Cessez le feu en Libye : "On croit en Dieu, pas aux miracles"

Ce dimanche doit se tenir la conférence internationale de Berlin sur la Libye. Objectif : tenter de mettre fin à l’escalade de violence et à cette guerre qui rongent le pays depuis 9 mois. L’homme fort de l’est de la Libye, le maréchal Haftar, tente de s’emparer de la capitale Tripoli.

Deux jours avant le début de la conférence, la Turquie a annoncé l’envoi de troupes sur sol libyen, en appui aux forces fidèles au gouvernement de Tripoli, soutenu par la communauté internationale. Le cessez-le-feu entré en vigueur dimanche passé à minuit est extrêmement fragile. Le Maréchal Haftar a d’ailleurs refusé de le parapher.

En Libye, ce cessez-le-feu soulève un espoir, mais personne n’est naïf. Cela fait 9 mois que le maréchal Haftar explique à sa population – côté est du pays – que toutes les familles qui perdent leur enfant à la guerre le font pour de bonnes raisons : pour libérer Tripoli des terroristes et des milices. Comment leur expliquer qu’il laisse finalement tomber sa mission ?

Pour l’heure, il vaut mieux parler d’une trêve. Extrêmement fragile même. D'autant plus que son adversaire, le gouvernement de Tripoli, avertit : "Nous ne respecterons le cessez-le-feu que si Haftar libère les territoires qu’il a conquis".

Imaginez Haftar demander à ses troupes de retraverser tout le pays pour rentrer sagement à la maison. "On croit en Dieu, oui, mais pas aux miracles", résume Mahmoud (prénom d’emprunt), qui vit dans le sud de la capitale.

Personne en Libye n’espère quoi que ce soit de cette conférence internationale : "C’est du cinéma. Les médias parlent à ce moment-là durant une semaine de la guerre. Puis tout le monde nous oublie. Ces conférences n’ont jamais donné le moindre résultat", explique un cadre du gouvernement de Tripoli sous couvert d’anonymat.

9 mois de guerre

Père de famille, la quarantaine, Mahmoud ne peut plus emmener ses enfants chaque jour à l’école. Suite au bombardement de l’académie militaire de Tripoli le 11 janvier qui a fait plus de 30 morts et plus de 30 blessés, le gouvernement de Tripoli a décidé de fermer les établissements scolaires. La guerre n’est plus très loin de sa maison. Il constate : "Haftar n’est même plus loin du tout du centre-ville. Ses troupes ont beaucoup avancé".

Les armes se taisent donc depuis dimanche passé, mais pour combien de temps ? Le soir à Tripoli, Mahmoud entend de nouveaux accrochages. L’atmosphère dans la capitale libyenne n’est plus la même : "Les gens se déchirent, au sein même des familles. Il y a ceux qui préfèrent Haftar, et ceux qui préfèrent Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli". Mahmoud, comme tant d’autres ne prend pas parti. "C’est une guerre très sale. Il n’y aura pas de vainqueur. En tous les cas, le vainqueur ne sera pas le peuple."

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"Les gens se déchirent, au sein même des familles. Il y a ceux qui préfèrent Haftar, et ceux qui préfèrent Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli." © Maurine Mercier

A Tripoli, les familles déménagent d’un quartier à l’autre, pour fuir les bombardements et tenter de trouver un minimum de sécurité. Ceux qui ont des proches dans des quartiers plus sûrs s’y font héberger. Les autres tentent de trouver une place dans les écoles et les bâtiments transformés par les autorités en camps de réfugiés improvisés.

Internationalisation du conflit

"Cette guerre n’est plus la nôtre." Mahmoud résume une opinion partagée par la majorité des Libyens. "Toutes les puissances s’en mêlent depuis longtemps. Cela s’est accéléré ces dernières semaines. Les armes continuent à affluer, alors qu’on en a déjà bien assez."

Selon l’ONU, 20 millions d’armes au moins circulent dans le pays. "L’embargo est constamment violé. Des drones sont envoyés de l’étranger dans les deux camps opposés. Est-ce que tous ceux qui nous livrent ces armes veulent la paix en Libye ? Bien sûr que non. Ils veulent mettre la main sur notre gaz, notre pétrole. Notre problème, c’est que nous sommes un pays riche. La communauté internationale pourrait – si elle le voulait – mettre définitivement fin à la guerre facilement. Mais ce n’est pas ce qu’elle souhaite. L’humanité compte moins que le pétrole. On l’a compris, malheureusement."

La guerre ne fait qu’aggraver la situation des Libyens qui depuis 2011 voient leurs économies s’effriter. Cela fait des mois que Mahmoud ne parvient plus à travailler. Cette trêve, si elle dure, c’est l’espoir pour Mahmoud, de retrouver de quoi nourrir sa famille. Profiter de l’accalmie pour tenter de gagner de quoi faire vivre les siens, c’est sa priorité aujourd'hui.

Sujet du journal télévisé du 12 janvier:

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