Changement climatique : pourquoi l’Australie reste-t-elle la mauvaise élève de la classe ?

"L’Australie a fait sa part" : c’est la réponse de Scott Morrison, Premier ministre conservateur australien, aux appels du GIEC, le groupe d’experts climat de l’ONU, à fixer des objectifs plus ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique sur base d’un rapport alarmant. Huit ans après le précédent rapport, celui-ci lance des signaux d’avertissements encore plus sévères sur la progression du réchauffement climatique et ses conséquences dévastatrices pour la planète : on devrait atteindre les +1,5 °C en 2030, soit dix ans plus tôt que la dernière estimation, qui datait de 2018. Actuellement, la planète atteint les +1,1 °C.

Ce rapport est publié trois mois avant que les dirigeants mondiaux ne se réunissent, à Glasgow, en Écosse, pour trouver des moyens d’éviter les pires effets du changement climatique, et renouveler leurs engagements en matière de réduction des gaz à effet de serre. La plupart des leaders mondiaux se préparent à passer à l’action.

Mais quelle feuille de route présentera l’Australie à cette COP26 ? "Pas de chèque en blanc", réagit Scott Morrison : bien que l’Australie soit un des plus grands importateurs au monde de charbon et de gaz naturel, son gouvernement considère qu’il ne doit rien changer, ni fixer d’objectif pour atteindre la neutralité carbone.

Un pays à la merci du changement climatique

Pourtant, l’Australie a déjà pu faire l’expérience des conséquences des activités humaines depuis la révolution industrielle. Et le rapport du GIEC indique avec insistance que le pays peut s’attendre à en subir d’autres.

Une hausse d’environ 1,4° C au cours des 110 dernières années, et plus 4 °C d’ici la fin du siècle, une extension de la saison des incendies, avec l’exemple tragique de l’été 2019-2020 émaillé d’incendies, de sécheresses et de cyclones ou de celui de 2012-2013 et de ses températures extrêmes.

Le pays continent, avec l’essentiel de sa population concentrée le long de ses côtes, est aussi particulièrement sensible à la hausse du niveau des océans dû à la fonte des calottes glaciaires (3,7 mm entre 2006 et 2018). Les plages de sable reculent et reculeront encore d’ici la fin du siècle : jusqu’à 50 mètres, 200 mètres même par endroits.

Une inaction critiquée

Face à cela, des Australiens réagissent. Des militants d’Extinction Rebellion ont peint le slogan "Duty of care" ("Devoir d’attention ou de protection") sur le mur du Parlement à Canberra et sur la résidence du Premier ministre. Des actions que le Premier ministre Morrison a qualifiées de vandalisme, d'"égoïste" et de "sottise".

Les critiques proviennent autant des organisations de défense de l’environnement en Australie qu’à l’étranger.

L’ancien Premier ministre travailliste australien Kevin Rudd a appelé le gouvernement à agir en vue de la COP26 pour éviter la catastrophe, citant John Kerry : c’est "la dernière meilleure chance pour le monde d’éviter la crise climatique".

Au parlement australien, l’opposition verte a demandé au gouvernement de prendre enfin des mesures critiquant son inaction car contrairement à la Chine, les Etats-Unis ou l’Union européenne, l’Australie n’a jusqu’ici pas fixé de date pour atteindre le "zéro émission".

La diversion des nouvelles technologies

En réponse, le chef du gouvernement conservateur semble vouloir détourner l’attention vers les pays en développement et les nouvelles technologies. Scott Morrison estime que la solution ne passe pas par des taxes mais par la technologie, et que l’Australie fait partie de la solution tandis que le problème réside ailleurs : dans les pays en développement, responsables selon lui des deux-tiers des émissions globales responsables du changement climatique.

Le Premier ministre australien pointe particulièrement la Chine, mais aussi l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie ou l’Afrique du Sud. Son credo : les technologies propres, en Australie donc mais aussi dans les autres pays plutôt que des taxes imposées aux pays émergents, inefficaces à ses yeux pour réduire les émissions.

Mais si on consulte le rapport du GIEC sur ce point, la diversion du Premier ministre australien ne tient guère. Les experts du GIEC estiment que pour réduire les émissions de CO2, il faut renforcer les processus naturels de séquestration du CO2 en plantant des arbres ou par des pratiques agricoles qui augmentent la teneur en carbone des sols et dans l’océan en restaurant les écosystèmes côtiers ou encore en éliminant le CO2 directement de l’atmosphère.

Cela peut aussi se faire via des technologies d’élimination du CO2 mais les experts du GIEC estiment qu’elles ne sont pas encore prêtes ou incapables d’atteindre l’échelle d’élimination nécessaire pour compenser les niveaux actuels d’émissions. Pire, elles ont pour la plupart des effets secondaires indésirables.

Le poids des mines

De nombreux responsables politiques de la coalition conservatrice au pouvoir entretiennent des liens étroits avec l’industrie minière et nient l’existence du changement climatique ou cherchent à en minimiser les risques.

Tant le parti libéral du Premier ministre que le parti travailliste dans l’opposition sont favorables à la poursuite de l’exploitation des mines de charbon. Le mois dernier, la ministre de l’Environnement Sussan Ley a par exemple interjeté appel contre un jugement arguant du fait que sa mission n’était pas de protéger les enfants australiens contre les effets climatiques néfastes provoqués par l’extension d’une mine de charbon.

L’Australie est aussi très dépendante des émissions de carbone pour la production d’électricité : un rapport de novembre 2020 indique que les émissions de l’Australie étaient par habitant trois fois supérieures à la moyenne de l’OCDE.


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Extrait de notre 19h30 de ce 9 août :

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