"Certains pays ne verront pas de vaccin avant 2024"

Les pays riches représentent 14% de la population mondiale et ont réservé plus 50% des doses de vaccins contre le Covid-19, s'alarment les ONG. L’OMS les exhorte à les partager avec les pays en voie développement, une distribution non équitable des vaccins risquant de causer deux fois plus de morts à travers le monde. Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Muriel Moser, chercheuse et professeure d'immunologie à l'ULB, et Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD 11.11.11. 

L'immunité collective, elle se décline aussi au niveau mondial

9 personnes sur 10 n’auront pas accès au vaccin contre le Covid-19 cette année dans près de 70 pays pauvres, selon l’Alliance en faveur d’un vaccin universel ("People’s Vaccine Alliance"), dont font partie plusieurs ONG dont Oxfam ou Amnesty International. À l’opposé, les pays riches ont eux acheté assez de doses pour vacciner leur population près de trois fois d'ici la fin de l'année, selon ce groument. Cinq fois même pour le Canada. 

"L'immunité collective, elle se décline aussi au niveau mondial", explique Muriel Moser, "on sait, d'après le taux de reproduction, qu'il faut 70% de la population vaccinée. Il y a 4,5 milliards de personnes qui voyagent en avion dans le monde où le virus s'est propagé très rapidement, donc oui c'est une problématique de santé publique mondiale".

L'enjeu du prix des vaccins

Arnaud Zacharie explique: "la répartition des vaccins se fait selon la loi du plus offrant [...] Le problème c'est la monopolisation des vaccins précommandés, avant la fin des essais cliniques, par les pays les plus riches. Si on y ajoute les quelques grands pays émergents, c'est eux qui monopolisent la quasi-totalité de ces précommandes [...] Par exemple, le Canada, l'Australie et le Japon, à eux trois, représentent moins de 1% des cas de coronavirus dans le monde, mais ils ont autant de précommandes que la totalité des pays d'Amérique Latine et des Caraïbes qui concentrent eux 17% des cas. Le risque, c'est qu'au fur et à mesure de cette monopolisation et d'une production qui ne suit pas, les prix grimpent encore plus".

"Ce n'est pas acceptable. Ethiquement, nous sommes obligés de trouver une solution pour les pays en développement", poursuit l'immunologiste, "on pourrait au moins imaginer que les surplus soient envoyés dans ces pays, mais cela peut poser problème lorsque les vaccins doivent être conservés à -70 degrés [...] Il faudrait aller vers une campagne mondiale de vaccination coordonnée par l'OMS".

La solution Covax

Le secrétaire général du CNCD 11.11.11 rappelle l'existence du mécanisme Covax qui vise une collaboration pour un accès mondial au vaccin. 190 pays ont rejoint cette initiative, pour négocier avec plus de poids face aux entreprises pharmaceutiques. 92 pays en voie de développement ont répondu à l'appel, avec une promesse de vaccins financés par un fonds parrainé par des donateurs. Les pays les plus riches paieront eux leurs propres doses, mais à de meilleures conditions que s'ils les avaient achetées seuls. Sur les deux milliards de doses à assurer, il en manque encore 1,3 milliard. Tout dépendra de la participation des Etats-Unis à l'initiative, explique Arnaud Zacharie:

"La route de la soie sanitaire"

"Après la diplomatie du masque, la diplomatie du vaccin", titre un récent article de l'hebdomadaire Jeune AfriqueC'est ce qu'on appelle la soft power. Pour faire oublier son rôle dans l’apparition et la propagation de la pandémie, la Chine a fabriqué des masques pour le monde entier. Elle propose maintenant son vaccin aux pays les moins fortunés, en Afrique, en Asie du Sud-Est ou en Amérique latine. La Russie fait de même en promettant son vaccin Spoutnik à une quarantaine de pays. Quant à l'Inde, premier producteur de vaccin, avec 60 % de la fabrication mondiale, elle a promis d’aider "l’humanité tout entière" à sortir de la crise du coronavirus.

"On est en train d'offrir un boulevard à la Chine qui ne compte plus beaucoup de cas et qui a des capacités d'exportation beaucoup plus importantes que les pays riches", commente Arnaud Zacharie, "l'Inde arrive maintenant même si avec beaucoup de scepticisme, la Russie aussi. C'est la nouvelle route de la soie sanitaire", conclut le secrétaire général du CNCD 11.11.11.

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