Ces 350 Français du Pas-de-Calais vivaient sans eau courante

Une petite révolution. Bienvenue au XXIe siècle. Les habitants d’un petit village du Pas-de-Calais ont toujours vécu sans eau courante. Pour faire la vaisselle, se laver ou… boire tout simplement. Les 350 habitants de Sains-lès-Marquion s’apprêtent désormais à vivre une petite révolution. Leur village restait l’un des derniers, en France, à ne pas être relié à l’eau potable.

Qui a dit que leur bourgade, située à 25 kilomètres d’Arras, vivait reculée, dans un autre temps néomoyenâgeux. Personne. D’ailleurs, vous rétorquera-t-on, ça fait quelques années déjà que "les Sainsoises et Sainsois ont accès à internet". Dans leur village, la 4G fonctionne fort correctement et tout le monde en est content. Pourtant, génération après génération, un manque s’est installé. Celui, somme toute banal dans un pays comme la France, d’arrivée d’eau. Non pas que les villageois en soient privés, mais jusqu’ici, l’eau courante n’avait pas encore fait son apparition.

Des puits...et puis plus rien

Comment expliquer ce manque ? Sains-lès-Marquion est en ruine au sortir de la première guerre mondiale. Les autorités, à l’époque, s’attellent à creuser des puits sur le territoire de la commune. Une vingtaine au total. Et puis… plus rien. Avec les années, personne pour s’en émouvoir. Les maires successifs n’ont pas trouvé d’arguments assez forts pour mettre fin à cette anomalie. Les analyses d’eau, effectuées jusqu’à présent, n’ont jamais rien révélé de problématique, la vie suit son cours. Entre la crèche et la mairie.

Les natifs de la commune n’ont jamais vraiment manifesté leur mécontentement. Ou, s’ils l’ont fait, se sont abstenus de toute véhémence. Et les nouveaux arrivants, en connaissance de cause, n’ont pas eu le choix. L’eau courante ne passera pas, à eux de s’adapter. Bref : tout est resté en l’état. Car les 350 habitants du village ont chez eux un système de pompage en sous-sol, qui leur permette de puiser l’eau dans une nappe phréatique, située à plusieurs mètres de profondeur, reliée à une cuve. Des temps révolus. Les villageois se sont faits à l’idée que cette arrivée d’eau allait bouleverser leurs méthodes archaïques : adieu le forage qui fera bientôt partie de l’histoire ancienne. La plupart des 350 âmes qui vivent ici en sont particulièrement heureuses. Car, quand la pompe est tombée en panne, leur monde, plus d’une fois, s’est écroulé. Plus d’eau ! Même pour les toilettes ! Ces Français ont décidé qu’il était temps que leur quotidien soit un peu plus confortable.

Sécheresse et pesticides

Alors, qu’est-ce qui a subitement, après des décennies d’atermoiements, décidé les autorités locales à passer le pas ? C’est la qualité des eaux en sous-sol. Pour des questions de réglementation et de santé publique. Le risque d’incident ne peut décidément pas être indéfiniment reporté. Avant qu’on ne se rende compte que l’eau des puits n’est pas potable, cela mettrait trop de temps. Mieux vaut tard que jamais, donc. Les interrogations récentes sur les pollutions aux pesticides et les risques de sécheresse ont précipité le projet de développement. Restait l’obstacle financier : l’investissement est évalué à un million d’euros, hors de prix pour un budget communal qui en fait un peu moins du double. Le syndicat intercommunal de distribution de l’eau et l’Agence de l’eau vont se répartir le coût. Les travaux doivent durer dix mois. Un saut en douceur qui ne plaît pas à tout le monde. Des irréductibles ne font confiance qu’à l’eau qu’ils ont eux-mêmes puisée. Craignant leur première facture et le "goût" de l’eau qui leur sera désormais proposée, certains villageois restent déterminés à conserver leur station de pompage. Jusqu’à ce que cela leur soit interdit ?

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