient de publier le livre "De notre correspondant à Jérusalem" de revenir sur les derniers développements du conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens.

"Pour les médias, c’est le réveil du conflit israélo-palestinien que tout le monde voulait oublier depuis quelques bonnes années, observe-t-il. Il faut dire que c’est le résultat de la décennie Netanyahou, qui a réussi à faire croire que régler le problème palestinien n’est pas indispensable pour conclure des accords avec les pays arabes."

L’armée israélienne a mené une frappe samedi sur l’immeuble d’une dizaine d’étages abritant les locaux de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera et l’agence de presse américaine Associated Press (AP) dans la bande de Gaza, ont constaté des journalistes de l’AFP. L’agence de presse américaine AP s’est dite samedi "choquée et horrifiée".

Charles Enderlin note par ailleurs que "depuis des mois, les journalistes internationaux avaient beaucoup de mal à se rendre dans Gaza […] et la bande de Gaza est devenue une sorte de trou noir. D'ailleurs aujourd'hui la couverture est extrêmement déséquilibrée".


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Et d’ajouter : "Tout ce que l’armée israélienne a décidé en matière de médias ces derniers jours m’a considérablement surpris. Visiblement, quelqu’un là-bas a des problèmes de processus de décision. D’abord dans la nuit de jeudi à vendredi, il y a eu une fausse nouvelle qui a été lâchée par un des porte-parole militaires [affirmant que] : 'Nous nous apprêtons à lancer une incursion terrestre dans Gaza.' Le New York Times, la grande presse internationale, en a fait tout de suite ses gros titres, mais c’était tout simplement faux. On a appris grâce aux chaînes israéliennes, aux correspondants militaires israéliens, que c’était en fait une manipulation pour amener le Hamas à réagir et lancer une nouvelle frappe sur Gaza."

Une solution à deux Etats ?

"Manipuler la presse, ce n’est pas bien, souligne le journaliste qui rappelle que l’immeuble abritant AP et Al-Jazeera hébergeait aussi "des points de diffusion d’images sortant de Gaza". Résultat, à Gaza, "il reste Reuters et l’Agence France-Presse (AFP), qui ont beaucoup de mal à fonctionner parce qu’en raison des pannes d’électricité, il y a très peu d’Internet et très peu de téléphone".

L’issue du conflit passe-t-elle par une solution à deux Etats ? "Il est quasi impossible aujourd’hui d’imaginer la solution à deux États en raison de la situation sur le terrain", analyse Charles Enderlin qui énumère "Gaza avec ce régime totalitaire mis en place par le Hamas, la Cisjordanie où 60% sont sous contrôle total d’Israël, Jérusalem-Est avec le développement de la colonisation".

Le journaliste précise aussitôt : "Je crois qu’il faut absolument continuer d’y penser, d’y rêver, de la demander. Parce que sans cela, à terme, Israël deviendra un Etat binational et devra maintenir le contrôle d’une population palestinienne. Certains appellent déjà cela une forme d’apartheid. C’est la recette pour de nouveaux combats, de nouvelles effusions de sang dans la région."

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