Ces révoltes étouffées par le Covid-19, mais pour combien de temps ?

Elles faisaient régulièrement la Une de l’actualité. Elles se déroulaient à Hong Kong, au Liban, au Venezuela ou encore au Chili. Parfois colossales, parfois pacifiques, parfois très violentes, parfois déroutantes, ces manifestations de protestations ont ébranlé bien des gouvernements pendant des mois. Jusqu’à ce que le Covid-19 et les mesures drastiques prises pour endiguer cette crise sanitaire majeure changent la donne. Le coronavirus semblait, pendant quelques semaines, avoir littéralement étouffé la contestation. Mais aujourd’hui, on voit renaître certains mouvements. Doucement, parfois dans le respect de la distanciation sociale, parfois par petits groupes, parfois de manière plus intense. Ce n’est peut-être que le début d’une nouvelle vague.

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Un manifestant pro-démocratie le 24 avril 2020 © ANTHONY WALLACE / AFP

Hong Kong : le retour du mouvement pro-démocratie ?

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies ce week-end dans un centre commercial de Hong Kong pour demander plus de démocratie et moins d’influence de la Chine sur ce territoire semi-autonome. Comme avant l’apparition du Covid-19, ils accusent toujours leurs dirigeants d’être trop proche de Pékin. Ce week-end, pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire mondiale liée au virus Covid-19, des manifestants pro-démocratie ont repris le chemin de la contestation de manière significative, au-delà des initiatives individuelles, au son de “Liberate Hong Kong, revolution of our times !” ("Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps"-.

Un rassemblement par petit groupe

En raison de l’épidémie, les rassemblements de plus de quatre personnes sont interdits à Hong Kong et les règles de distanciation sociales sont de rigueur. Les personnes qui se croisent doivent garder entre elles une distance d’1 mètre 50. Résultat : les quelque 300 manifestants présents se sont donc scindés en plusieurs petits groupes.

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L’ancien député et militant pro-démocratie Martin Lee quitte le commissariat de police le 18 avril 2020. Il avait été arrêté un peu plus tôt. © ISAAC LAWRENCE / AFP

Plus de manifestation, mais des arrestations

Certains manifestants ce week-end demandaient la levée des accusations à l’encontre des activistes pro-démocratie arrêtés le week-end précédent dans le cadre d’une vaste opération de police menée sur fond de crise sanitaire. Une quinzaine de leaders du mouvement ont été emmenés au poste de police pour répondre d’accusations de soutien ou participation aux immenses manifestations de 2019. Le fondateur du journal d’opposition Apple Daily et certains parlementaires et ex-parlementaires faisaient partie des personnes arrêtées.

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Un manifestant anti-gouvernement brûle des pneus pour bloquer une autoroute dans la zone de Dbayeh au nord de Beyrouth, la nuit du 26 au 27 avril 2020. © ANWAR AMRO / AFP

Liban : braver le couvre-feu pour manifester

Autre continent, autre retour dans la rue. Au Liban, des manifestants ont coupé tard dimanche soir des routes à travers le pays pour dénoncer une nouvelle détérioration de la situation économique. Exactement comme avant l’apparition du Covid-19, même si la situation sanitaire actuelle a encore exacerbé la crise économique dans laquelle est plongé le pays. La pire depuis la guerre civile qui a touché le Liban de 1975-1990. Cette fois pourtant ces manifestations sont intervenues malgré un couvre-feu imposé par les autorités comme mesure sanitaire et le confinement adopté pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. "Nous allons couper les routes et protester dorénavant, en dépit du coronavirus", a assuré un participant à la télévision libanaise, dans la ville de Jal el Dib au nord de Beyrouth. Ces derniers jours, plusieurs manifestations ont aussi eu lieu en journée, notamment avec des cortèges de voitures dans la capitale.

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Un manifestant lance des pierres sur le bâtiment de la banque centrale du Liban à Beyrouth, le 23 avril 2020. © ANWAR AMRO / AFP

Des milliers de personnes dans les rues en 2019

Le Liban avait connu, en octobre 2019, un vaste mouvement de contestation, qui a vu certains jours des centaines de milliers de personnes mobilisées à travers tout le pays. Elles réclamaient le renouvellement de la classe politique, accusée notamment de corruption. Environ 45% de la population libanaise vit désormais sous le seuil de pauvreté, selon des estimations officielles. En 2020, l’économie devrait connaître une contraction massive de 12%, selon le Fonds monétaire international (FMI). Le Liban connaît aussi une dépréciation de sa monnaie nationale face au dollar, ayant entraîné une forte inflation.

Au Chili, la rage de la rue entre parenthèses

Il y a six mois, une vague de manifestations a commencé à agiter les rues du Chili, réclamant de profonds changements sociaux et l’adoption d’une nouvelle Constitution, mais la pandémie de Covid-19 a donné un coup d’arrêt à ces rassemblements. "Nous nous trouvons dans une parenthèse et il existe une possibilité qu’après cette parenthèse, les choses reviennent à une situation en apparence similaire" à celle d’avant l’explosion sociale, prévient Juan Pablo Luna, professeur de sciences politiques de l’université catholique du Chili interrogé par l’AFP. Mais cela "n’arrivera que si les conséquences de la crise sont telles que les gens préféreront remettre à plus tard leurs revendications pour faire face à des besoins économiques de base" plus urgents, ajoute-t-il.

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Des policiers anti-émeute en poste à Santiago du Chili, le 26 avril 2020 © MARTIN BERNETTI / AFP

Le référendum sur la constitution reporté au mois d’octobre

Si le pays n’avait pas été rattrapé par la crise sanitaire mondiale, les Chiliens seraient allés aux urnes pour décider si oui ou non la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) devait être modifiée. Cette mesure visait à apaiser la crise sociale entamée le 18 octobre. Ce référendum, initialement prévu le 26 avril, a été reporté au 25 octobre.

La crise sociale, déclenchée par une hausse du prix du ticket de métro dans la capitale, s’est nourrie de la colère de la population face aux profondes inégalités socio-économiques. Une forme de déconnexion de la classe politique vis-à-vis des problèmes quotidiens de la majorité des 18 millions de Chiliens était dénoncée. L’ampleur des manifestations avait même poussé les autorités chiliennes à renoncer à l’organisation de la conférence des Nations unies sur le climat (COP25).

 

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Le centre de Santiago du Chili vide le 9 avril 2020. Les slogans de la contestation sont encore visibles. © CLAUDIO REYES / AFP

Les rues calmes face au virus

Après six mois d’un mouvement de contestation sans précédent qui a fait 31 morts, le climat tendu de contestation qui secouait le pays a laissé la place à une ambiance calme, mélange de peur de la maladie et d’obéissance aux consignes des autorités, vidant les rues du pays.

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Les rues vides de Caracas, capitale du Venezuela, la 17 avril 2020 © FEDERICO PARRA / AFP

Au Venezuela, déjà un mort après la reprise des manifestations

Un homme a été tué par balles jeudi passé dans le sud du Venezuela lors d’une manifestation de protestation contre la hausse des prix des produits alimentaires. C’est l’armée qui a fait cette annonce. Deux autres personnes ont été blessées par des tirs, selon la même source.

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Un couple dans les rues de Caracas, la capitale du Venezuela, le 17 avril 2020 © FEDERICO PARRA / AFP

La contestation dans des villes de province

Le Venezuela a connu jusqu’à présent deux journées de troubles dans des villes de province contre la hausse des prix des aliments et produits de première nécessité depuis l’entrée en vigueur de mesure pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Mercredi, sept personnes ont été blessées mercredi, dont deux par armes à feu, lors de manifestations qui elles aussi ont tourné aux pillages dans l’Etat de Sucre, dans l’Est, selon un député de l’opposition.

Ces troubles surviennent au milieu d’une quarantaine décidée par le gouvernement et appliquée par les forces de sécurité pour prévenir l’expansion du Covid-19.

Le Venezuela connaît une grave crise économique et sociale depuis plusieurs années. L’effondrement des services publics, l’hyperinflation galopante et les pénuries de carburant ont provoqué l’exode de 4,9 millions de personnes depuis 2015, selon les Nations Unies.

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