Irlande: "Chaque unioniste qui a voté pour le Brexit a voté pour la réunification, mais il ne le sait pas encore"

La phrase est signée Marc Daly, sénateur du Fianna Fail, le même parti que le Premier ministre irlandais. Dans son bureau du parlement, à Dublin, Marc Daly est littéralement submergé de littérature se rapportant à l’éventuelle réunification des deux parties de l’île, la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, province du Royaume-Uni.

Depuis trois ans, Marc Daly est plongé dans ce très complexe dossier qu’est l’éventuelle réunification de la République d’Irlande et de l’Irlande du Nord. Un processus inscrit dans les accords de paix signés en avril 1998, mais que le Brexit a incontestablement remis à l’ordre du jour. Il faut préciser que lors du référendum sur le Brexit en 2016, 55% des Nord-Irlandais ont voté pour le maintien dans l’Union européenne. D’où cette petite phrase du sénateur Daly, auteur du tout premier rapport de l’histoire irlandaise consacré à la réunification.

Pour le rédiger, il a rencontré des dizaines d’acteurs des deux camps, des leaders religieux aux patrons de société en passant par les paramilitaires sans oublier les différents responsables politiques. Et depuis la publication de ce premier rapport, dont des dizaines d’exemplaires garnissent son bureau, il ne cesse de le compléter, en tentant de n’omettre aucun thème : l’économie, le prix à payer pour cette réunion des deux parties dont l’une est actuellement largement subventionnée par le Royaume-Uni, les pensions, les craintes des uns et des autres, notamment au niveau identitaire. "J’ai par exemple découvert un sujet auquel je n’avais pas pensé, celui d’un éventuel triomphalisme de la part des gens du Sud."

La leçon du Brexit : un référendum, ça se prépare

Mark Daly se dit sûr de deux choses : la première, c’est qu’il y aura un référendum (appelé Border poll) sur la réunification de l’Irlande. "La seule question, ajoute-t-il, c’est quand ?" Et l’homme explique ensuite sa seconde certitude : "Avant de réaliser un référendum aussi important que celui-là, il faut absolument se préparer, et aborder toutes les inquiétudes des gens, de chaque côté de l’île. Si nous ne faisons pas ce travail de préparation, qui est énorme, alors ce sera le chaos, comme c’est le cas avec le Brexit, qui n’a pas été préparé."

Pour l’instant, ce travail de préparation n’a pas encore été réalisé, ce que le sénateur considère comme une "négligence politique". Il est donc assez évident qu’un référendum ne se fera pas avant plusieurs années. "Il faut prendre le temps, conclut Marc Daly. Notre île est occupée par les Britanniques depuis 850 ans. On peut donc prendre quelques années de plus pour aborder toutes les inquiétudes et avoir une vision de ce que serait l’Irlande pour les 100 prochaines années, parce qu’on ne veut pas que cela ressemble à ce qui s’est produit dans le passé."

Le gouvernement britannique a les cartes en main

À une centaine de kilomètres de la capitale irlandaise, Brandon McDonald franchit quant à lui la frontière entre le Sud et le Nord de l’île plusieurs fois par jour, de cinq à dix fois selon les jours. Il est vétérinaire, et se rend indifféremment chez les uns et chez les autres. L’un de ses clients est fermier au Nord, mais un tiers de ses terres est situé au Sud. L’homme serait très clairement ravi de voir enfin cette île réunie. Selon lui, il y a même une grande majorité d’Irlandais qui partage cet avis.

Mais de l’espoir à la réalité, il reste de la marge. Car c’est le gouvernement britannique qui a les cartes en main. Pour être plus précis, c’est le secrétaire d’Etat britannique chargé des affaires nord-irlandaises qui est censé mettre en œuvre le fameux border poll lorsqu’il aura constaté qu’il existe en Irlande du Nord une majorité de citoyens susceptibles de voter en faveur de cette réunification.

Mais rien ne précise dans les textes la façon dont ce secrétaire d’Etat doit faire ce constat. Et c’est ce même secrétaire d’Etat britannique qui décidera qui pourra participer à ce référendum. Autrement dit, même si le Brexit a sans aucun doute apporté du vent dans les voiles des Irlandais qui souhaitent se retrouver au sein d’un seul pays, la concrétisation de cette réunification va nécessiter un peu de temps encore.

Réécoutez également le reportage de Philippe Antoine, qui a passé du temps aux abords de la frontière irlandaise. Il a tenté de sonder les riverains... Sont-ils pour ou contre une réunification?

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